ACTE I, SCÈNE II
Je sens dans ce moment que mon cœur s’intimide.
C’est un nœud sérieux qui veut un esprit mûr;
Ne rien précipiter est toujours le plus sûr.
LÉ AND R E
Oui, vous avez raison; c’est le meilleur système;
Et je vous avoûrai que je pense de même :
Nous ne ferions pas mal de différer d’un mois.
LUCINDE
De trois, si vous voulez.
LÉ ANDRE
Oui, c’est bien dit, de trois :
Nos esprits mûriront en attendant la noce.
LUCINDE
Sans doute. t
LÉ AND RE
Rien n’est pis qu’un hymen trop précoce; Il éprouve le sort d’un fruit prématuré ;
Il ne vient point à bien.
LUCINDE
Mais, tout considéré,
Plus nous retarderons, et mieux, formés par l’âge, Nous soutiendrons tous deux le poids du mariage.
MARTON
Il le faut avouer, pour de jeunes amants Vous faites éclater de grands empressements.
LÉ ANDRE
De ce lien flatteur je sens tout l’avantage;
Mais je diffère exprès pour en mieux faire usage
MARTON
Vous prenez l’un et l’autre un parti fort prudent;
La difficulté gît à savoir maintenant Si votre tante aura ce plan pour agréable.
LÉ A ND RE
Pour ne pas l’approuver elle est trop raisonnable.
LUCINDE
La chose est juste au fond, elle doit l’accorder.
LÉ ANDRE
Je m’engage moi-même à la lui demander.
LE SAGE ETOURDI
MAR T ON
La démarche, monsieur, me paraît hasardée.
LÉ AND RE
Elle réussira, car j’en ai bonne idée.
MARTON
Vous n’avancerez rien. Son caractère est tel : Quand elle a prononcé, l’arrêt est sans appel.
LÉ ANDRE
Non, Marton, à nos yeux tu la peins trop rigide : Dans tout ce qu’elle fait la douceur est son guide.
MARTON
Son penchant naturel ia porte à dominer.
LÉ A ND R E
Oui : mais le ciel l’a fait exprès pour gouverner : Q R voit qu’à vingt-six ans, au fort de sa jeunesse, Elle fait éclater en tout une sagesse Que les autres n’ont pas dans un âge avancé.
Air, conduite, discours, tout en elle est sensé.
La raison est toujours l’ascendant qui l’inspire ; Et le ton qu’elle prend fait aimer son empire.
A vivre sous ses lois on trouve des appas. Lucinde, j’en suis sur, ne m’en dédira pas.
LUCINDE
Des tantes il est vrai qu’elle est la plus aimable.
LÉ AN D R E
La plus digne d’estime et la plus adorable.
MARTON, à Léandre.
Vous faites son éloge avec beaucoup d’ardeur.
LÉANDRE
Je ne fais en cela que consulter mon cœur.
MARTON
Elle aura dans monsieur un neveu plein de zèle.
Je bénis le lien qui doit m’approcher d’elle.
MARTON
Vous devez en ce cas presser votre union.
LÉANDRE
La chose à cet égard mérite attention.
A GTE I, SCÈNE IV
LU CI N DE
Oui, je suis, avec vous, d’accord sur ce chapitre : Monsieur, je vous en laisse absolument l’arbitre. Adieu. N'oubliez rien pour suspendre ces nœuds,
Et parlez à ma tante au nom de tous les deux.
LÉ AN DRE
Sur moi d’un pareil soin vous pouvez vous remettre; Je dirai ce qu’il faut; j’ose vous le promettre.