ACTE III, SCÈNE V
Tout ce que j’ai souffert est trop récompensé.
Tant de traits éclatants d’un amour véritable,
A mes yeux enchantés vous rendent adorable.
Je dois avec raison chérir ma fausse mort,
Et je voudrais subir encor le même sort,
S’il devait m’attirer cette preuve sensible...
Gardez-vous de former un souhait si terrible;
Le bruit de ce trépas m’allait priver du jour.
Que dis-je? il l’avait fait jusqu’à votre retour.
Du jour qu’on m’annonça cette fausse nouvelle,
Mes yeux s’étaient couverts d’une nuit éternelle. J’avais cesse de vivre. A présent, je vous vois,
Je renais, je respire une seconde fois :
Un seul de vos regards m’a promptement guérie,
Et c’est de cet instant que je date ma vie.
LISETTE
Il est vrai que monsieur est un grand médecin.
LUCILE
Mon coeur avait besoin de son art souverain.
MON TV AL
Tel que vous me voyez j’en possède le titre ;
Et des jours des mortels je suis ici l’arbitre.
LUCILE
Vous êtes médecin?
M O NT VAL
Oui, je le suis pour vous.
LISETTE
C’est lui qu’on a prié de vous tâter le pouls :
Je l’ai donné pour tel tantôt à la marquise.
LUCILE
A-t-il sa confiance?
MONT VAL
Elle m’est toute acquise. •
Vous êtes ma malade : en cette qualité,
Je puis vous voir sans cesse en pleine liberté.
LUCILE
Le moyen est charmant ; mais puis-je bien le croire ?
LE MÉDECIN PAR OCCASION
M O NT VAL
Oui ; cette cure-là va me combler de gloire.