LE MARQUIS, LA COMTESSE
LE MARQUIS
Après huit jours de peine, inutilement prise,
Enfin, madame, enfin le sort me favorise :
Je trouve cet instant si doux, si souhaité,
Où je puis vous parler seul, avec liberté :
J’ai mille choses à vous dire,
Qu’à tout autre qu’à vous je ne puis confier; J’attendais, pour vous en instruire,
Cet entretien particulier.
LA COMTESSE
Est-ce un récit de vos voyages ?
Je vais l’en!endre avec plaisir;
Il doit, monsieur, amuser, réjouir,
Et présenter aux yeux de riantes images.
LE MARQUIS
Madame, mon récit est plutôt sérieux,
Il vise au pathétique.
LA COMTESSE
Il est donc merveilleux.
Auriez-vous abordé dans des pays sauvages?
Où seriez-vous tombé dans la captivité?
LE MARQUIS
Oui.
LA C Ô M T ESSE
Vous riez.
LE MARQUIS
Je dis la vérité.
LE MARI GARÇON
LA COMTESSE
Vous 11’avez point fait de naufrages?
LE MARQUIS
Pardonnez-moi.
LA COMTESSE
C’est donc au trajet de Calais ?
LE MARQUIS
C’est, si j’ose risquer le terme,
En France même, en terme ferme.
LA COMTESSE
Monsieur le voyageur, ah ! je vois, à ces traits,
Que vous vous égayez.
LE MARQUIS
Non, je ne mens jamais.
J’ai fait naufrage en France, et je m’y vois esclave : Mais, loin que je m:en plaigne, et loin que je les brave, Je chéris, je respecte, et j’adore mes fers.
De la personne que je sers Apprenez donc le nom, que je ne puis plus taire ; Tout me fait une loi de vous en informer :
Près d’elle votre appui me devient nécessaire.
C’est, puisqu’il faut vous la nommer...