CHAPITRE XIII
DOCIMOLOGIE ET BACCALAURÉAT ou l'Enquête Carnegie et le Décret du 23 mai 1934
S'il est une chose que nous croyons avoir montrée, c’est assurément que le baccalauréat de l’enseignement secondaire est, de toutes les institutions universitaires, celle qui, depuis Sa création, n’a jamais cessé d’être impitoyablement retenue à la barre de l’opinion publique. Enquêtes officielles et privées, débats parlementaires, rapports de Ministres, d’administrateurs et de professeurs, articles de journaux et de revues, libelles et pamphlets, rien ne lui à manqué à aucune période de son histoire, pas même de francs éloges surtout lorsqu'on croyait qu'il avait un pied dans la tombe. Et voici qu'une science nouvelle, la docimologie, met, à son tour, le baccalauréat à la question. Plus docile par tradition, et plus habitué que les autres examens ou concours à voir les hommes se complaire à l’étalage de ses infamies apparentes et de ses tares secrètes, l'examen du baccalauréat s’est prêté aux expériences de la Commission française pour l'enquête Carnegie
sur les examens et concours en France, expériences entreprises
en 1932, dont les résultats viennent d’être publiés (1). Bien que notre exposé ait pris des proportions plus vastes que celles auxquelles nous espérions le limiter, nous avons estimé que nous avions le devoir, avant toute conclusion, d'examiner la valeur du diagnostic qui nous est fourni cette fois par de savants praticiens.
En 1931, la Carnegie Corporation de New-York qui joue depuis longtemps un rôle considérable dans l'étude des problèmes pédagogiques aux Etats-Unis, voulant élargir le champ de ses investigations pédagogiques et sociales, Chargea l'International Instilute of Education du Teachers College de l’Université de Columbia
(1).Cf. 1°, — Enquêtes sur le Baccalauréat, Recherches statistiques sur les origines scolaires et sociales des candidats au baccalauréat dans l'Académie de Paris, avant-propos de C. Bouglé, Paris, Hachette, 1936 : 20 La correction des épreuves écrites dans les Examens, Enquête expérimentale sur le baccalauréat, Paris. À la maison du Livre, 1936.
d’instituer une enquête internationale sur les conceptions, les méthodes, la technique et la valeur probatoire des examens et concours en Angleterre, en Allemagne, en France et en Suisse. Défnitivement constituée en janvier 1932, la Commission française était composée de MM. Desclos, directeur-adjoint de l’Office national des Universités et Ecoles françaises, président, Barrier, inspecteur général de l’Instruction publique, adjoint au directeur de l’enseignement primaire, Bouglé, directeur de l’Ecole Normale Supérieure, Gastinel, inspecteur général de l’Instruction publique, Laugier, professeur à la Faculté des sciences de Paris et au Conservatoire National des Arts et Métiers, Luc, directeur général de l’enseignement technique (1). |
Ayant décidé que le plan général de l’enquête comprendrait une partie documentaire, une partie technique et une partie sociologique, la Commission porta, pour l’application expérimentale de ce plan, son choix sur l’examen qu’elle considérait comme « le plus typique et sans doute le plus important des examens français », le baccalauréat de l’enseignement secondaire. Le baccalauréat, déclare le président de la Commission, « est situé à mihauteur de l’échelle, entre le certificat d’études et les concours de l’enseignement supérieur (2) ; il est placé à la jonction de deux enseignements et sert à la fois de sanction à l'Enseignement secondaire et d'examen d'admission à l’Enseignement supérieur ; il réunit dans ses jurys des examinateurs appartenant à l’Enseignement supérieur et à l’Enseignement secondaire, dont certains siègent parfois dans les jurys d'examens de l’Enseignement primaire au brevet supérieur, comme ils peuvent siéger aussi aux concours d’entrée des grandes écoles, très représentatifs par conséquent du type d’examinateur français ; enfin, le baccalauréat comporte un jeu d'épreuves qui sont également typiques puisqu'on les retrouve, à des degrés divers, à presque tous les échelons de notre série d'examens. Du point de vue social, le baccalauréat est également l’examen français le plus important, puisqu'il ouvre la voie aux études supérieures et à toutes les carrières auxquelles elles préparent, et qu’il constitue, en gros, l'instrument de sélection des classes dites dirigeantes » (3).
(1) On remarquera que des membres de la Commission, un seul. M. Laugier, en sa qualité de professeur de Faculté, est chaque année, en contact direct avec les examens du baccalauréat. Les autres ont, depuis longtemps, cessé de faire partie des jurys de cet examen. :
(2) Nous dirions plutôt les examens de l’enseignement supérieur, ç'està-dire les certificats d’études supérieures qui sont obtenus, comme chacun le sait, par voie d'examen et non de concours. A proprement parler, il n’y a pas de concours dans l’enseignement supérieur. Les concours auxquels il prépare comme ceux de l'agrégation de l’enseignement secondaire sont bien en haut de l'échelle, mais sur cette échelle le baccalauréat est loin d'être à mi-hauteur.
(3) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens. Enquête expérimentale sur Le Baccalauréat, Paris, 1936, p. 7.
