‹ Le babillardChapitre 182 sur 356 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Dans mon cœur étonné ta présence fait naître Des mouvements secrets qu’il ne peut démêler,

Qui font que j’aime à te parler,

Que je brûle de te connaître.

LE ROI, à part.

Ah! de ma joie à peine suis-je maître !

Le sang lui parle en ma faveur.

(Haut.)

Quoi! prince, j’aurais le bonheur De triompher par ma présence Des sentiments de haine et de vengeance...

SIG1SMOND.

Oui, tu les suspends dans mon cœur.

Sur moi quelle est donc ta puissance?

Tes seuls regards, domptant ma violence,

Me forcent d’approuver jusqu’à la liberté Que tu prends de combattre ici ma volonté.

Satisfais mon impatience,

Quel es-tu? parle, explique-toi?

Va, quels que soient ton rang et ta naissance, Sois sûr des faveurs de ton roi;

Je sens que je ne puis t’approcher trop de moi.

LE ROI , à part.

(Haut.)

O père trop heureux! Je me flatte, j’espère Quand je serai connu de vous,

De redoubler encor des sentiments si doux.

SIGISMOND

Qui peut les augmenter? je t’aime, te révère.

LE ROI

Nature! c’en est trop, je cède à ton effort.

Je suis...

SIGISMOND

Eh bien! achève, instruis-moi de ton sort.

LE ROI

Embrasse-moi, mon fils, et reconnais ton père.

SIGISMOND

Mon père! ah! Dieu! l’auteur de mes tourments! Ce nom rallume ma colère.

LA VIE EST UN SONGE

LE ROI

Quoi! le titre sacré de père, eu ces moments,

N’excite en toi que des frémissements?

Quand mon âme se livre entière Au v prompts et tendres mouvements Qu’inspire pour un fils la nature sincère,

La tienne se refuse à mes embrassements?

s IG ISM O ND.

La voix du sang chez moi ne s’est point tue.

Tu viens de voir à ta première vue Avec combien d'ardeur, prompt à se dévoiler,

Pour toi ce sang vient de parler Dans le fond de mon âme émue.

Si pour ton fils, quand tu l’as mis au jour,

Barbare, il t’eût parlé de même,

Tu ne réduirais pas aujourd’hui cet amour A se changer en une haine extrême.

LE ROI

Ma tendresse présente aurait dû triompher.

Cette haine est un monstre, et tu dois l’étouffer. Reprends l’amour d’un fils pour un père qui t’aime.

SIGISMOND

Non, ne l’espère pas les maux que tu m’as faits ;

Dans mon esprit sont gravés pour jamais.

LE ROI

Ah ! ces retours affreux et l’horreur qu’ils t’inspirent Me font trop voir que les astres sont vrais Dans le malheur qu’ils me prédirent;

11 est écrit sur ton front irrité,

Et j’y lis d’un tyran toute la dureté.

SIGISMOND

Père cruel! dont la bouche m’outrage,

Si je suis un tyran, n'en accuse que toi.

Par ton ordre, élevé comme un monstre sauvage,

Je ne fais que répondre aux soins qu on eut de moi. J’imite ton exemple et je suis ton ouvrage;

D’autant plus excusable en mon emportement,

Que la raison l’approuve, et que ma tyrannie Par un juste retour, et par un mouvement

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