‹ Le babillardChapitre 101 sur 356 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

CÉLIANTE.

Son penchant naturel est d’aimer à se taire.

Et la simplicité forme son caractère.

L’air du couvent, d’ailleurs, rend sotte.

Lisette. Sotte, soit.

Mais son esprit n’est pas si simple qu’on le croit ;

Et, pour mieux en juger, regardez la sourire :

Ses yeux sont expressifs plus qu’on ne saurait dire. Son souris, aussi fin qu’il paraît gracieux,

Nous apprend qu’elle pense, et sent encore mieux. Monsieur, d’enfant la traite, et la brusque sans cesse. A de franches guenons il fera politesse,

Et ne daignera pas l’honorer d’un coup d’œil.

Un pareil procédé blesse son jeune orgueil.

Son changement pour elle est un mauvais présage. Ajoutez à cela le nouveau voisinage De la comtesse. céliante.

Elle est d’un âge à rassurer.

Elle est encore aimable, elle peut inspirer...

CÉLIANTE.

Elle est folle à l’excès.

LISETTE

On plaît par la folie.

CÉLIANTE.

Il faut du sérieux. Lisette.

Par malheur il ennuie.

La comtesse est fort gaie, et l’enjoûment séduit.

Avec l’air du grand monde, elle a beaucoup d’esprit. Votre frère, entre nous, goûte fort cette veuve,

Et ses regards pour elle en sont même une preuve. Depuis qu’elle est logée à deux pas de l’hôtel,

Leur estime s’accroît.

CÉLIANTE.

Et n’a rien de réel.

Comme ils sont répandus, que c’est là leur manie,

Le même tourbillon les emporte et les lie ;

Mais c’est un nœud léger qui n’a point de soutien ;

11 paraît les serrer, et ne tient presque à rien.

L’HOMME DU JOUR

L’un et l’autre se cherche à dessein de paraître,

Se prévient sans s’aimer, se voit sans se connaître ; Commerce extérieur, union sans penchant,

Que fait naître l’usage et non le sentiment.

L’esprit vole toujours sur la superficie.

Et le cœur ne se voit jamais de la partie.

Tel est, au vrai, le monde et sa fausse amitié :

C’est par les dehors seuls qu’on s’y trouve lié ;

Et voilà ce qui fait que je fuis, que j’abhorre Ce monde, presque autant que mon frère l’adore.

LISETTE

Oh! quoi que vous disiez, il a son beau côté;

Et je trouve qu’il a de la réalité.

Mais la comtesse vient.

CÉLIANTE.

Tant pis !

Lisette. Elle est suivie D’un beau jeune seigneur.

CÉLIANTE.

Sa visite m’ennuie.

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