ACTE I, SCÈNE VI
LA COMTESSE
Je puis compter sur vous?
LE BARON
Oui.
LA COMTESSE
Je dois à présent Vous parler sur un point tout à fait important.
Il court de vous un bruit qui m’étonne et m’afflige. le baron.
C’est donc unbruit fâcheux?
Des plus fâcheux, vous dis-je;
Il m’alarme pour vous.
LE BARON
Vraiment vous m’effrayez :
Expliquez-vous.
LA COMTESSE
On dit que vous vous mariez.
LE BARON
De vos craintes pour moi, comment, c’est là la cause?
LA COMTESSE
Oui. Dit-on vrai?
LE BARON
Mais...
LA COMTESSE
Mais...
LE BARON
11 en est quelque chose.
LA COMTESSE
Tant pis !
LE MARQUIS
L’hymen est donc bien terrible à vos yeux ?
Tout des plus. le baron.
Il faut prendre un parti sérieux.
LA COMTESSE
Jamais. le baron.
Je suis l’exemple, et je cède à l’usage.
C’est un joug établi que subit le pins sage.
L’HOMME DU JOUR
LA COMTESSE
Je vous connais, baron, il n’est pas fait pour vous. Vos amis à ce nœud doivent s’opposer tous.
L’hymen en vous va faire un changement extrême ;
Le monde y perdra trop, vous y perdrez vous-même La moitié, tout au moins, du prix que vous valez.
Etre couru, fêté partout où vous allez ;
Etre aimable, amusant, et ne songer qu’à plaire,
Voilà votre état propre, et votre unique affaire. L’homme du monde est né pour ne tenir à rien : L’agrément est sa loi, le plaisir son lien ;
S’il s’unit, c’est toujours d’une chaîne légère,
Qu’un moment voit former, qu’un instant voit défaire; Il fuit jusques au nœud d’une forte amitié :
Il est toujours liant, et n’est jamais lié.
Le ciel pour tous les rangs m’a formé sociable.
LA COMTESSE
Non, je lis dans vos yeux que l’hymen redoutable Doit aigrir la douceur dont vous êtes pétri,
Et d’un garçon charmant faire un triste mari.
LE MARQUIS
Monsieur ne doit pas craindre un changement semblable. Pour l’éprouver, madame, il est né trop aimable.
Je suis sûr qu’il a fait d’ailleurs un choix trop bon.
LE BARON
Mon cœur a pris, surtout, conseil de la raison.
LA COMTESSE
Conseil de la raison ! Juste ciel ! quel langage!
LE BARON
On doit la consulter en fait de mariage.
LA COMTESSE
Je pardonne au marquis d’oser me la citer ;
Mais vous et moi, monsieur, devons-nous l’écouter? Nous sommes trop instruits qu’elle est une chimère.
LE MARQUIS
La raison, chimère !
LA COMTESSE
Oui !