Pour la partie documentaire de l'enquête, la Commission avait établi deux questionnaires. L’un « plus large et plus bref » fut adressé à un millier de personnes étrangères à l’enseignement, mais « capables de se former en pareille matière un jugement personnel et solide » ; l’autre plus détaillé, plus minutieux, portant exclusivement sur l’aspect pédagogique, technique et social de l'examen, fut envoyé à 3.000 spécialistes, professeurs et administrateurs de l’enseignement supérieur et de l’enseignement secondaire, directeurs et professeurs d'établissements privés, présidents d'associations d’universitaires, etc. Au total, la consultation a touché 4.000 personnes, chiffre largement suffisant si chacune avait répondu à l’appel de la Commission. Mais le nombre des réponses à été, de part et d'autre, si faible, avoue M. Gastinel, « que la base manque pour des conclusions positives de large portée » (1). En effet, sur les 4.000 personnalités consultées, 124 à peine ont donné leur avis : 21 appartiennent à la première catégorie et 97 à la deuxième (2), trois réponses ont été fournies par des personnes n’appartenant pas au professorat mais s'intéressant, pour des raisons personnelles, aux questions d'enseignement.
Quand on compare ces résultats à ceux de l’enquête de 1885, on est surpris de constater avec quelle unanimité les professeurs se sont désintéressés d’une telle consultation. Il est vrai que l’enquête Carnegie, bien qu’elle fût menée par d’éminents universitaires et encouragée par le Ministre de l’Instruction publique (3), conservait son caractère de consultation privée. Mais les questions posées avaient une telle portée qu’elles auraient dû provoquer dans les : lycées et les collèges, au lieu d’une abstention presque totale, un écho d’une certaine ampleur. Il semble que les professeurs en très grande majorité, aient estimé que cette enquête venait à un moment inopportun. Depuis 1929, les groupements universitaires et plus Spécialement la Société des Agrégés menaient une campagne très active pour une meilleure organisation des examens du baccalauréat. Les professeurs ont-ils voulu s'abstenir de répondre à l’enquête Carnegie avant d’avoir connu les résultats des efforts engagés
.… (1) Cf. Ibid, p. 13. Faute de réponses nombreuses et pertinentes tibles de constituer une Synthèse valable de l'opinion: du public ÉcIN
a observations qui éclairent les problèmes pédagogiques et sociaux : erv: ù iaux perl existence du baccalauréat et en laissent en entrevoir Jes ane
(2) Métfübres de l’enseignement Supérieur : 7? : de l’ensei ) M es de le 5 : nemen = daire : 82, se répartissant de la façon suivante : administrateurs do 16 Pros no es 0 3 Pro ters collèges ; Professeurs de lycées : 66, dont esé . C5 ; FTOfESSeurs de collè S L'enseignement Privé à donné 8 réponses”. masi Ur ee
(3) Cf. La correction des épreuv i quê expérimentale sur Le Baccalauréat ÿ. FU FRS ne
par les dirigeants de leurs groupements ? Sachant combien vivace est, chez tous, l'amour du métier, combien forte la foi en la valeur de l’enseignement dont ils ont la charge et combien vigoureux le souci de conserver son prestige au diplôme qui en est la sanction immédiate, il n’est guère possible d’expliquer par d’autres raisons leur silence. Quant au parti pris d'abstention du public éclairé, nous pensons qu'il est dû au fait que ce public commence à se rendre compte que, dans l’ensemble, l’examen du baccalauréat donne ce qu’on peut raisonnablement et humainement attendre de lui.
Nous ne croyons pas, comme M. Gastinel, qu’il soit « consécutif aux polémiques engagées depuis plus de cinquante ans autour du baccalauréat » (1). Ce n’est pas à « une sorte de lassitude générale » ou de scepticisme que les « longues querelles » qui jalonnent l’histoire du baccalauréat depuis plus d’un siècle, ont abouti, mais à une conception moins absolue et plus juste de la valeur relative de l'examen et du diplôme. Que tout ait « déjà été dit et redit », il nous serait difficile de ne pas en convenir avec M. Gastinel, après avoir accordé, dans cette étude, aux âpres discussions politiques et pédagogiques que le baccalauréat a suscitées, la place qui leur était due. S’il était nécessaire d'apporter à cette vérité une confirmation nouvelle, les réponses obtenues par l’enquête Carnegie nous la fourniraient. À la question qui synthétise les divers aspects de la consultation générale : « Estimez-vous que le baccalauréat, tel qu’il existe, fonctionne bien, c’est-à-dire : 1° que l'examen élimine les sujets médiocres pour retenir les autres, 2° que l'institution soit adaptée au rôle qu’elle joue dans la vie nationale de la France ? » qu’a-t-on répondu qu'on ne puisse trouver dans les rapports de Salvandy, de Guizot, de Cousin, de Vuillemain, de Fortoul, de Rouland, de Duruy, de Jules Simon, de Ferry et dans les livres de Cournot, de Jules Janin, de Jules Vallès, de Bastiat, de Bréal, de Ferneuil, de Clavel, de Frary et de Maneuvrier, pour ne citer que ceux-là et laisser ainsi, entre l’actualité de l’enquête Carnegie et le passé, un intervalle de plus de cinquante ans ?
