‹ Le babillardChapitre 50 sur 356 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

LUCILE

Cenx qu’on fait le matin sont toujours vrais, Lisette.

(Elle quitte lo pinceau.)

J’ai vu, j’ai vu l’objet de ma douleur secrète ;

Je l’ai vu tout sanglant qui s’avançait vers moi,

Et me tendait sa main pour recevoir ma foi ;

11 me la demandait d’une bouche expirante,

Comme le juste prix de son ar leur constante.

En l’arrosant de pleurs, j’ai reçu cette main,

Et la mienne a lié mon sort à son destin.

J’ai juré de rester fidèle à sa mémoire ;

Je tiendrai mon serment, je m’en fais une gloire. Pour le rendre immortel j’emploîrai mon pinceau.

Je veux de ce portrait, je veux faire un tableau,

 côté de Montval je me peindrai moi-même,

Avec les attributs d’une épouse qui l’aime.

D’un nœud fait par l’amour l’hymen nous unira,

Et loin de le briser, la mort le serrera.

Four remplir ce projet dont mon âme est ravie, Rendons de mon amant la figure accomplie :

Donnons, sans plus tarder, à des traits si chéris. Donnons toute leur grâce et leur vrai coloris.

( Tandis qu’elle périt, Montval la regarde par-dessus son portrait, et Lisette lui fait signe de se cacher.)

LISETTE

Déjà la ressemblance est à mon gré parfaite.

LUCILE

Tais-toi, ne parle pas ; je crains drêtre distraite. Souvent, à notre esprit, un mot fait échapper Le vrai qu’il saisissait, et ne peut rattraper.

Voilà, voilà sa bouche, et son tendre sourire ;

Voilà ses yeux, son air. Ah ! mon amant respire ! Cest lui, je le revois, et j’embrasse Montval !

LISETTE, ôtant le portrait qui cache Montval.

Embrassez-le lui-même en propre original .

LUCILE, voyant Montval à ses genoux.

Ou suis-je ? juste ciel! quel objet! quelle vue!

La joie et la frayeur me tiennent suspendue.

M O NT VAL

Ah ! Lucile !

LUGILE.

Ah ! Montval ! est-ce vous que je voi?

Est-ce vous que j’entends?

MONTVAL

Oui ; reconnaissez-moi.

LUGILE.

Quoi ! vous êtes vivant?

montval.

Oui, vivant et fidèle.

LISETTE

Pour convaincre vos yeux, touchez, mademoiselle.

LUCILE

Mes sens, de la douleur, passent rapidement A l’excès de la joie et du ravissement.

Un moment ; arrêtez ; souffrez, que je respire :

Un si grand bien m’accable, et je ne puis rien dire.

MONTVAL

O jour ! ô jour heureux 1 ô moment enchanteur !

Qui répare trois ans de peine et de malheur !

Mon bonheur est si grand aussi bien que ma gloire, Que j’en suis étonné, que j’ai peine à le croire.

Vous m’aimez !

LUGILE.

Pour juger de ma sincère ardeur, Regardez-moi, Montval, et voyez ma pâleur ;

Voyez le triste état où vous m’avez réduite:

Sur mon front abattu ma tendresse est écrite ; Consultez ce portrait, l’ouvrage de l’amour,

Où vos traits et ma flamme éclatent tour à tour ; Interrogez les pleurs que je viens de répandre,

Le songe, le serment que vous venez d’entendre; Demandez à Lisette à qui j’ouvre mon cœur,

A qui j’ai confié mes rêves de bonheur :

Tout ici vous dira combien je vous adore,

Et ma bouche, tout haut, vous le répète encore.

MONTVAL

Je n’ai plus de regret à tout mon sang versé ;

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