LE MAU QJJ IS
D 'accord; mais pour vous plaire, il redevient aimable; Ses grâces à mes yeux le rendent redoutable.
LUGILE.
Quelque forme qu’il prenne, il n’avancera rien :
Je le verrai toujours, à l’examiner bien,
Comme un tyran caché qui, sous un faux hommage, Me prépare le joug du plus dur esclavage.;
A qui l’hymen rendra sa première hautenr,
Et qui me traitera comme il traite sa soeur.
A son sort, par ce nœud, je tremble d’ètre unie :
Je vais dans les horreurs traîner ma triste vie.
Si l’aveugle amitié que mon père a pour lui N’eût rendu ma démarche inutile aujourd’hui,
J’aurais déjà, j’aurais forcé mon caractère,
Et je serais tombée aux genoux de mon père :
Ma bouche eût déclaré mes sentiments secrets,
Plutôt que d’épouser un homme que je hais,
Et que mes yeux verraient même avec répugnance, Quand je n’aurais pour vous que de l’indifférence. Jugez combien ce fonds de haine est augmenté Par l’amour que le vôtre a si bien mérité!
Jugez combien il perd dans le fond de mon âme Par la comparaison que je fais de sa flamme Avec le feu constant, tendre et respectueux U’un amant jeune et sage, aimable et vertueux!
Vous possédez, marquis, le mérite solide :
Il n’en a que le masque et le vernis perfide;
Il ne songe qu’à plaire, et ne veut qu’éblouir :
Vous seul savez aimer, et vous faire chérir 1 De tout Paris son art veut faire la conquête;
A régner sur mon cœur votre gloire s’arrête.
Tl est, par ses dehors et par son entretien,
Le héros du grand monde, et vous êtes le mien.
LE MARQUIS
Cet aveu qui me charme en même temps m’afflige;
A rompre un nœud fatal je sens que tout m’oblige : Mes feux méritent seuls d’obtenir tant d’appas!
(il lui baise la main.)