On demande au jeune bachelier de savoir comprendre, comparer, raisonner par des idées claires et distinctes, de posséder, avec les qualités intellectuelles d’un esprit juste, les qualités morales d’une volonté ferme, bref d’être un homme apte « à comprendre tout ce qui intéresse la vie de l’homme en société ». Victor Duruy, nous l'avons vu, ne voulait pas autre chose. Et si, Grand Maître de l’Université, il consentait à se pencher sur les modestes compositions des candidats au baccalauréat, ce n’était pas pour satisfaire les manies de ce qu’on appelle déformation professionnelle, mais pour donner au diplôme toutes les garanties humainement possibles d’une valeur intellectuelle et morale indiscutable.
(i) Cf. Ibid, p. 15.
976 hante LE BACCALAURÉAT
$ Beproche-t-on au baccalauréat d’être une « loterie », qui ferme trop souvent la porte aux meilleurs et l’ouvre toute grande à la foule des médiocres ? C’est un grief que lui faisait déjà Dupanloup et que les polémistes ont transformé en lieu commun à force de s’en servir : il a fallu tout l’esprit d'Emile Gebhart pour lui donner en 1899 un regain de jeunesse (1). S’il est vrai comme on le prétend que le baccalauréat est la loi des médiocrités,.comment explique-t-on que le niveau intellectuel du pays se soit de plus en plus élevé, que la culture générale de l’esprit se soit de plus en plus étendue et que tant de Français, avant de s’illustrer dans toutes les branches de l’activité humaine où sont requis les éclairs du génie parfois et toujours les lumières d’une intelligence vive, riche en Connaissances solides, aient commencé par être bacheliers ?
Se plaint-on que le nombre des bacheliers est excessif et que celte pléthore de diplômés constitue une menace grave pour la société ? Il y à trois quarts de siècle que Jules Vallès construisait sur ce thème ses romans douloureux. Au temps de Jules Vallès on faisait en moyenne quatre mille bacheliers par an. On en fait plus de douze mille de nos jours. La société compte-t-elle proportionnellement, en 1935, plus de bacheliers faméliques qu’en 1850 ? Certes, le problème de l’encombrement des carrières hbérales, intimement lié aux problèmes politiques et économiques de plus en plus complexes de la vie sociale contemporaine, ne se pose pas aujourd’hui dans les mêmes termes qu'hier. Nous aurons à nous en occuper plus loin. Pour l'instant, contentons-nous de constater que l’enquête Carnegie n'apporte à cette question capitale aucune réponse. Nous regrettons une telle déficience. Si cependant elle était le signe que la culture intellectuelle et les diplômes qui l’attestent commencent à être considérés par l’opinion publique non plus comme objets de luxe ayant une valeur marchande, mais comme unique moyen de promouvoir l’homme et de lui faire prendre conscience de sa dignité personnelle et de son rôle social, nous nous en réjouirions. C’est parce que, pendant trop longtemps on n’en à vu que la destination utilitaire, que la valeur réelle du baccalauréal à été faussée et que tous les moyens pour obtenir le diplôme ont.été jugés bons, depuis la préparation commerciale à forfait jusqu’à la fraude.
Ces considérations ne nous permettent pas d'accepter comme représentative de l'opinion publique la conclusion qui se dégage des 21 réponses faites au questionnaire général de l'enquête Carnégie et que M. Gastinel n'accepte pas lui-même, à savoir que le baccalauréat aurait : 4° pour lui, « ceux qui par naissance, par tempérament, par éducation, par fonction, ont le sentiment d’appartenir à l’équipe de tête ou à l'élite » et qui voient dans l’enseigne-
(1) Cf. Emile Gebhart, Le Baccalauréat et les é i Ï Hachette, 1899, p. 3% et sqq. à 4e UE one
ment secondaire le moyen de former ce groupe dirigeant et dans le baccalauréat « un barrage indispensable »; 2° contre lui, ceux qui « même après s’être élevés socialement », gardant « l’esprit égalitaire », pensant « avec le peuple » et sentant ou voulant « sentir. comme lui », prennent volontiers le baccalauréat comme une institution anachronique dépourvue de valeur réelle » (1).
