ACTE III, SCENE III
Pans l’instant que j’avais regret à votre absence,
Et que je souhaitais de vous voir près de moi î
GID ALISE.
Que j’en ai de plaisir et de reconnaissance !
Je ne puis l’exprimer.
LA COMTESSE
Vous ne m’en devez point.
Je ne considérais que moi seule en ce point.
CID ALISE
De votre accueil je suis flattée;
Mais je suis très-surprise, et presque révoltée Du froid silence du marquis.
Loin qu’en me revoyant il marque de la joie,
Sur son front étonné le chagrin se déploie,
Et vient glacer tous mes esprits.
LE MARQUIS
Pardonnez, belle Cidalise,
Votre prompt retour m’a surpris :
C’est l’étonnement où je suis Qui l’arrête ou qui la déguise.
Je crains, d’ailleurs, pour vous, s’il faut que je le dise ; Vous exposez votre santé.
CIDALISE
Pour être un jour de plus avec ma bonne amie, J’exposerais ma propre vie.
LE MARQUIS
Vous la risquez aussi. Vous savez...
CIDALISE
Je l’oublie.
Vous allez vous brouiller avec la faculté.
CIDALISE
Ne m’entretenez, je vous prie,
Que de bals, de plaisirs qui flattent seuls mon goût.
Je n’en vais perdre aucun, et je serai de tout.
Parlons à présent de la fête Qui fait l’objet de tous mes vœux.
Puisque aujourd’hui, par votre ordre, on l’apprête, Faites-en, près de moi, les honneurs un peu mieux.
GO
LE MARI GARÇON
Dites-moi, tout au moins, que votre âme est ravie Que j’augmente, ce soir, la bonne compagnie Qui doit composer votre bal.
LE MARQUIS
Vous en ferez l’ornement principal.
Mon compliment est très-sincère.
C ID ALISE
Les mots en sont flatteurs; mais le ton ne l’est guère; Et vous les prononcez avec un flegme anglais Qui m’afflige et me désespère.
Mais je vous le pardonne ; entre nous, je connais La singularité de votre caractère ;
Et, qui plus est, marquis, je commence à m’y faire.
LE MARQUIS
Pardonnez, mais en nous toujours l’extérieur,
Quelque effort que nous puissions faire,
Se sent de la contrainte où se trouve le cœur.
Je ne puis plus longtemps vous cacher ce mystère, Et mon état présent est tel Qu’il cause à tous mes sens, obligés de se taire,
Un supplice continuel.
CID ALISE
Pour adoucir un tourment si cruel,
Parlez, monsieur, parlez ; c’est un bien nécessaire.
LE MARQUIS
Dans le moment que vous avez paru,
J’étais prêt d’implorer les bontés de madame,
Et de nommer l’auteur des peines de mon âme.
CID ALISE
Je vous ai donc interrompu?
LE MARQUIS
Oui, devant vous, je n’ai plus su que dire,
Et mon embarras s’est accru.
ci D ALISE.
Nous ne formons qu’une âme, et vous pouvez l’instruire; Que je ne vous arrête pas.
LA COMTESSE, à Cidalise.
A votre vue il se sent interdire,
Vous augmentez son embarras.