‹ Le babillardChapitre 144 sur 356 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

LISETTE

Je viens de la surprendre Dans le temps que sa main ouvrait un billet tendre Qu’elle a vite caché sitôt que j’ai paru ;

Et par là mon soupçon s’est justement accru.

GÉLI ANTE.

Va, c’est apparemment la lettre d’une amie.

LISETTE

Non, non, je n’en crois rien; sa rougeur l’a trahie: Pour cacher un billet qui n’est qu’indifférent,

On est moins empressé, et le trouble est moins grand. On attribue à tort à son peu de génie Son humeur taciturne et sa mélancolie :

L’amour est seul l’auteur de ce silence-là ;

Et j’en mettrais au feu cette main que voilà.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai cette pensée :

La curiosité dont je me sens pressée M’a fait étudier ses moindres mouvements.

D’un cœur qui de l’absence éprouve les tourments,

J’ai connu qu’elle avait le symptôme visible ;

Et j’ai sur ce mal-là le coup d’œil infaillible :

Je porte encor plus loin ma vue à son sujet,

Et de ses feux cachés je devine l’objet.

CÉ LIANTE

Bon! LISETTE.

Depuis qu’au baron le marquis rend visite,

Sur son front satisfait on voit la joie écrite.

J’ai, qui plus est, surpris certains regards entre eux, Qui prouvent le concert de deux cœurs amoureux : C’est lui, mademoiselle; et j’en fais la gageure.

GÉLI AN TE.

Tu prends dans ton esprit ta folle conjecture.

LISETTE

Ils s’aiment en secret, je ne m’y trompe pas :

Mais, tenez, la voilà qui porle ici ses pas;

Pour lire le billet elle y vient, j’en suis sûre. Cachons-nous toutes deux dans cette salle obscure.

GÉLI ANTE.

Non, viens, rentre avec moi ; respectons son secret,

L’HOMME DU JOUR

Celui que l’on surprend est un larcin qu’on fait.

(Elle rentrent.)

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