LÉANDRE, ÉLIANTE
ELI ANTE
Je vous trouve à propos, et je dois vous apprendre Que votre père ici n’est pas sûr de se rendre ;
Sa mauvaise santé l’arrête malgré lui.
LÉANDRE
L’hymen ne peut donc pas s’accomplir aujourd’hui ?
ÉLIANTE
Pardonnez-moi, monsieur ; car il me prie en grâce Que votre mariage incessamment se fasse.
LÉANDRE
Sans lui ?
LE SAGE ÉTOURDI
ÉLIANTE
Je me conforme à son désir pressant.
Le mien en est flatté. Mais sera-t-il décent
Que, tandis que mon père est aux douleurs en proie,
Je célèbre une noce et me livre à la joie?
Les danses et les jeux seront-ils de saison?
L’amour ne doit-il pas céder à la raison ?
EL I AN TE
Gomment donc! vous sortez de votre caractère.
Vous paraissez prudent, contre votre ordinaire.
LÉANDRE
Je le suis en effet sous un air des plus foux :
Mais, madame, ai-je tort? je m’en rapporte à vous ;
A vous, dont la conduite est toujours circonspecte,
A vous, que j’aime à suivre, et qu’en tout je respecte.
ÉLIANTE
Pnisque vous voulez bien me faire cet honneur,
Votre père vous doit causer moins de frayeur.
Sans blesser le devoir, ni choquer la décence,
Vous pouvez épouser Lucinde en son absence.
Le mal qui le retient est un mal douloureux ;
Mais je sais, par bonheur, qu’il n’est pas dangereux : Et, pour mieux ménager votre délicatesse,
J’aurai soin que sans bruit votre contrat se dresse. Cette campagne est propre à servir mon dessein. Votre hymen se fera ce soir même; et demain Nous irons à Paris, sans crainte d’aucun blâme,
A ce père si cher présenter votre femme.
LÉANDRE
Il serait beaucoup mieux qu’il en fût le témoin.
ÉLIANTE
Monsieur, à dire vrai, j’admire un pareil soin :
Il me surprend en vous ; j’en suis même blessée. J’aurais cru que votre âme était plus empressée Et que vous soupiriez après ce nœud flatteur.
Quelle raison en vous a ralenti l’ardeur D’entrer dans ma famille ?