‹ Le babillardChapitre 241 sur 356 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Dans le temps que je viens d’apprendre de toi-même Qu’une autre est destinée à recevoir ta main ;

Qu’un père te rappelle en France à ce dessein. Moi-même, en ce moment, je ne puis te comprendre.

LE MARQUIS

Cet obstacle n’est rien, et mon amour, Léandre,

Mon amour est tout prêt à le lever.

Je renonce au parti qu’un père me propose.

Ta sœur, qui de mon cœur seule, en reine dispose,

Est le plus éclatant que je puisse trouver.

Loin qu’à ce nouveau choix ma famille s’oppose,

Elle fera gloire de l’approuver.

J’en réponds.

LÉANDRE

Peux-tu ?...

LE MARQUIS

Oui, je le puis, et je l’ose.

Pour moi, parle à ta sœur.

LÉANDRE

Non, je n’en ferai rien.

Et, si tu me connaissais bien,

Tu...

LE MARQUIS

Mais, pour un ami volontiers on s’emploie.

Je ne te conçois pas. Quel frère scrupuleux !

Fais du moins qu’un moment sans témoins je la voie. Écoute. J’imagine un moyen très-heureux.

Le grand obstacle à ce bien que je presse,

Est Cidalise, importune à tous deux :

Il s’agit d’éloigner ses pas de la comtesse,

Pour que je puisse seul lui déclarer mes feux.

Tu peux me rendre ce service.

LÉANDRE

Je le puis moins qu’un autre; ainsi ne compte pas Sur moi pour un pareil office.

LE MARQUIS

Mais aisément tu le pourras :

Je donne, ce soir, une fête;

Près d’elle tu te placeras ;

LE MARI GARÇON

Tu feras l’empressé ; tu loueras ses appas ;

Tu feindras d'être sa conquête.

Je prendrai cet instant, où tu l’amuseras,

Pour instruire ta sœur, et la voir tête à tète.

LÉ AND RE

Le bel emploi que tu me donnes là !

LE MARQUIS

Ton zèle, de ce soin, au mieux s’acquittera.

Mon cher, je t’en conjure, à charge de revanche :

Mon amitié, sans peine, à tout se prêtera ;

Je te le jure ici d’une âme franche.

LÉ AND RE

Non, non, je ne veux point, marquis,

Te mettre dans le cas de la reconnaissance.

Page 1