Qu'il y ait encore des gens qui pensent à propos des études secondaires et du baccalauréat ce que pensait et ne pouvait pas ne pas penser, en 1863, Victor Duruy (2), c’est certain. De même, il est certain qu’il y a des gens qui croient être en étroite communion d’idées et de sentiments avec le peuple en refusant à la culture secondaire toute préexcellence et au diplôme qui en est la garantie toute valeur. Mais de ces deux opinions extrêmes, l’une, même si elle était fondée en raison, ne l’est plus ni en droit, ni en fait, la législation scolaire ayant heureusement aboli toute discrimination provenant de l'inégalité sociale pour ne retenir que les différences résultant de l'inégalité des aptitudes; l’autre est en contradiction avec la réalité. Les recherches statistiques sur les origines scolaires et sociales des candidats au baccalauréat faites sous la direction de M. C. Bouglé (3), qui dans l’ensemble de l'enquête Carnegie apportent avec les statistiques de M. Laugier, ce qu’il y a, à notre avis, de plus clair, de plus sûr et peut-être de plus utile, confirment ce que notre expérience personnelle nous permet de constater, chaque année, grosso modo, à savoir que, dans toutes les catégories modestes de la société se développe, suivant un rythme lent mais sûr, un vif attrait pour les études secondaires. Le baccalauréat n’est plus ni exclusivement, ni essentiellement le cens intellectuel] des privilégiés de la fortune ou de la naissance. Il tend à devenir uniquement la robe virile du français de toute classe et de toute condition, qui s’en montre digne par son intelligence et son travail. Les réponse au questionnaire spécial ont-elles, du moins, apporté à l’enquête Carnegie, sur la nature et les fins du baccalauréat, sur ses incidences pédagogiques, sur la technique, les procédés et les méthodes en vigueur à l’examen, des vues justes et précises pouvant conduire à une réforme ou à des améliorations reconnues nécessaires par tous ? Ici encore nous ne pouvons pas nous em pêcher d'établir une comparaison entre la vaste enquête de 1885 et la consultation de 1932. De l'enquête de 1885 à laquelle
(1) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquête expérimentale sur le Baccalauréat, p. 22.
(2) Cf. sup. p. 173, 174.
(3) Cf. Enquêtes sur le Baccalauréat, Recherches statistiques sur les origines scolaires et sociales des candidats, p. 36 et sqq. Ces recherches ont été faites avec une précision digne des plus grands éloges. Elles portent sur un peu plus de 7000 candidats et candidates, c’est-à-dire à peu près la moitié environ de ceux qui 8e sont présentés à l'examen du baccalauréat dans !e ressort de l’Académie de Paris à la session de juin-juillet 1932. On doit souhaiter qu’une tellé entreprise soit poursuivie et étendue.
participa tout le corps enseignant se dégagèrent sans peine une doctrine pédagogique du baccalauréat et une volonté unanime de réforme pour mettre l’examen en harmonie avec cette doctrine. De l’enquête Carnegie il est impossible de tirer autre chose qu’une fragile mosaïque d’opinions divergentes ou contradictoires, — vues de l’esprit plus séduisantes les unes que les autres, mais non prises sur le réel représenté ici par l’organisation scolaire avec les tendances sociales qu’elle exprime et les méthodes pédagogiques qu’elle suppose.
C’est ainsi qu’à propos de la nature et des fins du baccalauréat, l'accord ne se fait même pas sur ce qui est logiquement et réglementairement la raison d’être de l’examen : contrôler les études secondaires et sélectionner les jeunes gens destinés à faire partie de l’élite intellectuelle du pays. Bien plus, parmi ceux qui reconnaissent qu'il remplit cette double fonction, si les uns s’en réjouissent, les autres le regrettent. Aucun ne semble avoir posé le problème avec toutes ses données. Aucun n’a été arrêté par les conséquences pédagogiques d’une situation légale qui date de 1850 et qui permet d'accéder au baccalauréat par deux voies différentes, celle des établissements publics et celle des établissements privés. Le rapporteur de l’enquête, M. Gastinel, remarque avec raison qu’il était impossible de répondre pertinemment à une question si importante sans tenir compte de cette situation. Tant qu'il fut obligatoire, pour être admis à se présenter au baccalauréat, de fournir un certificat attestant qu’on avait suivi au moins la classe de rhétorique et la classe de philosophie dans un lycée ou dans un établissement reconnu par l'Etat, l'examen pouvait à la rigueur considérer le certificat comme un instrument de contrôle suffisant et n’intervenir que comme organe de sélection dans la classe s0ciale chargée de fournir l’équipe dirigeante. On ne demandait aux épreuves du baccalauréat qu’une chose : maintenir à bonne hauteur le niveau intellectuel de cette équipe par l'élimination des éléments médiocres et le recrutement des intelligences capables d’y exceller.
C'est parce que l'examen avait une telle orientation que nous avons vu les gouvernements s’efforeer Jusqu'en 1850, de maintenir l'obligation du certificat de scolarité malgré les violentes réclamations qu’elle soulevait. « Tant de réclamations, écrivait en 1844, le duc de Broglie, s'élèvent, en ce moment, contre le maintien des certificats d’études ; on en sollicite‘la suppression avec tant de vivacité dans les écrits, dans les mémoires, dans les pétitions qui nous ont été distribués : les écrivains, les pétitionnaires se montrent tellement préoccupés du désir de voir tous les Jeunes gens sans exCception, sans distinction, admis à concourir pour le diplôme qui ouvre l’accès aux études supérieures, qu'il est À propos, laissant de côté pour un moment toute autre considération, d’examiner sur quelles raisons se fondent cette préoccupation si grande et ces instances si
vives. Les raisons ne sont pas nombreuses; tout se réduit à ceci : Pourquoi, dit-on, s'informer du lieu où le candidat a fait ses études ? Qu'importe le genre d'établissement où il a appris ce qu’il sait ? Qu'importe le temps, le lieu, le pays ? Sait-il ou ne sait-il pas ? Voilà toute la question. Interrogez-le, et, s’il répond pertinemment, que vous faut-il de plus ?
