CHAPITRE XIV
LA STATISTIQUE DU BACCALAURÉAT ET LE PROBLÈME DE L’ORIENTATION DES BACHELIERS
La statistique du baccalauréat n’est plus à faire, du moins telle que permettent de l’établir les seuls documents dont on dispose (1) Dressée avec un très grand soin, pour la période qui va de 1806 à 1919 par Paul Meuriot, président de la Société de Statistique de Paris et membre du Conseil supérieur de Statistique (2), elle a un tort : celui de ne pas être exacte, et une excuse : celle de ne pas pouvoir l’être. Les données sur lesquelles elle repose n’ont qu’une valeur de prévision budgétaire. Les chiffres qui sont envoyés, à la fin de chaque session, au Ministère de l’Education Nationale, par chaque Académie, permettent en effet d’obtenir exactement le nombre des examens annuels auxquels chaque Faculté a procédé, et d'établir la balance des recettes et des dépenses. Ni la pédagogie, ni la sociologie ne peuvent en tirer aucune conclusion valable. Car le nombre des candidats examinés est établi sans tenir compte des candidats aux doubles mentions et sans faire la discrimination entre les candidats qui se présentent pour la première fois et ceux qui se présentent pour la deuxième, la troisième ou la quatrième fois.
Ainsi, l’Académie de Paris, en accusant pour l’année 1936, 23.873 candidats examinés, répartis en 12.526 ajournés à l'écrit, 2.461 ajournés à l’oral et 8.886 définitivement reçus, fournit au bureau chargé de la comptabilité d’utiles renseignements. Mais le statisticien qui prendrait ces nombres comme base pour déterminer, par rapport aux années précédentes, au moyen (le comparaisons et de graphiques, le niveau des études, la sévérité ou l’indulgence des examinateurs, le pourcentage des succès et des échecs, s’exposerait
(1) On trouve ces documents aux archives du Ministère de l’Education Nationale. Le bureau Universitaire de Statistique, créé par M. de Monzie en 1933. centralise, depuis cette date, les statistiques des examens du baccalauréat.
2) Cf. Paul Meuriot, Le Baccalauréat, son évolution historique el siatistique des origines (1808) à nos jours, brochure de 54 pages, Nancy, Berger Levrault, 1919.
à de graves mécomptes. En effet, le nombre 23.873 correspond réellement à 23.873 examens, mais il n’exprime pas la même réalité en ce qui concerne les candidats. [Il en est de même pour le nombre des ajournés et pour celui des reçus. En fait, au lieu de 23.873 candidats, on n’en a eu que 14.887, pour lesquels 23.873 examens ont été nécessaires. Ces 14.887 candidats se répartissent ainsi : 5.901 n’ont subi l’examen qu’une fois (5.440 en juillet et 461 en octobre), 7.763 l’ont subi en juillet et en octobre, 1.293 se sont présentés à deux séries, 1.106 en juillet et 117 en octobre). Le nombre des reçus n’est pas de 8.886, mais de 8.355, si l’on tient compte des 531 candidats reçus à deux séries (Mathématiques et Philosophie, ou A et A’, ou A’ et B). Et celui des ajournés au lieu d’être de 14.987 est en réalité de 6.532.
Ce sont, sans nul doute, des remarques de ce genre qui ont permis à M. Fortunat Strowski de dire avec autant d’ironie que de raison : « Un statisticien qui compterait combien de gens ont passé le pont d'Avignon, un jour de fête, et qui oublierait que beaucoup de personnes l’ont passé plusieurs fois, ne commettrait pas une erreur plus lourde que les statisticiens du baccalauréat (1) ». Certes, la France, pays « de la juste mesure et des fausses statistiques (2) », à pu, jusqu’à ce jour, vivre et tenir sa place dans le monde, en partie grâce à ses bacheliers, sans en connaître le nombre exact. Nous ne pensons pas que, même si elle se prolongeait, cette ignorance, qui est une des innombrables formes de son inépuisable confiance, serait susceptible de la conduire à sa perte. Mais, à l’heure où l’on se demande si le désordre économique dont elle souffre réellement et le désordre moral dont quelques-uns, semblet-il, voudraient la voir souffrir, ne sont pas la conséquence d’une Surproduction intellectuelle, elle aurait. croyons-nous, intérêt à ouvrir son livre de raison. La pédagogie et la sociologie y trouveraient leur compte, et peut-être aussi les sciences économiques et politiques. L’utilité d’une statistique du baccalauréat, établie avec le plus de précision possible, nous paraît tellement évidente que nous nous permeltons d'en proposer un modèle, avec l'espoir, non point qu'il sera trouvé parfait, mais qu'il en suscitera d’autres de la part de quelque technicien de la stalistique, plus initié que nous aux arcanes de celte science. Il est extrait du tableau de statistique générale des examens du baccalauréat de la première session de 1936 que nous avons dressé pour l’Académie de Paris.
Il conviendrait de compléter ces renseignements en y ajoutant des documents statistiques sur la provenance de chaque candidat avant son entrée dans l’enseignement secondaire, sur sa qualité
1 (Ge Fort at S vsKkKi Fait- : : : LEE ; pi HOCtRRE trowski, Fait-on trop de bacheliers, in Paris-Midi,
(2) Cf. F. Sieburg, Dieu est-il Français ?
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