SCÈNE III
Pendant qu’un cavalier, que Léandre on appelle,
A causé, babillé, jasé tant auprès d’elle,
Qu’elle en a la migraine, et que pour s’en guérir,
Tout à l'heure, monsieur, elle vient de sortir.
Vous devenez, ma fille, un peu trop familière,
Et toutes ces façons ne me conviennent guère.
Si je ne respectais la maison où je suis,
Parbleu! je saurais bien.. Profitez de l’avis;
Et, parlant à des gens qui passent votre sphère, Songez à mieux répondre, ou plutôt à vous taire.
NÉRINE
Le silence est un art difficile pour nous,
Et j’irai, pour l’apprendre, à l’école chez vous.
LÉANDRE
A Clarice, tantôt, je dirai la manière Dont tu reçois ici ceux qu’elle considère;
Et du devrais savoir qu’en la passe où je suis,
On doit me ménager, et qu'en un mot je puis Faire de ta maîtresse une très-haute dame,
Et qu’aujourd’hui peut-être elle sera ma femme; Que je dois obtenir un important emploi,
Ayant avec honneur servi vingt ans le roi ;
Que Clarice aurait tort de préférer Valère,
Et qu’il est mon cadet de plus d’une manière;
Qu’un homme comme moi trouve plus d’un parti ; Que de Julie enfin je ne suis point haï.
Julie a du brillant et beaucoup de jeunesse :
Tu maîtresse a trente ans, et moins de gentillesse; Mais elle a des vertus dont je fais plus de cas, Elle est sage, économe, et ne babille pas.
La déclaration est tout à fait nouvelle.
Et je vous dois, monsieur, remercier pour elle.
LÉANDRE
Adieu. Je vais agir pour mon gouvernement.
Oh ! Valère en sera la dupe sûrement.
Mais je le vois qui vient.
NÉRINE
Avec lui je vous laisse.
(Elle sort.)
LÉ AND RE, à part.
Il m’aborde à regret, et son aspect me blesse.
Il n’est, pour se haïr, que d’ètre un peu parent.