« Sans être décisive, puisque le maintien du certificat d’études - peut se rattacher à des considérations de plus d’une sorte, l’observation serait fondée, à quelques égards, et mériterait qu’on en tint compte si les épreuves du baccalauréat ès lettres avaient la puissance et la portée qu’on semble leur supposer ; s’il suffisait d'interroger, pendant trois quarts d'heure tout au plus, un aspirant au diplôme, pour s’assurer qu’il possède réellement les connaïissances qu’il doit posséder. Mais cela n’est pas, et cela ne saurait être.
« Il ne faut pas confondre l’examen d’admission au baccalauréat ès lettres avec l’examen d’admission aux écoles spéciales, à l’Ecole polytechnique, par exemple. Là, tout est de rigueur. La matière de l’examen est spéciale, déterminée, circonscrite. Le candidat est interrogé à fond sur toutes des parties du programme. Il doit répondre et répondre également bien sur toutes les questions qui en ressortent. Tout ce qu’il sait, tout ce qu’il est tenu de savoir, est suecessivement, inexorablement passé en revue. Un tel examen est conciuant par lui-même et à lui seul. Il serait impossible d'interroger un aspirant au baccalauréat ès lettres avec le même degré de précision, d'ensemble et de sévérité. Sur le terrain des études générales il faut choisir: tout est, jusqu’à un certain point, indéterminé, discrétionnaire. La matière de l’examen n’a point de limites. fl n’en saurait être autrement puisque le cercle de l’instruction secondaire embrasse tous les éléments des connaissances humaines. Qui ne voit, dès lors, tout ce qu’un tel examen doit avoir, par la force môêmne des choses, de superficiel et de désultoire ? Quatre ou cinq professeurs qui n’ont chacun à leur disposition que huit ou dix minutes, peuvent-ils approfondir un sujet quelconque ? On pose au candidat quelques questions; on lui fait traduire de vive voix quelques passages; on lui dicte une version, et tout est fini. Son succès, dans une pareille épreuve, dépend plus souvent de sa présence d'esprit, de sa mémoire et d’un bon hasard, que de la connaissance solide et sérieuse des matières sur lesquelles il est interrogé…
« La preuve de capacité qui résulte d’un tel examen est insuffisante à elle seule. On a toujours exigé, pour prononcer, une autre preuve plus réelle et plus décisive, et cette autre preuve, c’est la justification d’un cours complet d’études, suivi pendant un nombre d'années déterminé sous des maîtres approuvés, d'un cours d’étu-
des dans lequel les élèves ont été préalablement examinés d’année
en année, de classe en classe, et n’ont monté de la classe inférieure à la classe supérieure qu'après avoir montré qu’ils en étaient dignes, de telle sorte que l’épreuve du baccalauréat se trouve être le complément et, pour ainsi dire, le couronnement de toutes les autres.
« Réunies ces deux épreuves de capacité sont tout au plus suffisantes; séparées, celle qui résulte du dernier examen aurait très peu de valeur; et, s’il fallait choisir, celle qui résulte d’un eours d’études régulier dans un établissement bien dirigé, sous une discipline sévère, devrait être préférée » (4).
Aussi bien, est-ce après la suppression du certificat de scolarité, en 1849, que l'examen, comme nous croyons l’avoir montré, a changé complètement de caractère et que l’épreuve écrite y a pris une importance capitale ? Ne pouvant plus compter sur la garantie extérieure que lui avait donnée le décret du 17 mars 1808, le baccalauréat fut obligé de chercher dans sa structure interne, c’est-à-dire dans la nature et la procédure de ses épreuves, la possibilité d’un contrôle efficace. C’est là, et non ailleurs, qu'est la raison pour laquelle, peu à peu, toutes les matières de l’enseignement ont réussi à se faire représenter dans l’examen qui a dû se diviser en deux parties afin de mieux remplir sa fonction de contrôle. Pédagogiquement on peut, comme Gréard, regretter un tel résultat (2). Mais il est la conséquence fatale de la loi qui régit, depuis 4850, notre Système scolaire et l’on se ferait une idée inexacte du baccalauréat si on se refusait à y voir le seul moyen dont l'Etat dispose pour contrôler le niveau des études secondaires et garantir la valeur du diplôme qui les sanctionne. « Les établissements privés, écrit M. Gastinel, sont libres de donner l'instruction comme il leur plaît; aucune surveillance n’est exercée sur les études qui s’y font, Le seul contrôle qu'ils aient à subir, c’est précisément le baccalauréat. Il importe done au plus haut point que cet examen unique renseigne de façon précise et probante sur les aptitudes intellectuelles de candidats dont la formation est si peu connue. On peut en dire autant des institutions qui se sont multipliées en France pour préparer au baccalauréat. IL.est trop clair que si l’organisation de l'examen lui-même pèche par quelque point, ces institutions en profiteront avec adresse; elles masqueront par un dressage rapide le défaut d'éducation intellectuelle véritable; elles armeront
Jules Simon (cf. La Réforme de l'Enseignement Secondaire, Paris H chette 1874 p. 263 et suiv.) et Gréard (cf. Education à tion, "EnSet gnement Supérieur, Paris, Hachette, nt p. 191) KÉRRNR ERREE
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leurs élèves des moyens qui permettent de faire illusion à un examimateur maladroit ou pressé. Ainsi la’ valeur des épreuves sera compromise et la part du hasard y grandira » (4). C’est aussi dans l’économie de la loi de 4850 qu’il faut chercher la raison principale pour laquelle le baccalauréat est et doit rester un examen æxtérieur, comme l’avait reconnu l’enquête de 1885.
