ACTE V, SCÈNE III
LA COMTESSE
Non, tout amant l'ennuie.
L’amour et lui, monsieur, sont brouillés tout à fait. L’un est vif, amusant ; l’autre sombre et distrait.
Le monde d’un butor fait un homme passable,
Et l’amour fait un sot souvent d’un homme aimable.
L U CIL E
Ce portrait de l’amour n’est pas bien gracieux.
LA COMTESSE
Mon bel ange, il est peint plus charmant dans vos yeux.
LE BAR ON
En dépit de vos Araits l’amour polit nos âmes.
C’est l’ouvrage plutôt du commerce des dames.
Pour valoir quelque chose, il faut nousvoir vraiment, Avoir du goût pour nous, mais point d'attachement, Point d’amour décidé, ni qui forme une chaîne. lu ci LE.
J’avais cru jusqu’ici que nous valions la peine Qu’on s’attachât à nous particulièrement.
LA COMTESSE
Je vois que la petite est fille à sentiment.
Volontiers, je fais grâce à l’erreur qui l’occupe.
Elle n’a que seize ans. C’est l’âge d’être dupe :
L’àge, par conséquent, de se représenter L’amour sous des couleurs faites pour enchanter. Moi-même, à quatorze ans, j’ai donné dans le piège ; Moi, baron, qui vous parle, Oui, j’ai, vous l’avouerai-je? J’ai soupiré, langui pour un jeune écolier,
Mais langui constamment pendant un mois entier.
LE BARON
Une telle constance est vraiment admirable 1
LA COMTESSE, , à Lucil*.
L’amour vous paraît donc bien beau, bien adorable? lucile.
A mon âge, l’on doit se taire là-dessus,
Madame ; et je m’en vais de peur d’en dire plus.
LA COMTESSE
Choisissez pour époux, si vous êtes bien sage,
L’HOMME DU JOUR
Un homme moins couru, mais qui soit de votre âge.
Ce n’est pas son avis, mais préférez le mien.
L U C I L E, à part.
C’est une folle au fond qui conseille fort bien.
(Elle sort.)