‹ Le babillardChapitre 238 sur 356 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Un concerto, des fruits, des glaces, des liqueurs,

11 est vrai, d’un goût admirable,

Accompagnés de parfums et de fleurs,

Composent le repas, et remplissent la table;

Bref, c’est un pays merveilleux,

Où l’art y sert de nourriture;

On n’y soupe’jamais, on y dîne en peinture,

Et l’on n’y mange que des yeux.

LÉ AND RE

D’une indigestion l’on court peu l’aventure Dans un festin si singulier,

Dont un peintre est le cuisinier.

LE MARQUIS

J’ai terminé ma course à Londre;

On y sait tous les arts, hors l’art de converser :

La parole est un bien qu’on craint d’y dépenser. Pour se donner la peine de répondre,

On est trop occupé du travail de penser.

Auprès de lui, mon père me rappelle;

Sa lettre m’apprend que son zèle Me destine un parti dont il me tait le nom;

Et pour dissiper l’humeur noire Que donnent l’air de Londre et son maudit charbon, Je suis à Forge venu boire,

Par ordre de la Faculté,

Et prendre, avec ses eaux, une aimable gaîté.

La compagnie y contribue;

Celle avec qui surtout on est en liaison :

Ses effets sont plus sûrs que ceux de la boisson : J’y retrouve un ami, j’y jouis de sa vue;

Je réponds de ma guérison.

LÉ AND RE

Mais j’en vois sur ton teint d’infaillibles présages ; 3n est sûr de guérir, quand on se porte bien.

Et tes amours, ne m’en diras-tu rien?

LE MARQUIS

Llls ne sont pas heureux, non plus que mes voyages.

Pour trois différentes beautés J’ai brûlé tour à tour, dans le fond de mon âme,

Sans avoir pu, malgré tous mes soins répétés, Parvenir seulement à déclarer ma flamme,

Ni même à me trouver sans témoin une fois Vis-à-vis d’aucune des trois.

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