‹ Le babillardChapitre 183 sur 356 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Que la nature justifie,

N’aspire qu’à punir les tyrans de ma vie.

Mais toi, père coupable et bourreau de ton fils,

Tu t’es montré cruel contre toute justice,

Contre les droits humains et les lois du pays.

Pour m’enterrer vivant dans un noir précipice,

Quel forfait en naissant avais-je donc commis?

C’est peu de me cacher à ma patrie entière,

Tu m’as tout refusé, jusques à la lumière:

Pour la première fois aujourd’hui j’on jouis.

Dans les transports de sa colère Contre moi que pourrait imaginer de pis Le plus mortel de tous mes ennemis?

Parents dénaturés, à vos ordres bizarres,

Quoi! nos jours innocents seront-ils asservis? Serez-vous envers nous impunément barbares,

Et les ressentiments nous sont-ils interdits?

Non, non, c’est une erreur dont vous êtes séduits.

Par une sage prévoyance Les équitables dieux ont borné vos pouvoirs.

Ainsi que nous, vous avez vos devoirs,

Et si nous vous devons avec l’obéissance Des marques de respect et de reconnaissance,

Vous nousdevez des soins, à votre tour, Conformes à notre naissance,

Et des preuves de votre amour.

LE ROI

Si j’ai condamné ton enfance,

C’est malgré moi que je l’ai fait,

Et j’ai voulu te soustraire au forfait Où devait t’entraîner la maligne influence De l’astre qui te dominait.

si G ISM o ND.

Mais toi-mème, sans crime, as- tu pu l’entreprendre? Etait-ce à toi de lire dans les cieux,

Et de vouloir forcer l’ordre des dieux Par d’injustes moyens qu’ils t’avaient su défendre? N’était-ce pas à toi de les laisser agir?

Et ne devais-tu pas attendre

LA VIE EST UN SONGE

Que je fusse coupable, avant de me punir?

C’est un crime que je répare.

Les biens dont aujourd’hui te comble ma bonté Doivent éteindre un souvenir barbare.

Imite ma douceur et non ma cruauté:

Du courroux qui t’aigrit quel que soit le murmure } Souviens-toi qu’il est beau d’oublier une injure.

SIGISMOND

Il est plus doux de s’en venger;

Et puisque de mes fers je me vois dégager,

Puisqu 'enfui mes destins, éclaircis par toi-même,

Me rendent l’héritier de ton pouvoir suprême.

Pour punir mes tyrans je saurai m’en servir.

Leur crime fait trembler par sa noirceur extrême ; Ma vengeance fera frémir.

LEROI

Fils inhumain, c’est trop te méconnaître.

Tu crois déjà régner et me parles en maître.

Rentre en toi-même et sors de ton erreur;

Loin de t’enorgueillir d’une vaine grandeur Que tu ne dois qu’à ma tendresse,

Regarde-la plutôt comme un songe trompeur Qui te séduit par son ivresse.

Repens-toi d’écouter ta fureur vengeresse.

Crains de dormir encor, dans tes transports divers, Et tremble à ton réveil de te voir dans les fers Et dans ta première bassesse.

(il sort.)

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