CLITANDRE, ARLEQUIN
Qu’avez-vous?
CLITANDRE
Un fauteuil, vite, je n’en puis plusl Mes sens, jamais mes sens ne furent plus émus. J’entre à la comédie, admire mon étoile!
Dans le moment fatal qu’on a levé la toile;
Du monde que je vois je suis épouvanté;
J’entends mugir les flots du parterre agité :
Je regarde en tremblant tous ces juges sévères,
Que ne sauraient fléchir ni brigues, ni prières.
De mon supplice alors je crois voir les apprêts :
Tous les cris que j’entends me semblent des sifflets; Quand, pour comble d’effroi, j’aperçois un vieux cuistre, Dont je n’ai jamais vu le visage sinistre,
Qu’il ne m’ait annoncé quelque malheur prochain :
Il me fixe des yeux, me montre de la main;
Je lis dans ses regards ma mortelle sentence,
Et veux me dérober à sa noire présence ;
Mais je fais un faux pas, et culbute en fuyant;
Voilà l’auteur tombé, dit-il en me voyant;
C’est lui, je le connais; je crains que pour l’ouvrage Cette chute ne soit d’un funeste présage.