ACTE II, SCÈNE XIII
EMILIE
Son père blâmera peut-être sa conduite.
Pour moi j’en suis charmée,
(Avec une joie contrainte et mêlée d’un dépit caché.)
Et je l’en félicite.
LE MARQUIS
Mon sort sera parfait, si j’ai voire agrément.
Nous n’avons rien appris d’un nœud si surprenant.
LA FLEUR, à Constance.
Vous étiez de la noce.
EMILIE
A mon tour, ma surprise...
LA FLEUR
Vous en étiez aussi, madame la marquise.
CONSTANCE
Il faut qu’une vapeur ait troublé son cerveau.
C’est un mal général.
EMILIE, à La Fleur.
A qui dans ce château A-t-il donc pu s’unir ?
LE MARQUIS, à part.
Je tremble.
BELFORT, à part.
Je frissonne.
LA FLEUR
C’est, madame...
EMILIE
A qui donc ?
C’est à votre personne.
EMILIE
A moi ? Quelle folie!
CONSTANCE, éclatant de rire.
Ah ! le trait est charmant.
(A Emilie. )
Snr ce nouvel hymen je vous fais compliment.
Vous l’avez contracté, l’on vient de vous le dire : Mais vous n’en savez rien, et c’est ce que j’admire.
L’ÉPOUX PAR SUPERCHERIE
LA FLEUR
xjQ contrat est garant de tout ce que je dis.
11 est fait sous le nom de monsieur le marquis ;
Et milord est lui-même inventeur de la ruse.
EMILIE, à Belfort.
Vous ne démentez point La Fleur qui vous accuse?
BELFORT
Il dit la vérité. D’Orville est votre époux.
LE MARQUIS
Je me jette à vos pieds.
Je tombe à vos genoux.
LA FLEUR
Je m’y prosterne aussi.
EMILIE
Je doute si je veille ;
Je n’ose en croire ici ma vue et mon oreille
LE MARQUIS
Faites grâce à l’arrour.
BELFORT
Excusez l’amitié.
LE MARQUIS
D’un mari tout à vous, ma femmë, ayez pitié.
CONSTANCE
Mais leur ton me séduit ; je commence à les croire.
BELFORT
Pour le bonheur commun...
LE MARQUIS
Pour votre propre gloire..»
Je meurs à vos genoux si je ne vous fléchis.
EMILIE
Mes sens sont à la fois révoltés et ravis.
Je brûle de parler, et je ne puis rien dire.
Mon orgueil est blessé ; mais ma vertu respire.
LE MARQUIS
Aurais-je le bonheur de n’être point haï?
Ah ! ne rougissez pas d’aimer votre mari.
EMILIE
Non, je n’en rougis plus ; tout haut je le publie.