ACTE IV, SCÈNE II
Qui méritent au plus le nom de connaissance,
Qui ne tiennent à toi que par le seul plaisir,
Ardents à te promettre, et froids à te servir.
LE BARON
Je connais tous mes torts, et vous demande grâce
M. DE FORLIS.
S’il est sincère et vrai, ton remords les efface.
Pour mieux les réparer, baron, voici le jour Et l’instant où tu peux m’être utile à ton tour : Pendant que tu jouais, j’ai pris soin de m’instruire,
Et d’agir fortement pour la place où j’aspire :
J’ai su d’un secrétaire, et dans un autre temps Je t’en ferais ici des reproches sanglants,
J’ai su que tu n’as fait, malgré ma vive instance,
Pour ce gouvernement aucune diligence ;
Et qu’entin si pour moi tu l’avais demandé, Indubitablement on te l’eût accordé.
LE BARON
La cour n’est pas si prompte à répandre ses grâces ; Il faut longtemps briguer pour de pareilles places,
Et ce n’est pas, monsieur, l’ouvrage d’un moment.
M. DE FORLIS.
Ce gouvernement-ci toutefois en dépend ;
Et j’ai tantôt appris du même secrétaire Qu’il est sollicité par un fort adversaire ;
Qu’il faut tout mettre en œuvre, et tout faire mouvoir, Ou que mon concurrent l’emportera ce soir;
Mon plan est arrangé, mes mesures sont prises Pour parler au ministre à six heures précises ;
Pour le voir, pour agir, voilà les seuls instants :
Si tu veux près de lui me seconder à temps,
Nos efforts prévaudront, et j’obtiendrai la place.
Je sais qu’à ta prière il n’est rien qu’il ne lasse.
Et tu possèdes l’art de le persuader :
Mais il faut employer ton crédit sans tarder Et venir avec moi chez lui, dans trois quarts d’heure ; C’est le temps décisif, promets-moi...
LE BARON
Que je meure,
L’HOMME DU JOUR
Si j’y manque, monsieur !
M. DE FORLIS.
Ne va pas l’oublier.
Et songe...
LE BARON
Je ne sors que pour aller payer La somme que je dois, et je reviens vous prendre ; Vous n’aurez pas, monsieur, la peine de m’attendre : On doit pour ses amis tout faire, tout quitter;
Vous m’en donnez l’exemple, et je dois l’imiter.
M. DE FORLIS.
Tu seras accompli si tu tiens ta promesse.
(Le baron sort.)