‹ Le babillardChapitre 167 sur 356 · LE ROI, ULRIC · texte numérisé non relu

LE ROI, ULRIC

ULRIC

De rochers escarpés quelle chaîne effroyable Sert de remparts à cette affreuse tour?

Elle paraît impénétrable A la clarté du jour.

O ciel! qui peut guider mon roi dans ce séjour?

LE ROI

Le remords qui l’accable.

ULRIC

Un prince tel que vous, père de ses sujets,

Du remords accablant peut-il sentir les traits?

LA VIE EST UN SONGE

Je ne les sens que trop, mais je suis pardonnable, L’amour que j’ai pour eux m’a seul rendu coupable.

ULRIG.

Seigneur, que dites-vous1?

LE ROI

, 11 est temps que mon cœur Te dévoile un secret à l’Etat nécessaire,

Dont un seul homme est le dépositaire.

Et qui va te remplir de surprise et d’horreur.

Cette tour que tu vois, cette prison si noire,

Dont Taspect seul épouvante les yeux:

Ces lieux (puis-je le dire, et pourras-tu le croire?) Renferment dans leurs murs mon fils unique.

ULRIG.

O dieux!

LE ROI

Pour t’éclaircir cet horrible mystère,

Apprends qu’autrefois à mes vœux Un fils fut accordé par le ciel en colère.

Avant de mettre au jour ce prince malheureux,

Mon épouse, en dormant, crut voir un n onstre affreux, Qui, déchirant son sein, terminait sa carrière.

Ce songe fut trop vrai! Fatal présent des cieuxl Sigismond en naissant fit expirer sa mère.

Par moi sur ses destins le ciel fut consulté,

Et combla les frayeurs dont j’étais agité:

Il médit que ce prince, impie et sanguinaire, Régnerait sur son peuple en tyran furieux;

Il me dit qu’à ses pieds il foulerait son père,

Et qu’il blasphémerait les dieux.

Dans cette affre «se conjoncture,

Le cœur rempli d’un juste effroi,

Mais plus épouvanté pour lÉtat que pour moi,

Au bien de mes sujets j’immolai la nature,

Et je devins cruel par générosité:

Craignant pour eux ce fils et sa férocité,

Je ie fis, enfermer dans cette tour obscure Pour y vivre et mourir sans connaître son sort.

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