© Mais de ces nécessités créées par la loi découle l’obligation d’organiser l'examen de telle manière qu'il soit vraiment un instrument de sélection et de contrôle. Nous touchons ainsi à la partie ‘technique du problème. Et, c’est assurément la partie la plus intéressante, car il va de soi que du bon fonctionnement du mécanisme mis en mouvement, deux fois par an, dans chaque Académie, pour procéder à ce délicat travail de contrôle et de sélecion, dépend la valeur du résultat obtenu. Que le mécanisme fonctionne mal, et la garantie accordée par l’Elat ne sera qu’une illusion, dangereuse pour la société dont on trompe la confiance, dangereuse pour les diplômés eux-mêmes qu’on investit, par malfaçon, d’une fausse valeur sociale. Aussi, avons-nous vu, aux divers moments de l’histoire du baccalauréat, les Ministres de l’Instruction publique prescrire les mesures qui leur paraissaient nécessaires pour donner à l’examen toutes les garanties désirables de probité æt d'équité. L'enquête de 1885, bien que le questionnaire du Mimistre ne portât qu’indirectement sur la technique de l’examen, donna lieu, dans plusieurs assemblées de professeurs, à une étude très attentive du problème. Les réformes proposées — nous avons dégagé les plus importantes (2) s’inspiraient toutes du désir d’en- 4ourer les épreuves d’un réseau de mesures techniques susceptibles «assurer à l’ensemble de l’examen le maximum de régularité.
Des trente-neuf questions posées par le questionnaire spécial de d’enquête Carnegie, vingt-huit sont relatives à la facon dont fonctionne l’examen. C’est dire l'importance capitale attribuée par la Commission aux procédés techniques employés par les professeurs «chargés de juger les épreuves et par les administrateurs chargés 4’en organiser la procédure. En ce qui concerne les mesures qui relèvent exclusivement de l'administration, choix des sujets des épreuves écrites et impression des textes, choix des examinateurs æt constitution des jurys, choix des locaux et organisation de la surveillance, choix de l’époque et fixation de la durée des sessions, bref pour tout ce qui à trait au fonctionnement de l’organisation matérielle de l'examen, les suggestions fournies par l’enquête méritent de retenir l'attention. Plusieurs d’entre elles ont été mises en pratique. L'expérience en à confirmé la sagesse et montré l’efficacité. D’autres améliorations souhaitables parce qu’elles assure-
- (1) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquêt4 æxpérimentale sur le Baccalauréat, p. 30 (2) Cf sup. -p. 175 et suiv.
raient à l’examen toutes les garanties de régularité et lui donneraient le prestige qu’il doit avoir comme acte public, ne pourront être réalisées dans les grands centres que lorsqu'on disposera d’un immeuble construit et outillé pour servir aux examens et concours (1).
Quant aux procédés techniques employés par les examinateurs pour juger les candidats, si tous ceux qui ont répondu au questionnaire sont théoriquement d’avis que ce que l’examen doit déceler ce sont surtout les qualités intellectuelles que crée et développe, par la convergence de ses disciplines et de ses méthodes, l’enseignement secondaire, l’enquête Carnegie tend à prouver qu’en pratique, lorsqu'il s’agit, dans les épreuves écrites, de déceler ces qualités, de porter sur elles un jugement et de traduire ce jugement par une note chiffrée, on aboutit à de « violents désaccords » dont s’épouvante M. Gastinel. Ces désaccords entre « juges compétents .et appliqués » nous épouvanteraient de même, s’ils exprimaient vraiment la loi de l’examen. Ils « risqueraient » en effet, de « discréditer » le baccalauréat « devant l’opinion publique et de fournir ainsi non pas des raisons, mais des armes aux adversaires de la culture secondaire elle-même » (2).
Après avoir obtenu de quelques personnes compétentes leurs opinions sur le contenu de l’examen, sur son esprit, ses incidences pédagogiques, sa valeur sociale, et de quelques professeurs l'exposé théorique de leurs principes de correction et de cotation des épreuves écrites, l’enquête Carnegie, poussant plus loin ses recherches. a donc tenté de déterminer scientifiquement jusqu'à quel point les résultats pratiques des procédés dont se servent les examinateurs sont d’aceord avec leurs principes, d’une part, avec la nature de l’examen d’autre part, et permettent de considérer ces procédés comme des moyens de mesure exacts. En d’autres termes, la Commission d'enquête s’est transformée, pour la partie la plus délicate et la plus originale de sa tâche, en Jury examinant les examinateurs. Jusqu'à présent les enquêtes sur le baccalauréat avaient surtout tenu compte de la psychologie du candidat (3}- L'enquête Carnegie met l'accent, par un renversement des données habituelles du problème, sur la psychologie du correcteur. Peu imporie qu’il y ait là une attitude d’iconoclaste, La science ne connaît pas de sanctuaires inviolables. Et notre soif insatiable de Justice absolue trouve, dans cette comparution du juge à la barre de
(1) Ni les répondants, -ni le rapporteur de l'enquête Carnegis n'ont envisage un tel projet. Nous n’en pensons pas moins que sa réalisation aurait une grande influence sur le bon fonctionnement de tous les examens.
