ACTE II, SCÈNE VII
Et leurs hommages faux l’ont toujours révolté.
Leur ardeur peu sincère et sans délicatesse,
Leur penchant invincible à l’infidélité,
L’ont garanti de sa faiblesse.
Il s’est armé contre eux d’une juste fierté.
En s’éloignant du sein de la nature aimable,
Ils ont rendu l’amour à mes yeux méprisable.
Vous seul, seigneur, me l’avez présenté Sous une forme redoutable,
Tel que je le craindrais pour ma tranquillité.
Vous me l’avez fait voir plein d’ingénuité,
Accompagné d’un trouble véritable,
Et mêlé de respect et de timidité.
Si sa voix à mon cœur pouvait se faire entendre,
C’est en votre faveur qu’elle lui parlerait;
Et si ce cœur pouvait se rendre,
C’est à vos feux qu’il se rendrait.
SIGISMOND
Si mon amour vous plaît, pourquoi vous en défendre? Et pourquoi ne pas accepter Le sceptre, où vous devez prétendre,
Et qu’orneront vos mains en daignant le porter?
SOPHRONIE
Du bien que vous m’offrez je suis reconnaissante,
C’est tout ce que pour vous je puis faire éclater.
Plus je suis près du rang qu’on me présente,
Et moins je suis maîtresse d’y monter.
SIGISMOND
Eh! de qui donc êtes-vous dépendante,
Vous faite pour régner et pour donner la loi?
SOPHRONIE
De votre père, de mon roi.
SIGISMOND
Quoi! sur vous le barbare étend sa tyrannie?
SOPHRONIE
C’est un droit naturel qu’il a sur Sophronie.
Il a seul le pouvoir de disposer de moi;
A vos vœux son choix est contraire.
LA VIE EST UN SONGE
SIGISMOND
Ah! je cours trouver l’inhumain,
Et ma rage...