‹ Le babillardChapitre 229 sur 356 · LÉANDRE, M. DE LA JOIE · texte numérisé non relu

LÉANDRE, M. DE LA JOIE

M. DE LA JOIE

La fête, pour le coup, monsieur, sera complète,

Et soyez le bien arrivé.

Votre sœur vous attend, et l’air dont je la traite Doit être par vous approuvé.

Le plaisir que j’ordonne est ma grande recette,

Et tout mon art consiste à le bien varier:

Pour prouver sa vertu parfaite,

J’en fais l’essai tout le premier.

LÉANDRE

J’approuve fort cette méthode,

Et monsieur de la Joie a trouvé la façon D’être un médecin à la mode Et de justifier son nom.

L'usage du plaisir est bon,

Tout le monde s’en accommode ;

Mais il veut être pris avec précaution,

L’excès du bien même indispose;

Et vous outrez souvent la dose.

M. DE LA JOI E

Non; le plaisir renferme en soi tant de bonté, Qu’on n’en saurait jamais trop prendre;

Et de moi vous devez apprendre Qu’on ne se porte bien qu’à force de gaîté.

Quelque loin qu’on la pousse, elle ne saurait nuire.

J’en connais trop la qualité.

Un excès de plaisir ne peut jamais produire (Mettons la chose au pis) qu’un excès de santé.

LÉANDRE

Pour le coup votre esprit badine.

LE MARI GARÇON

M. DE LA JOIE

Non. point du tout ; je dis la vérité.

Par goût, et par état, vers le plaisir j’incline.

Un professeur en médecine Est un docteur en volupté ;

Et mon art, puisqu’il faut dévoiler ce mystère,

N est que l’art d’amuser, d’égayer et de plaire.

Nous devons mettre nos efforts A divertir l’esprit pour rétablir le corps.

Un médecin, au fond, n’est qu’un homme agréable. De notre savoir admirable Voilà les plus secrets ressorts,

Et l’histoire très-véritable ;

Le reste n’en est que la fable.

LÉANDRE

Vous êtes le plus vrai de tous les médecins,

Par conséquent le plus aimable.

m. n E LA JOIE.

Oh ! mon système est d’autant plus louable,

Que personne jamais ne meurt entre mes mains.

LÉANDRE

Par quel expédient?

M. DE LA JOIE

Par un des plus certains.

Pour ne pas me conduire en bête,

Je ne traite jamais que des gens en santé Qu’alarme un léger mal de tète,

Ou la moindre incommodité;

Et, pour calmer leur esprit agité,

J’ordonne repas fins, charmantes promenades,

Vin d’Auvillé surtout, père de l’enjoûment ;

S’il n’opère que faiblement,

L’Escubak, ou l’Eau des Barbades,

Est mon dernier médicament.

Tant pis pour eux si la fièvre les prend;

Car j’abandonne mes malades,

Dès qu’ils le sont bien sérieusement;

Et je laisse à mes camarades La gloire de l’enterrement.

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