‹ Le babillardChapitre 201 sur 356 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Et mon père s’est vu l’objet de mon courroux.

Mais ce qui s’est gravé dans le fond de mon âme Avec des traits de flamme Que rien ne saurait effacer,

Une auguste princesse âmes yeux s’est montrée.

Sa beauté la rendait digne d’ètre adorée.

Ah! sans douleur je ne puis y penser!

J’ai déclaré mon feu sincère;

Elle a paru ne pas s’en offenser.

J’espérais par mes soins parvenir à lui plaire,

Quand un prince odieux, protégé par mon père,

Dans mon bonheur m’est venu traverser.

Ce coup a réveillé le feu de ma colère;

Et j’ai juré dans mon transport Qu’avant que le soleil redonnât la lumière,

Au sein de mes tyrans je porterais la mort.

CLOTALDE,

De l’auteur de votre naissance,

Eh quoi! les jours ne sont pas respectés?

Et sur moi, qui pris soin d’élever votre enfance,

Vous étendez vos cruautés.

Ah! Sigismond, à cet excès barbare Pouvez-vous vous porter, même dans le repos!

En goûtant ses douceurs, notre cœur se déclare;

De l’âme d’un tyran un noir songe s’empare;

Il voit toujours du sang dont il verse des flots.

Mais la vertu, dont votre esprit s’égare,

Jusque dans le sommeil accompagne un héros. N’accusez plus les dieux, si vous êtes en butte A tous les traits de leur courroux.

Avec juste raison leur bras vous persécute.

Les sentiments cruels qu’on voit paraître en vous N’ont que trop à mes yeux justifié leurs coups.

Ce songe, dont votre âme est encor si remplie,

Eh! pour vous éprouver qui sait s’il n’est point fait? Qui sait si dans ce jour leur sagesse infinie N’en serait pas l’auteur secret?

Pour vous je tremble dans ce doute.

Je sais qu’aux immortels votre fureur déplaît;

LA VIE EST UN SONGE

Je crains que leur rigueur n’ajoute A votre châtiment, tout horrible qu’il est.

Sigismond, vouiez-vous épuiser leur vengeance?

Ou croyez-vous que parla cruauté Vous mériterez leur clémence?

Ah! dépouillez plutôt votre férocité,

Et votre orgueil qui les offense.

Portez-vous au bien constamment,

Et songez que leurs mains versent leur récompense Jusque sur la vertu qu’on exerce en dormant.

SIGISMOND

Sigismond, de ton cœur dépouille l’arrogance; Réprime tes noires fureurs;

Que le bien soit ton exercice unique,

Et sache que les dieux répandent leurs faveurs Jusque sur la vertu qu’en songe l’on pratique.

GLOTALDE.

Oui, c’est le seul moyen d’attirer leur bonté.

SIGISMON D.

Il faut donc vaincre ma fierté.

Par ta voix, comme un trait de flamme,

La vérité, Glotalde, a pénétré mon âme;

Je ne ferai plus rien, môme dans le sommeil,

Dont je puisse jamais rougir à mon réveil.

Mais tout l’éclat de ces richesses Dont j’ai cru jouir cette nuit...?

GLOTALDE.

Est un ardent qui trompe et qui s’évanouit.

SIGISMOND

Et ces grandeurs enchanteresses Dont les attraits m’avaient séduit?

CLOTAL D E.

Leur jouissance est un éclair (qui fuit.

SIGISMOND

Et la faveur avec la renommée?

Un vent qui change, une vainc fumée.

SIGISMOND

Et l’espérance?

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