CL OT ALDE
Un appât réducteur.
S IG IS MO ND
Et la vie?
CLOTALDE.
Et la vie est mi songe trompeur.
La vertu seule est constante et réelle.
Le vrai bonheur est clans le bien;
Tout le reste est compté pour rien.
SIGISM OND.
Ce discours me remplit d’une clarté nouvelle.
J’en sens toute la force et la sublimité:
Mon esprit, qui n’est plus séduit par l’apparence, Des humaines grandeurs connaît la vanité,
Pour elles il n’a plus que de l’indifférence;
L’amour, le seul amour dont il est agité,
Lui fait sentir sa véhémence,
Il entraîne ma volonté;
Et, quoique d’un vain songe il tienne la naissance, J’éprouve que sa flamme est une vérité.
CLOTALDE.
Sortez d’erreur ; ces feux remplis de violence A vos sens abusés doivent tout leur pouvoir;
Ils n’offrent à vos yeux qu’un objet chimérique, Comme tous ces honneurs, cette cour magnifique, Et tous ces vains trésors que vous avez cru voir;
Et, pour en triompher, vous n’avez qu’à vouloir. SIGISM o ND.
Pour l’éteindre jamais ma flamme m’est trop chère; Ma raison, qui me fait sentir la fausseté De ma grandeur imaginaire,
Peut adoucir ma cruauté,
Réduire mon orgueil, enchaîner ma colère;
Mais elle ne saurait étouffer mon ardeur;
| Je sens qu’elle est plutôt du parti de mon cœur.
| Pour ne pas l’approuver cette ardeur est trop belle, ' La vertu l’accompagne, elle est pure comme elle; Quoiqu’elle augmente ma douleur,
Que j’aime sans savoir si mon vainqueur existe,
LA VIE EST UN SONGE
Que tout m’ôte l’espoir de m’en voir possesseur,
A l’adorer toujours ma volonté persiste:
Je veux borner là mon bonheur.
J’entretiendrai du moins son image chérie,
Ses charmes de mes fers adouciront l’horreur,
Et l’on m’arrachera la vie Plutôt que de m’ôter une si douce erreur.
(il rentre dans la tour, qui se referme.)