(2 Cf. La correction des épreuves écrites dans les exa
2) } mens, En etpeérimentale sur le Baccalauréat, p. 63. | PE
(3) Des discussions se sont souvent produites, nous en avons si 6
De ÿ S signalé les.
plus importantes au cours de notre étude, au sujet des Sn ino ce, Mais.
elles portaient sur leur partialité su sé i | Coienr es lacs P: : pposée volontaire, et non sur leur
l'accusé, une satisfaction qui est peut-être illusoire mais dont le condamné d'hier n’est sans doute pas seul à savourer les délices.
Une étude entreprise en 1927 et poursuivie jusqu’en 1930 sur le facteur subjectif dans les notes d'examen, avait déjà permis à M. Henri Laugier et à Mlle D. Weinberg de déterminer dans quelle mesure la cotation des épreuves écrites peut être influencée par la personnalité de l’examinateur (1). L’étude portait sur les notes données par deux correcteurs à une épreuve d’un des concours universitaires les plus élevés (2). La comparaison de ces notes donna lieu à une première constatation : les notes de l’examinateur A étaient en moyenne moins élevées que celles de l’examinateur B, la moyenne arithmétique s’établissant pour le premier à 7,9 et pour Le second à 9,1, ce qui, à la rigueur, était suffisant pour prouver æxpérimentalement et mathématiquement que le facteur subjectif chez les examinateurs apporte dans les résultats d’un concours un «coefficient de variabilité et même d’erreur aussi important que l’équation personnelle des concurrents. Mais les deux enquêteurs aboutissaient dans leurs recherches à des constatations plus préæises en appliquant leurs méthodes de comparaison et de contrôle aux cas individuels : telles copies qui avaient respectivement été notées par À, 2, 4, 5, 6, avaient obtenu avec B, 7, 10, 14, 42° telles autres inversement avaient été évaluées 2, 5, 6, par B, et 7, 10, 13 par A. Sur 166 copies, 20 seulement avaient entraîné la même note de la part des deux correcteurs. Par contre, pour les 446 autres copies les écarts d’un point étaient au nombre de ir les écarts de 2 points au nombre de 26, les écarts de 3 points au mombre de 33, les écarts de 5 à 6 points au nombre de 21 et les écarts de 7 à 9 points au nombre de 4. Tel candidat était classé 11° et recu par le verdict de À, tandis qu’il était classé 95° et refusé par le verdict de B; tel autre reçu et classé 2° par B était classé 116° et refusé par A. En groupant les copies qui avaient obtenu chez l’un des examinateurs des notes allant de 1 à 3, puis celles qui avaient été notées de 3 à 5 et ainsi de suite et en calculant pour chaque groupe la note moyenne de l’autre examinateur, M. Laugier et Mile Weinberg obtinrent des courbes de régression qui, tout en
(1) Cf. Année Psychologique, 1928, XXVII, p. 236-244, 1930, XXXI, p. 229- 211. Le Travail humain, série A, no 3, 1934, Études docimologiques sur Le perfectionnement des exramens et concours, par H. Laugier, Henri Piéron, Mme Henri Piéron, D' E. Toulouse, Mlle D. Weinberg : cette brochure, déclare l’avant-propos de MM. Laugier et Henri Piéron. « n’a d’autre objet que d'attirer l'attention du public, des psychologues, des pédagogues, des administrateurs. sur l'existence et l'importance de problèmes docimologiques restés sans solution satisfaisante, et sur la possibilité d’en aborder l'étude par les méthodes objectives de la science expérimentale »
(2) On sait que dans ces concours la même épreuve est corrigée par deux examinateurs ayant, outre une haute conscience de leur grave mission, ce qui va de soi, une longue expérience professionnelle. Ces deux examinateurs corrigent et notent l'épreuve séparément sans entente prear lable. Ce n’est qu'au moment de la délibération que leurs notes sont «<onfrontées.
traduisant une forte corrélation positive, s’écartaient de la ligne de corrélation parfaite. Exprimée en chiffres, d’après la formule de Bravais-Pearson, la corrélation donnait un coefficient r=0.827 (2).
« En résumé, concluent M. Laugier et Mile Weïinberg, il y æ incontestablement une forte relation positive entre les notes des. deux examinateurs. Mais l’accord reste très imparfait. Les échelles. des deux examinateurs ne coïncident pas, l’un est plus indulgent. que l’autre. Si l’on considère les cas individuels, on rencontre pourune même copie des écarts de notes qui vont jusqu’à 9 points, et. 2 copies jugées exactement équivalentes par l’un des examinateurs peuvent être placées par l’autre, l’une en tête et l’autre em queue de la liste. Pratiquement, dans le cas d’un concours, ce ne: seront pas les mêmes candidats qui seront choisis par les deux examinateurs; (ans notre cas, la moitié des candidats admis parl’un serait rejeté par l’autre et vice versa » (2).
