ACTE 1, SCÈNE IV
LEANDRE
Elle toujours la même.
ÉLIAN TE.
Si ma nièce, dont l’âme est sensible à l’extrême, Savait que vous montrez si peu d’empressement,
Elle en témoignerait un vrai ressentiment.
LÉANDRE
Je n’ai pas cette crainte ; et, pour ne vous rien taire, Elle souhaite fort que ce nœud se diffère.
ÉLIAN TE.
Vous m’étonnez, monsieur ! son cœur est donc changé?
LIS AN D RE
Je dois vous dire plus ; c’est qu’elle m’a chargé De vous le demander comme un bienfait pour elle. Avant de se lier d’une chaîne éternelle,
Madame, elle vous prie instamment, par ma voix, D’accorder à ses vœux au moins deux ou trois mois, Pour former sa raison au point qu’elle doit l’être,
Et pour avoir le temps tous deux de nous connaître.
ÉLIANTE
Deux ou trois mois, monsieur, pour former sa raison!
LÉANDRE
Ce temps fera beaucoup, et j’en suis caution.
ÉLIANTE
Oui, je conçois qu’un terme aussi considérable Doit faire un changement en elle remarquable ;
Et rien n’est mieux conçu. Je vois qu’avec bonté, Monsieur, à son projet vous vous êtes prêté ;
Et, pour rendre la chose encore plus parfaite,
Vous voulez bien vous-même être son interprète.
LÉANDRE
Je n’ai pu résistera de si justes vœux.
Nous sommes, pour attendre, assez jeunes, tous deux.
ÉLIANTE
Vous me le déclarez un peu tard l’un et l'autre. Lorsque j’ai consulté son cœur avec le vôtre,
Que ne me faisiez-vous cet aveu singulier?
Votre ravissement a paru le premier ;
Et ma nièce, après vous, n’a pu cacher sa joie.
LE SAGE ÉTOURD:
D’un changement si prompt que faut-il que je croie ? En si peu de moments qui peut l’avoir produit?
LÉ AN D RE
De la réflexion, madame, il est le fruit.
ÉLIANTE
En êtes-vous capable?
LÉ ANDRE
Oui, j’en fais d’excellentes.
ELI AN TE
Il faut que vous ayez des raisons bien puissantes. Parlez... Vous vous troublez ! Vous n’osez répartir?
LÉ A N D RE
Je n’ai pas devant vous la force de mentir.
ÉLIANTE
Quelles sont ces raisons ? daignez donc me les dire.
LÉ ANDRE
Puisque vous l’ordonnez, je vais vous en instruire.