‹ Le babillardChapitre 92 sur 356 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Dis.

ARLEQUIN

De votre avocat, monsieur, c’est une lettre,

Qu’un homme de sa part m’a dit de vous remettre.

GLITANDRE, prenant la lettre.

J’ai perdu mon procès, je gage.

(mu.)

« Vous venez, monsieur, de perdre votre procès. »

Qu’ai-je dit ?

Vous le voyez, déjà mon songe s’accomplit.

ARLEQUIN

J’ai rêvé comme vous de poisson mort, d’eau sale :

Si la journée aussi m’allait être fatale !

Mais elle l’est déjà, je viens d’ctre battu.

DAMO N.

Voyez donc jusqu’au bout.

CLITANDRE

Je sais que j’ai perdu,

Du reste de la lettre à quoisertde m’instruire ?

Pour moi, si vous voulez, vous n’avez qu’à la lire.

dam o N.

Très-volontiers.

(il lit.)

c Vous venez, monsieur, de perdre votre procès,

« malgré votre bon droit : tout ce que je puis vous « dire, c’est que j’ai plaidé comme un ange. »

CLITANDRE

Le trait est des plus consolants,

Pour un homme qui perd plus de vingt mille francs.

DAM O N poursuit.

« Tout le monde a trouvé le jugement ridicule, « et a dit hautement que, pour n’avoir pas gagné ,2 une cause que j’avais si bien plaidée, il fallait « que ma partie fût née sous une planète bien mal- « heureuse. »

CLITANDRE

Ah ! qu’on a bien raison ! grâces à ma planète, Je suis de l’infortune une image parfaite !

L’AUTEUR SUPERSTITIEUX

DAM ON, poursuit

« Ce vendredi à deux heures après midi. »

GLITANDRE.

Du malheur qui m’arrive, ah ! je suis peu surpris, Rien ne me réussit jamais les vendredis !

DAM O N, reprend.

« J’avais oublié de vous marquer que je soupçonne « votre procureur d’avoir été d’intelligence avec votre « partie adverse. »

CLITANDRE

Oh! mon rêve à ce coup en plein se vérifie!

J’ai vu mon procureur boire avec ma partie:

Qu’on dise après cela que tout songe est menteur;

Et vous présentement, riez de ma terreur ;

Dites du moidre effroi que je reçois l’empreinte,

Et crois un songe vain enfanté par la crainte. Démentez ce billet.

DAM ON

Je veux qu’à cet égard

Votre rêve, monsieur, ait dit vrai par hasard ;

Vous le trouverez faux bientôt dans tout le resje.

Non, dans ce triste jour tout va m’être funeste !

Vous me verriez tranquille, et non pas éperdu,

Si mes maux se bornaient à mon procès perdu :

Mais je regarde en lui les suites qu’il présage ;

T1 est comme l’éclair qui devance l’orage ;

:1 est le noir signal que le ciel en courroux fient, tout prêt à frapper, de déployer sur nous. Üortense recevra de fâcheuses nouvelles ;

Mon ouvrage essuîra des disgrâces cruelles.

Justifiant l’effroi dont mon cœur est rempli,

Mon rêve en tous ses points va se voir accompli ! Gourez dire aux acteurs, cher ami, je vous prie,

De ne pas aujourd’hui donner ma comédie ;

Que pour la retarder j’ai des motifs puissants, Rendez-moi ce service, et sans perdre de temps.

DAM o N.

N’en déplaise aux frayeurs de votre esprit crédule.

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