ACTE I, SCÈNE I
J’eus soin en même temps de publier sa mort. Clotalde seul instruit, sous une garde sûre,
Fut chargé d’élever Sigismond dans ces lieux,
Non, comme un maître légitime,
Mais comme un monstre furieux Qu’il fallait enchaîner pour le sauver du crime.
ULRIC
Le supplice m’étonne autant que la victime.
LE ROI
Je crus par là du ciel détourner la fureur,
Assurer mon repos et celui de l’empire:
Vaines précautions! Le remords dans mon cœur Punit à chaque instant l’excès de ma rigueur.
Je sens surtout, je sens qu’il me déchire,
Dans ce jour où 1 Etat soupire Après le choix d’un successeur Que les ans me pressent d’élire;
Contre moi la raison elle-même conspire.
Me dit que j’ai trop cru les astres incertains;
Que je dois révoquer des ordres inhumains,
Qui, me privant d’un fils, ôtent à la province, Contre toute équité, son véritable prince;
Qu’avant de condamner l’espoir de ma maison A l’horreur éternelle D’une rigoureuse prison,
Je consulte du moins l’amitié paternelle,
Et tente s’il n’est point, en cette extrémité,
Quelque moyen plus doux pour dompter sa fierté, Et pour faire mentir son étoile cruelle.
ULRIC
Ah! seigneur, pour ce fils proscrit contre les lois D’un trop juste remords daignez ouïr la voix.
Ami, dans ce désert c’est lui seul qui m’amène.
J’y prétends voir mon fils sans en être aperçu, Juger des sentiments dont il e t combattu,
Et décider par eux si je romprai sa chaîne.
Dans ce jour favorable, heureux si la vertu Pouvait combattre en lui l’ascendant qui l’entraîne,
LA VIE EST UN SONGE
Et pouvait le rendre après moi Digne de gouverner, et d être votre roi!
Clotalde qui m’attend, et que j’ai fait instruire,
Doit bientôt... Je le vois qui vient pour nous conduire.