ACTE IV, SCÈNE XIII
LE MARQUIS
Souffrez, dans le transport dont la mienne est pressée...
LUCILE
Non, sans vous, loin de vous, je n’ai point de pensée. Je suis stupide auprès du monde indifférent,
Et je n’ai de l’esprit qu’avec vous seulement.
Le mien ne brille point dans une compagnie :
Le sentiment l’échauffe, et non pas la saillie.
Celui que l’amour donne à deux cœurs bien épris Est le seul qui m’inspire, et dont je sens le prix.
LE MARQUIS
Ah! c’est le véritable, et n’en ayons point d’autre; Comme il sera le mien, qu'il soit toujours le vôtre Ne puisons notre esprit que dans le sentiment.
Vous m’aimez?
LUCILE
Oui, mon cœur vous aime uniquement.
Que votre belle bouche encore le répète!
Vous avez, à le dire, une grâce parfaite.
LUCILE
Oui, marquis, je vous aime, et je n’aime que vous.
LE MARQUIS
Et moi, je vous adore!
LUCILE
O retour qui m’est doux !
LE MARQUIS
Que je vais payer cher ces instants pleins de charmes! Mon bonheur est troublé par de justes alarmes ;
Et je suis prêt de voir le baron possesseur D’un bien que sa poursuite enlève à mon ardeur :
J’ai frémi, quand j’ai vu qu’il lisait votre lettre.
LUCILE
Moi-même de ma peur j’ai peine à me remettre.
LE MARQUIS
Elle est entre ses mains.
LUCILE
N’en soyez point jaloux; Vous savez qu’elle n’est écrite que pour vous.
l’homme du jour.
L’ HOMME DU JOUR