‹ Le babillardChapitre 64 sur 356 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Vous consacrez mon nom au temple de mémoire

MONTVAL

Je voudrais que mes vers fussent tels dans le fonds.

LE BARON

Moi, sans les avoir vus, je soutiens qu’ils sont bons. J’irai les réciter avec la même ivresse Que si j’étais l’auteur en effet de la pièce.

MONTVAL

Mais vous l’êtes aussi Ne l’oubliez plus.

LE BARON

Non.

Lisez-les moi d’abord, pour me donner le ton.

MONTVAL, lit.

Vers au Roi.

Grand roi, pardonne à mon silence,

Il prouve mon respect autant que ma prudence ;

Et le grand nombre aurait dû m’imiter ;

Tous ont le front de te chanter,

Mais aucun n’a l’art de te peindre :

C’est cet écueil fatal, c’est cet exemple à craindre Qui m’a retenu malgré moi :

Les Alexandres, les AchiJss,

N’ont rien de commun avec toi.

A quoi bon te prêter, en peintres malhabiles.

Les traits d’autrui rebattus tant de fois?

Ta valeur, qui t’est propre, a pour soi la justice: Que dans la vérité leur pinceau la saisisse,

Et l’offre pour modèle à tous les autres rois. L’humanité, dans tes pareils si rare,

Te suit partout jusque dans les combats ;

Ce n’est point pour jouir d’un triomphe barbare Qu’au plus fort du danger ton cœur conduit tes pas ; C'est pour y ménager le sang de tes soldats,

Dont tu sais que le ciel veut que tu sois avare :

Voilà comme un vrai roi doit être courageux. Pourquoi, dans les temps fabuleux,

Pour te louer, faut il donc qu’on s’égare?

Notre histoire présente aux yeux Un parallèle moins bizarre,

Et c'est à tes propres aïeux Qu’il est juste qu’on te compare.

Pour te peindre il ne faut qu’nn seul trait ressemblant: Ton aïeul lit des rois et soutint leur puissance ;

Tu fais des empereurset tu prends leur défense.

Père du peuple ensemble et conquérant,

Tu joins, malgré l’effort de l’Autriche jalouse,

La gloire de Louis le Grand A la bonté de Louis Douze.

LE BARON

J’adopte ces vers-là. C’est peu de la santé.

Je suis sûr à présent de l’immortalité;

Je les vais, de ce pas, envoyer au Mercure .

MONT VAL

Pour l’immortalité cette voie est peu sûre :

Ce qui me flatte, moi, qui juge en médecin,

C’est votre état présent. Vous avez l’air serein,

Le teint clair; dans votre œil la vivacité brille.

LE BARON

Oui ; je vais me montrer aux yeux de ma famille. Tout le monde sera bien étonné, je croi.

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