ACTE III, SCÈNE I
Et qu’on prendrait à son habit Pour la sagesse ou la prudence.
LE MARQUIS
De l’amour, dites-vous? Quel serait mon bonheur Si, dans son âme, il avait pris naissance,
Et que d’un feu si doux je me visse l’auteur!
M. DE LA JOIE
Mais afin d’y trouver, vous seul, votre avantage,
A vos rivaux, donnez pour lot, marquis, L’indifférence et le mépris,
Que j’ai lus dans les yeux d’uue beauté si sage.
Et gardez pour votre partage La sensibilité, la douceur et l’amour.
Dont j’ai vu ses regards s’animer à leur tour.
LE MARQUIS
J’ai fait d’abord, dans le fond de mon âme,
La môme distribution.
Si j’en croyais la voix de l’espoir qui m’enflamme, J’affirmerais mes sens dans cette illusion.
M. DE LA JOIE
Il faut l’en croire. En vérité constante,
On peut changer une si douce erreur.
L’espérance, marquis, qui flatte votre cœur,
Est juste autant que séduisante :
Si la comtesse est aimable et charmante,
Vous êtes riche, et propre à vous faire chérir : Tous deux, à peu près de même âge,
Moi, qui connais vos maux, je m’offre à les guérir.
LE MARQUIS
A quel remède donc comptez-vous recourir?
M. DE LA JOIE
Mais au plus simple, et du plus grand usage :
Au spécifique sûr, topique souverain,
Qu’en langage ordinaire on nomme mariage,
Et dont l’effet est prompt autant qu’il est certain.
LE MARQUIS
Ah! c’est le bien que je souhaite,
Gomme le seul qui peut me rendre heureux ;
Et vous serez l’auteur, si vous formez ces nœuds,
LE MARI GARÇON
De ma félicité parfaite.
M. DELA JOIE
Mais, pour vous et pour moi, je le dois, je le veux : Gomme votre bonheur, ma gloire m'y convie ; L’hymen, à la rigueur, est de notre ressort.
Plus notre soin et notre effort Travaillent à donner des sujets à la vie,
Plus nous nous procurons de sujets pour la mort, Ou du moins, pour la maladie.
Je veux parler à Léandre d’abord :
La comtesse a pour lui beaucoup de déférence,
Et jamais frère et sœur ne furent mieux d’accord : Son zèle est grand pour elle.
LE MARQUIS
En cette circonstance, Pour son ami que n’est-il aussi fort !
Quoiqu’avec moi, presque dès notre enfance,
Il soit uni d’une étroite amitié,
Et que de mon amour il ait la confidence,
Il n’en a pas plus de pitié.
Je l’ai chargé, tantôt, d’une lettre pour elle,
Je n’en reçois réponse ni nouvelle :
Au lieu de me servir, et de m’en apporter,
Il ne parait prompt et fidèle Qu’au soin marqué de m’éviter.
Voyez-le, cher docteur ; employez toute chose Pour le changer en ma faveur ;
Ou bien tâchez, de sa froideur,
A démêler du moins la cause.
Vous possédez l’art séducteur De persuader, de convaincre ;
Exercez-le pour mon bonheur.
M. DK LA JOIE.
Eût-il un cœur de fer, j’espère de le vaincre.
Vous, cependant, voyez la sœur;
Pendant que j’agirai vivement près du frère, Occupez-vous du soin de plaire,
Et d’attaquer son cœur dans les règles de l’art ; Faites-lui de vos feux l’aveu tendre et sincère.