‹ Le babillardChapitre 188 sur 356 · SIGISMOND, SOPHRONIE · texte numérisé non relu

SIGISMOND, SOPHRONIE

S OPHRONIE.

Seigneur, vous voulez bien Que je vous rende ici mon hommage-sincère.

SIGISMOND

Ah! recevez plutôt le mien.

Princesse! A mes regards cette cour n’offre rien Que n’efface d’abord votre vive lumière.

Quel changement en moi votre aspect vient de faire! Je ne suis plus le môme. A cet aimable aspect Je me sens entraîner par un désir rapide,

Et retenir par le respect.

Vous enflammez mon cœur, et le rendez timide.

De vos yeux l’éclat est si doux,

Que je n’admire plus l’astre qui nous éclaire; [roux. Leur charme est si puissant qu’il suspend mon cour- S’il me souvient encor des cruautés d’un père,

C’est pour m’avoir privé si longtemps du bonheur De voir tant de beautés que mon âme préfère A tout ce que le sceptre offre de séducteur,

C’est pour m’avoir caché jusqu’ici mon vainqueur Et ne m’avoir pas fait plus digne de lui plaire.

SOPHRONIE

Seigneur, un tel accueil a lieu de m’étonner.

J’ai cru ne voir en vous qu’un ennemi terrible,

LA VIE EST UN SONGE

Que contre tous les siens doivent trop indigner Vingt ans d’une prison horrible.

SI GIS MO ND

Après vous avoir vue, ah! peut-on vous haïr?

Des injustes tourments que Ton m’a fait souffrir Vous n êtes point d’ailleurs coupable;

Et quand vous en seriez l’auteur,

Le ciel vous forma trop aimable Pour ne pas triompher de toute ma fureur.

Il n’est rien que vos yeux ne rendent excusable.

SOPHRONIE

Vous redoublez ma surprise, seigneur.

Quoi! vous me connaissez, vous me parlez à peine, Et vous me faites voir les feux les plus ardents.

Je ne sais, mais enfin voilà ce que je sens;

Tel est l’effet subit de l’amour qui m’entraîne.

Du cœur de votre prince il vous rend souveraine;

De la Pologne en même temps,

Charmante Sophronie, il vous déclare reine.

Le trône est votre rang; vous l’avez mérité,

Et par droit de naissance, et par droit de beauté.

Vous ne répondez point. Que faut-il que je pense,

Et de votre embarras, et de votre silence? Haïriez-vous le trône avec moi partagé?

S’il était vrai, quel coup pour mon cœur qui vous aime! Les maux où dans ma tour je me suis vu plongé Seraient doux, comparés à ce malheur extrême.

SOPHRONIE

Je vois dans vos transports régner tant de candeur, Que je dois les payer d’une entière franchise.

Et comme la vertu préside à votre ardeur,

Elle m’engage et m’autorise A vous dévoiler tout mon cœur.

Apprenez que j’en suis souveraine maîtresse,

Et que toujours il brava la tendresse;

Des courtisans flatteurs le langage effet té,

Leurs vices travestis avec habileté

Sous les dehors trompeurs d’une humble politesse,

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