ACTE II, SCÈNE III
Pour condamner un fils, un prince légitime,
A la plus dure des prisons?
Et toi, premier objet du courroux qui m’anime,
Toi qui fus l’instrument d'un supplice inouï, Commenta ce monarque as-tu donc obéi?
Comment auprès de moi justifier ton crime? Malheureux! tu devais du moins A mes regards dévoiler ma naissance,
Je n’aurais pas trahi ta confidence:
Je n’avais dans mes fers que tes yeux pour témoins; J’en aurais moins gémi, flatté par l’espérance,
Et mon cœur, dans ce jour, eût reconnu tes soins.
CLOTALDE
Seigneur, j’avais juré de garder le silence,
On m’aurait vu souffrir la mort avec constance Plutôt que de le rompre.
SIGISMOND
Ah! tu la souffriras,
Pour avoir trop gardé ce silence funeste ;
Ministre affreux que je déteste,
Je veux par ma vengeance effrayer ces Etats.
CLOTALDE.
Seigneur, que votre âme réprime...
SIGISMOND
Tu m’oses répliquer, perfide! tu mourras;
Tu seras dans ce jour la première victime Et le premier tyran qu’immolera mon bras.
ULRIC, l’arrêtant.
Par un meurtre, seigneur, ne vous noircissez pas.
CLOTALDE, en sortant.
Malheureux! il se perd; et sa fureur extrême Me fait trembler pour lui bien plus que pour moi-même.