ACTE II, SCÈNE II
Je n’ai perdu qu’un fort petit rubis,
Et vous m’offrez, mensieur, un diamant de prix:
Le présent est trop beau pour que j’ose le prendre.
LE MARQUIS
Non, prenez hardiment.
FINETTE
Vous m’en dispenserez.
Je n’ai rien fait pour vous, monsieur, qui puisse...
LE MARQUIS
Mais, aisément vous vous acquitterez,
Si vous voulez, par un service Qu’en cet instant vous me rendrez.
FINE TTE
Monsieur, quel est donc cet office?
LE MARQUIS
Simplement vous vous chargerez D'un billet que je vais écriref Et qu’en secret vous remettrez...
FINETTE
A qui, monsieur? Ayez la bonté de m’instruire.
LE MARQUIS
Finette, vous le donnerez De ma part à votre maîtresse.
FINETTE
A madame un billet? Vous me surprenez fort.
LE MARQUIS
Mais vous êtes surprise à tort :
Je prétends éclaircir un point qui m’intéresse.
FINETTE
De dîner avec vous à l’instant elle sort.
Que ne lui parliez -vous, vous qu’elle voit sans cesse?
LE MARQUIS
Belle Finette, il est des choses qu’on écrit,
Entre nous deux, bien mieux qu’on ne les dit. fin p: T TE.
Ce discours devient clair, et je dois vous entendre ;
Cette lettre dont il s’agit Est, je n'en doute plus, une missive tendre.
LE MARI GARÇON
LE MARI GARÇON
LE MARQUIS
Oui, ma chère, il est vrai : si vous voulez la rendre,
Et me servir dans mon amour,
Comptez sur ma reconnaissance,
Et sur ma bourse, dans ce jour.
Par ce brillant, d’abord, souffrez que je commence.
FINETTE
Pour le prendre, monsieur, j’ai trop de conscience.
LE MARQUIS
Je vous en fais présent.
FINETTE
Non : il ne m’est pas dû :
Ce serait un présent perdu.
Je ne reçois jamais rien des personnes Que je sais ne pouvoir servir.
Vous êtes dans le cas.
LE MARQUIS
Mais vos raisons...
FINETTE
Sont bonnes;
Et pour vous le prouver, et mieux vous éclaircir, Apprenez que madame est d’une humeur sévère,
Et ne lit point de tels billets.
Sachez, en même temps, qu’attentive à lui plaire,
Moi, qui vous parle ici je n’en porte jamais.
LE MARQUIS
Voilà des scrupules, Finette...
FINETTE
Non ; c’est de la sincérité ; fët, quoique je ne sois qu’une simple soubrettrc,
Je me pique de probité.
Si je servais une coquette,
J’accepterais vos dons sans balancer ; îlûre que vos poulets seraient bien reçus d’elles, b£t que je devrais voir de droit récompenser Mon service effectif et mon utile zèle,
Qui, dans ses mains, les feraient tous passer.
Mais aujourd’hui, que je me vois aux gages •
D’une maîtresse des plus sages,