ACTE I, SCÈNE V
EMILIE
Puisqu’il faut vous ouvrir mon âme avec franchise,
Je chéris mon époux, sans que j’en sois éprise ;
Mon orgueil est sensible à ses mépris choquants, Mais mon cœur est tranquille, aussi bien que mes sens.
CONSTANCE
Lion j’entends ; vous l’aimez par simple bienséance,
Et comme à la rigueur, clans cette circonstance,
Voilà ce qui pouvait vous arriver do mieux ;
Votre sort en ce cas est moins disgracieux.
Le grand point dans la vie, autant qu’on en est maître, Est d’embellir l’état où le ciel nous fait naître.
Le tout, pour vivre heureux, dépend de s’arranger.
Il n’en est point, par là, qu’on ne puisse changer. Vous pouvez, après tout, rendre le vôtre aimable ; Vous n’avez qu’à saisir le côté favorable.
Miiady, pour trancher les discours superflus, Regardez votre époux comme s’il n’était plus,
Et vivez sur le pied d’une veuve à la mode Qu’aucun soin ne retient, qu’aucun freinn’incommode ; Qui toujours du plaisir suit les impressions,
Mais qui défend son cœur des grandes passions,
Et court, d’un pied léger, après les ris sans cesse, Sans s’écarter jamais des lois de la sagesse.
Je goûte ce conseil ; je peux suivre ce plan,
D’autant mieux que Belfort n’est jaloux, ni tyran.
Je paîrais son mépris et son peu de tendresse D'un dédain décoré de froide politesse,
Telle que je l’aurais pour un homme inconnu.
CONSTANCE
L’indifférence alors devient une vertu.
EMILIE
Oui, je sens tout le prix d’une leçon si sage :
Pour commencer d’abord à la mettre en usage,
Le voilà qui revient, et je l’entends monter:
Je veux le prévenir, et sors pour l’éviter.
De me fuir le premier il n’aura pas la gloire :
La retraite pour moi devient une victoire.
L'ÉPOUX PAR SUPERCHERIE