‹ Le babillardChapitre 284 sur 356 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Je sens dans ce moment que mon cœur s’intimide.

C’est un nœud sérieux qui veut un esprit mûr;

Ne rien précipiter est toujours le plus sûr.

LÉ AND R E

Oui, vous avez raison; c’est le meilleur système;

Et je vous avoûrai que je pense de même :

Nous ne ferions pas mal de différer d’un mois.

LUCINDE

De trois, si vous voulez.

LÉ ANDRE

Oui, c’est bien dit, de trois :

Nos esprits mûriront en attendant la noce.

LUCINDE

Sans doute. t

LÉ AND RE

Rien n’est pis qu’un hymen trop précoce; Il éprouve le sort d’un fruit prématuré ;

Il ne vient point à bien.

LUCINDE

Mais, tout considéré,

Plus nous retarderons, et mieux, formés par l’âge, Nous soutiendrons tous deux le poids du mariage.

MARTON

Il le faut avouer, pour de jeunes amants Vous faites éclater de grands empressements.

LÉ ANDRE

De ce lien flatteur je sens tout l’avantage;

Mais je diffère exprès pour en mieux faire usage

MARTON

Vous prenez l’un et l’autre un parti fort prudent;

La difficulté gît à savoir maintenant Si votre tante aura ce plan pour agréable.

LÉ A ND RE

Pour ne pas l’approuver elle est trop raisonnable.

LUCINDE

La chose est juste au fond, elle doit l’accorder.

LÉ ANDRE

Je m’engage moi-même à la lui demander.

LE SAGE ETOURDI

MAR T ON

La démarche, monsieur, me paraît hasardée.

LÉ AND RE

Elle réussira, car j’en ai bonne idée.

MARTON

Vous n’avancerez rien. Son caractère est tel : Quand elle a prononcé, l’arrêt est sans appel.

LÉ ANDRE

Non, Marton, à nos yeux tu la peins trop rigide : Dans tout ce qu’elle fait la douceur est son guide.

MARTON

Son penchant naturel ia porte à dominer.

LÉ A ND R E

Oui : mais le ciel l’a fait exprès pour gouverner : Q R voit qu’à vingt-six ans, au fort de sa jeunesse, Elle fait éclater en tout une sagesse Que les autres n’ont pas dans un âge avancé.

Air, conduite, discours, tout en elle est sensé.

La raison est toujours l’ascendant qui l’inspire ; Et le ton qu’elle prend fait aimer son empire.

A vivre sous ses lois on trouve des appas. Lucinde, j’en suis sur, ne m’en dédira pas.

LUCINDE

Des tantes il est vrai qu’elle est la plus aimable.

LÉ AN D R E

La plus digne d’estime et la plus adorable.

MARTON, à Léandre.

Vous faites son éloge avec beaucoup d’ardeur.

LÉANDRE

Je ne fais en cela que consulter mon cœur.

MARTON

Elle aura dans monsieur un neveu plein de zèle.

Je bénis le lien qui doit m’approcher d’elle.

MARTON

Vous devez en ce cas presser votre union.

LÉANDRE

La chose à cet égard mérite attention.

A GTE I, SCÈNE IV

LU CI N DE

Oui, je suis, avec vous, d’accord sur ce chapitre : Monsieur, je vous en laisse absolument l’arbitre. Adieu. N'oubliez rien pour suspendre ces nœuds,

Et parlez à ma tante au nom de tous les deux.

LÉ AN DRE

Sur moi d’un pareil soin vous pouvez vous remettre; Je dirai ce qu’il faut; j’ose vous le promettre.

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