ACTE II, SCÈNE II
Pour ne pas m’éloigner d’une épouse aussi chère.
EMILIE
Mais vous n’y songez pas, votre raison s’altère.
LE MARQUIS
Vous-même, en ce moment, vous êtes dans l’erreur; Et pour la dissiper...
Vous m’affligez, monsieur;
Votre état. . .
LE MARQUIS
Justement est un point qu’on ignore.
C’est trop vous le cacher : apprenez que j’adore...
EMILIE
Je vois que votre esprit s’égare tout à fait.
LE MARQUIS
Non : daignez jusqu’au bout entendre mon secret.
EMILIE
A mes sages conseils cédez plutôt vous-même.
Vous devez...
LE MARQUIS
Je ne puis, madame; je vous aime.
EMILIE
Monsieur !
LE MARQUIS
D un front si fier cessez de vous armer. Sachez en même temps que je dois vous aimer;
C’est un devoir chez moi dont rien ne me dispense.
EMILIE
Ah ! c’est pousser, monsieur, trop loin l’extravagance; Et je sors.
Arrêtez.
J’en ai trop écouté.
LE MARQUIS
Vous me désespérez par cette cruauté.
De grâce, accordez-moi le temps de vous instruire.
11 faut que je vous parie enfin, ou que j’expire.
L’ÉPOUX PAR SUPERCHERIE
EMILIE
Mais comprenez-vous bien ce que vous demandez?
LE MARQUIS
Oui, madame; je meurs, si vous ne m’entendez.
Vous m’avez vu mourant, vous en étiez la cause;
Et, pour peu qu’à mes vœux votre âme encor s’oppose. Dans mon premier état je m’en vais retomber.
Tous mes sens affaiblis sont prêts à succomber.
EMILIE
(A part.) (Haut.)
11 m’alarme. Ah ! marquis, calmez la violence,.*
Ma vie ici dépend de votre complaisance.
Souffrez qu’à vos genoux...
EMILIE, l’arrêtant.
Asseyez-vous plutôt.
Vous en avez besoin... Vous êtes...
LE MARQUIS
Non : il faut...
EMILIE
Vous n’êtes pas, marquis, en état de m’apprendre...
LE MARQUIS
Pardonnez-moi : sur vous j’ai le droit le plus tendre. Sachez qu’un nœud secret, que j’avoue en tremblant...
EMILIE
Il faut que, malgré moi, je vous laisse un instant.
LE MARQUIS
Pour ne pas m’écouter. Ah ! c’est une défaite,
Et vous voulez ma mort.
EMILIE
Non, marquis, je souhaite
Que vous viviez.
LE MARQUIS
i. Madame, ayez donc...
EMILIE, troublée.
On verra...
Quand vous serez plus calme, on vous écoutera... Votre trouble est trop grand, et le mien est extrême.