‹ Le babillardChapitre 240 sur 356 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Et courut après moi, de tous ses gens suivi;

Mais, l’ayant gagné de vitesse,

Je m’échappai de sa fureur :

Ce fut-là le progrès où se borna ma flamme.

J’eus le regret, et, malgré moi, l’honneur D’être reconduit par monsieur,

Sans avoir pu donner le bonsoir à madame.

LÉ AND R E

Quel époux incivil! Ah! rien n’est plus affreux!

Los nôtres savent bien mieux vivre :

Dès que vous arrivez chez eux,

Ils vous quittent la place au lieu de vous poursuivre.

LE MARQUIS

Ici, pour mettre fin à ma narration,

Une veuve charmante, et née en tout pour plaire,

Fait ma troisième passion;

Ou plutôt, cher Léandre, elle fait ma première :

Des autres l’apparition

N’avait produit chez moi qu’une flamme légère; L’esprit de celle-ci, sa conversation,

Avec l’estime et l’admiration,

Ont fait naître un amour aussi fort que sincère;

Il tient de l'adoration :

Mais la fatalité, qui m’est particulière,

Attache sur ses pas, pour traverser mes feux,

Une fille obstinée à la suivre en tous lieux,

Et qu’on appelle Gidalise.

Elle l’obsède au point, que, jusques à présent,

Je n’ai pu dans ces lieux la voir seule un instant, Pour lui dire l’ardeur dont mon âme est éprise :

Cette incomrnode-là ne quitte jamais prise;

Sans cesse je maudis son assiduité,

Et je suis sur le point de perdre patience :

Elle surpasse, en importunité,

Les mères de Milan, les maris de Florence.

LÉANDRE

Oui; celte Gidalise est de ma connaissance;

Elle est telle que tu la peins.

Je murmure contre elle autant que tu t’en plains.

LE MARI GARÇON

LE MARQUIS

Tu dois connaître aussi ma comtesse adorable. Puisque l’une est toujours de l’autre inséparable?

LÉ ANDRE

Oui; nous nous connaissons.

LE MARQUIS

Tu dis cela d’un ton

Qui tout à coup me fait naître un soupçon.

Elle attend aujourd’hui le retour de son frère,

Et lu viens d’arriver. Serait-ce toi ? Réponds. Eclaircis-moi par un aveu sincère.

LÉ AND RE

Mais il est vrai qu’à Forge on me donne ce nom.

L i comtesse est ta sœur ! Léandre, cher Léandre, Ah ! quel surcroît de joie et de bonheur pour moi l Je dois de ton secours, de ton zèle, de toi,

Je dois, et j’ose tout attendre.

L’amitié t’en fait une loi.

Unique confident du feu qui me dévore,

Du feu que dans ton sein je viens de déposer,

Et frère en même temps de l’objet que j’adore,

En ma faveur tu dois le disposer.

Au tourment d’un ami tu dois être sensible,

Le servir, le conduire, et le favoriser.

LÉANDRE

Je le voudrais fort... Mais... à ne rien déguiser, Marquis, la chose est impossible.

LE MARQUIS

Impossible! En quoi donc? Songe que mon amour Est aussi pur que l’est le plus beau jour.

LÉANDRE

J’y vois, te dis-je, un obstacle invincible.

LE MARQUIS

Mais quel obstacle enfin ? Parle.

LÉANDRE

Près de ma sœur, Puisqu’il faut m’expliquer, je ne puis, en honneur, Servir tes feux, quelque fort que je t’aime

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