‹ Le babillardChapitre 210 sur 356 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Non, je suis détompé d’une vaine grandeur

Qui ira qu’un taux éclat, qu’un instant peut détruire;

Et j’ai trop fait l'essai de son faste imposteur.

Si quelque illusion a sur moi de l’empire,

C’est l’amour qui m’enflamme, il est l’unique erreur Dont j’aime encore à me laisser séduire ;

Et votre cœur, madame, est le trône ou j’aspire;

C’est de lui seul que dépend mon bonheur,

Ce bonheur ne fût-il que l’ouvrage d’un songe,

Pour ne pas m’y livrer il est trop enchanteur;

La vérité ne vaut pas ce mensonge:

Et je le trouve si flatteur Qu’il me serait cent fois plus agréable De croire posséder votre cœur dans les fers,

Sans espoir de sortir de ce! antre effroyable,

Que de me voir sans lui maître de l’univers.

SOPHRO NIE .

Votre félicité n’est pas un vain fantôme,

S’il est vrai que mon cœur vous soit si précieux;

Et les effets bientôt vont prouver à vos yeux Qu’il est votre sujet avec tout ce royaume.

si GIS MO ND.

Quoi! je serais aimé! je me verrais heureux!

SOPHRONIE

Oui, prince, il n’est plus temps de taire Un feu que le péril a contraint d’éclater.

Ce que pour vous mon bras vient de tenter Vous dit trop qu’en ce jour vous avez su me plaire

SI GI SM O ND

Grands dieux ! en cet instant flatteur,

Si le charmant aveu qui frappe mon oreille N’est que l’effet d’un songe séducteur,

Faites que Sigismond jamais ne se réveille!

Mais s’il veille au contraire, au gré de ses souhait^ Eloignez de ses yeux le sommeil pour jamais.

SOPHRONIE

Vous veillez, croyez-en ma flamme,

Et, comme sur l’Etat, vous régnez sur mon âme;

LA VIE EST UN SONGE

I/un et l’autre vous offre un empire réel.

Si tout ce que je dis vous semble une chimère,

Si votre esprit persiste en ce doute cruel,

Et n’en croit pas une amante sincère Qui franchit pour vous seul la bienséance austère, Refuse Eédéric, et le trône avec lui;

Qui, pour vous élever à ce trône aujourd’hui,

S’arme contre ce prince et combat votre père;

Jetiez les yeux, seigneur, sur tout le peuple armé Pour votre cause légitime.

Voyez-le de ces monts couvrir toute la cime;

Venez et montrez-vous à ce peuple charmé;

Votre destin par lui vous sera confirmé.

Marchons, il n’attend plus que vos ordres pour vaincre, Et, mieux que mes discours, mon bras va vous consigismond. [vaincre.

C’en est trop; Sigismond est déjà convaincu:

Le moyen de ne pas en croire tant de charmes?

A vous suivre en tout lieu me voilà résolu.

Rien n’arrête mes pas; qu’on me donne des armes. Pour vous l’offrir je cours au trône qui m’est du. Combattant avec vous, la victoire m’est sûre;

D’avoir tant balancé je rougis maintenant;

D’un regard de vos yeux animé seulement,

Mon bras peut triompher de toute la nature;

Et mes cruels tyrans vont sentir dans ce jour Ce que peut la valeur conduite par l’amour.

SOPHRONIE

Ah! la vertu doit guider l’un et l’autre.

Votre père est, seigneur, parmi vos ennemis.

Même en le combattant soyez toujours son fils.

Ma gloire désormais est unie à la vôtre;

Elle m’engage à vous représenter Qu’un roi ne doit jamais se laisser emporter Aux indignes transports d’une aveugle vengeance; Qu’il doit vaincre, non pas pour la faire éclater,

Mais pour signaler sa clémence.

Un tyran met sa gloire à tout exterminer;

Mais celle d’un vrai roi consiste à pardonner:

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