‹ Le babillardChapitre 321 sur 356 · BELFORT, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

BELFORT, LE MARQUIS

BELFORT

Eh bien! quelle nouvelle as-tu reçu de Fronce?

Ton père...

LE MARQUIS

M’assassine ; il veut qu’en diligence Je parte pour aller épouser un parti Que, sans me consulter, sa rigueur m’a choisi.

Juge de l’embarras où cet ordre me livre.

Gomment parer ce coup? Quel chemin dois-je suivre ?

BELFORT

Mais prends, si tu m’en crois, dans celte extrémité,

L'ÉPOUX PAR SUPERCHERIE

Celui qui t’est prescrit par la nécessité.

Retourne en ton pays, et laisse-moi ta femme.

Son état ne doit pas inquiéter ton âme ;

Compte que j’en aurai le même soin que toi.

J’ai le titre d’époux, j’en remplirai remploi

LE MARQUIS

Épargne ton ami ; laisse le badinage.

BELF ORT.

Mais fais donc éclater ton secret mariage.

LE MARQUIS

Ah ! voilà le parti que choisira mon cœur;

Mais il craint, en parlant, d’exposer son bonheur. Je vois de tous côtés une affreuse tempête.

De ma femme d’abord la famille m’arrête.

Ce nœud va lui paraître un outrage mortel :

Elle me poursuivra peut-être en criminel.

BELFORT

Je suis le plus coupable; et sur moi tout l’orage...

LE MARQUIS

Cette crainte pour toi me retient davantage.

Emilie elle-même intimide mes sens;

Je la redoute, ami, plus que tous ses parents.

Si je fais cet aveu, je crains avec justice,

Je crains qu’il ne l'offense, et qu’elle ne rougisse De me voir possesseur d’un bien que j’ai surpris. Son indignation en deviendra le prix.

Elle va me haïr.

On excuse une audace

Que l’amour a causée, et que l’hymen efface. D’Orville, à cet égard, dissipe ton effroi.

Si son cœur doit haïr quelqu’un, ce sera moi. Choisi pour son époux, j’ai cédé sa personne, Voilà ce que jamais le sexe ne pardonne.

Il vaut mieux près de lui manquer de probité, Outrager sa vertu, qu’offenser sa fierté.

LE MARQUIS

Il faut donc me résoudre à rompre le silence.

Mais par délicatesse encore je balance ;

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