SCÈNE VIII. — LE BARON, LE MARQUIS, LUCILE
LE MARQUIS, dans le fond du théâtre.
J’aperçois le baron, et ma chère Forlis.
Mais il lit un billet; ciel ! l’aurait-il surpris ?
LE BARON, après avoir lu, à Lucile.
Je doute si je veille, et je ne sais que dire !
Parlez, est-ce bien vous qui venez de l’écrire?
LUCILE
Oui. LE BARON.
Mais de ma surprise à peine je reviens !
Je n’ai rien vu d’égal au billet que je tiens 1 Plus je la lis, et plus cette lettre m’étonne,
Le sentiment y règne, et l’esprit l’assaisonne.
Belle indolente î eh quoi ! sous cet air ingénu,
Vous me trompez ainsi ! qui l’aurait jamais cru?
( Il relit tout haut. )
« Je sais qu’on me croit sans esprit ; mais ce n’est « que pour vous seul que je voudrais en avoir. »
(il s’interrompt. )
Je ne demande plus à qui ceci s’adresse.
Je sens toute la force et la délicatesse Du reproche fondé que cache ce billet;
Et je vois par malheur que j’en suis seul l’objet.
Il est honteux pour moi de mériter vos plaintes.
Mes fautes, j’en rougis, y sont trop bien dépeintes,
Et tous vos sentiments y répondent aux miens.
I, U CI LE, à part.
I>a méprise est heureuse 1 et mon âme respire !
LE MARQUIS, à part.
Fort bien ! il prend pour lui ce qu’on vient de m’écrire.
LE BARON
Cet embarras charmant, cette aimable rougeur Servent à confirmer ma gloire.
LE MARQUIS, A part.
Ou son erreur.
LE BARON
Quelle joie ! elle m’aime, elle sent, elle pense!