‹ Le babillardChapitre 100 sur 356 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Hasarder là-dessus son petit sentiment :

« Monsieur, dit-il, je dois, en valet qui vous aime, t Avouer que je suis dans une crainte extrême « Que monsieur de Forlis ne soit scandalisé « De se voir délogé ainsi d’un air aisé.

« C’est un homme de nom, c’est un vieux militaire,

« Gouverneur dune place, et que chacun révère.

« Vous lui devez, monsieur, un respect infini,

« Et d’autant plus qu’il est votre ancien ami,

« Et qu’il doit à Paris incessamment se rendre,

« Pour couronner vos feux, et vous faire son gendre. » A peine a-t-il fini, que son zèle est payé D’un soufflet des plus forts, et de trois coups de pié. Révolté de se voir maltraiter de la sorte,

Il veut lui répliquer; il est mis à la porte,

Moi, je veux, par pitié, parler en sa faveur.

Mais, loin de s’apaiser, monsieur entre en fureur.

A moi-même il me dit les choses les plus dures.

Mon oreille est peu faite à de telles injures.

J’ai lieu d’être surprise, et j'ai peine à penser Qu’un homme si poli les ait pu prononcer.

CÉLIANTE.

Un tel rapport m’étonne.

LISETTE

Il est pourtant fidèle.

Son service est trop dur. Sans vous, mademoiselle, Dont la bonté m’attache, et m’arrête aujourd’hui,

Je ne resterais pas un moment avec lui.

CÉLIANTE.

Mais mon frère est si doux î

LISETTE

Oui, rien n’est plus aimable; Son commerce est charmant, son esprit agréable, Quand on n’est avec lui qu’en simple liaison ;

Mais il n’est pas le même au sein de sa maison.

Cet homme qui paraît si liant dans le monde,

Chez lui quitte le masque ; on voit la nuit profonde Succéder sur son front au jour ie plus serein,

Et tout devient alors l’objet de son chagrin.

l’iiomme du jour 2

L’HOMME DU JOUR

Je viens de l’éprouver d'une façon piquante.

De sa mauvaise humeur vous n’êtes pas exempte.

CÉLI ANTE

Lisette, il n’est point d’homme à tous égards parfait.

LISETTE

Rien n’est pire que lui, quand il se montre en laid.

GÉ L I ANTE

Tu dois...

LISETTE

Pour l’épargner je suis trop en colère.

Il est fort mauvais maître, et n’est pas meilleur frère ; Le nom d’ami suffit pour en être oublié.

Il ne traite pas mieux l’amour que l’amitié ;

Et la jeune Lucile en est un témoignage.

En amant qui veut plaire, il lui rendait hommage, Quand ses yeux, au parloir, contemplaient sa beauté. Mais depuis que l’hymen entre eux est arrêté,

Qu’il a la liberté de la voir à toute heure,

Et que dans ce logis elle fait sa demeure,

Près d’elle il a changé de langage et d’humeur.

D’un mari, par avance, il fait voir la froideur ;

Et, comme il manque au père, il néglige la fille.

CÉLI ANTE

Us sont tous deux censés être de laf amille.

LISETTE

Je ne m’étonne plus qu’il les traite si mal.

CÉLI ANTE

S’il s’écarte avec eux du cérémonial,

L’usage le permet, l’amitié l’en dispense,

Et monsieur de Forlis aura plus d’indulgence.

Songe qu’il est, Lisette, un ami de dix ans.

LISETTE

C’est un droit pour le mettre au rang de ses parents. Sa fille n’a pas l’air d’être fort satisfaite ;

Et, depuis quelque temps, elle est triste et muette.

CÉLI ANTE

Lisette, c’est l’effet de sa timidité.

Mais elle faisait voir beaucoup plus de gaîté.

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