‹ Le babillardChapitre 6 sur 356 · LÉANDRE, NÉRINE · texte numérisé non relu

LÉANDRE, NÉRINE

LEANDRE, parlant tout seul sans voir Nérine.

Non, rien n'est plus piquant que de courir, d’aller,

Sans rencontrer personne à qui pouvoir parler.

Quand on trouve les gens, on raisonne, l’on cause,

On s’informe et toujours on apprend quelque chose ;

Et ne dît-on qu'un mot au portier du logis,

Cela vous satisfait ; et comme le marquis Me disait l’autre jour en allant chez Julie...

NÉRINE

A qui parle monsieur?

LÉANDRE

C’est toi ! Bonjour, ma mie, Comment te portes-tu? Fort bien, j’en suis ravi;

Ta maîtresse de même, et moi fort bien aussi.

Elle m’avait prié d’aller voir Isabelle

De sa part; mais, morbleu! personne n’est chez elle,

Pas le moindre laquais ; j’ai trouvé tout sorti,

Et je suis revenu comme j’étais parti.

Hier encore, hier, je courus comme un diable,

Secoué, cahoté dans un fiacre exécrable.

Au faubourg Saint-Marceau j’allai premièrement ;

Des Gobelins ensuite au faubourg Saint-Laurent;

Du faubourg Saint-Laurent, sans presque prendre ha-

[leine,

Au faubourg Saint-Antoine, et tout près deVincenne; Du faubourg Saint-Antoine au faubourg Saint-Denis ; Du faubourg Saint-Denis dans le Marais, et puis Eu cinq heures de temps faisant toute la ville,

Je revins au Palais, et du Palais dans l’Isle ;

De là je vins tomber au faubourg Saint-Germain;

Du faubourg Saint-Germain...

NÉRINE, l’interrompant avec volubilité.

J’ai couru ce matin,

Et de mon pied léger, jusqu'au bout de la rue :

De la rue au marché ; puis je suis revenue.

Il m’a fallu laver, frotter, ranger, plier;

J’ai monté, descendu de la cave au grenier,

Du grenier à la cave, arpenté chaque étage.

J’ai tourné, tracassé, fini plus d’un ouvrage ;

Pour madame et pour moi fait chauffer un bouillon ; J’ai plus de trente fois fait toute la maison,

Page 1