Voulant orienter leurs recherches dans un autre sens afin de: pousser davantage l’analyse psychologique du travail des correcteurs, M. Laugier et Mlle Weinberg eurent l’idée de compléter: l'expérience dont nous venons de parler en faisant corriger deux fois les mêmes copies par le même examinateur (3). Ils remirent aw professeur X, après les avoir fait dactylographier, 37 compositions. qu’il avait corrigées et notées trois ans et demi plus tôt pour um examen de Certificat supérieur de sciences. On eût pu croire que: l’examinateur étant, en gros, d'accord avec lui-même, les notes. de sa deuxième correction n'auraient présenté avec celles de læ première que des différences insignifiantes. Il n’en fut rien. Le professeur X ne donna que 7 fois la même note à la même copie. Il & donc varié 30 fois sur 37 et son coefficient de corrélation n’est: que de 0,58, alors que sa première notation fournit avec celles. des professeurs Y et Z qui ont corrigé, à leur tour, les 37 copies. dactylographiées, une intercorrélation moyenne de 0,60. Une com position notée d’abord 10 monta à 14; une deuxième passa de 7 à 15; inversement d’autres tombèrent de 13, 15 et 16 à 9, 8 et G.
Certes, les résultats obtenues par M. Laugier et Mlle Weinberg ne sauraient être admis sans réserves, surtout en ce qui concerne l'expérience à laquelle s’est soumis le professeur X, malgré: la rigueur mathématique avec laquelle ils se présentent (4). Il n°’em
(1) Cf. Le Travail Humain, série À, no 3, 1934, p. 18: (2) Cf. Ibid, p. 22, 23.
(3) Cf. Zbid, p.35.
(4) Cf. Ibid,-p. 36. — Ces réserves, M. Laugier les fait lui-même lorsque apres avoir montré que le professeur X s’est montré particulièrement. inconstant, il écrit : « 11 faut ajouter toutefois, que les conditions de correction n étaient pas identiques pour lui, car il à corrigé la première fois les. manuscrits signés par les élèves et la seconde fois des copies anonymes ji intervalle de temps entre ses deux notations à été aussi plus long ques chez Z ». Est-il nécessaire de faire observer que s’il est impossible d'exiger
reste pas moins que les expériences docimologiques qui les ont données prouvent, d’une part, que le facteur subjectif des examinateurs joue, dans les examens et concours, un rôle plus grand qu’on n’osait le croire, d’autre part, que ce rôle est capable d’y déranger, plus .qu’il ne convient, la justice.
C’est en procédant à des expériences analogues sur un certain nombre de copies provenant des épreuves de composition française, de version latine, d’anglais, de mathématiques, de philosophie et de physique auxquelles avaient été soumis, en juillet 1930, les candidats de l’Académie de Paris que la Commission Carnegie a essayé de compléter son enquête sur le baccalauréat. La double correction n’étant pas en usage aux examens du baccalauréat, il était impossible d'appliquer à ces copies la méthode de contrôle direct grâce à laquelle nous avons vu M. Laugier et Mile Weinberg établir comment variaient, pour 116 compositions d’un concours, les notes de l’un des examinateurs en fonction des notes de l’autre, mesurer la série des écarts et leur fréquence et calculer avec une précision indiscutable le coefficient de corrélation. A la méthode si précise du contrôle opéré directement sur le phénomème étudié, la Commission Carnegie a cru pouvoir substituer sans inconvénients la méthode du contrôle indirect opéré dans des conditions qui ne sont pas exactement celles où se produit le phénomène qu’on prétend soumettre à l’épreuve d’une étude expérimentale.
Aux examens du baccalauréat les conditions normales du phénomène sont les suivantes; chaque correcteur reçoit un paquet de copies anonymes contenant autant de compositions numérotées qu'il y a de candidats dans le jury dont il fait partie. À Paris le nombre des candidats par jury varie entre 100 et 125. Ainsi un examinateur-de philosophie reçoit un paquet de 100 ou 125 copies de dissertation philosophique. Comme les candidats ont, pour cette épreuve, le droit de choisir entre trois sujets, le paquet contiendra, dans des proportions que les caprices du choix font varier à l'infini, X, copies portant sur le premier sujet, Ÿ, copies portant sur le deuxième sujet et Z copies portant sur le troisième sujet. En général, les examinateurs corrigent les copies dans l’ordre même où ils les ont reçues, c’est-à-dire en respectant le classement qui résulte, non point du sujet choisi, mais du numéro attribué à chaque candidat, qui est le même pour chaque épreuve. Ce n’est qu’après avoir corrigé et noté chaque copie (4) sans rien savoir de l’au-
une machine dont on a changé les conditions, que son travail reste absolument le même quantitativement et qualitativement, on ne voit pas Comment on pourrait raisonnablement l'exiger de cet être « ondoyant et divers » qui offre tant de failles à l'erreur et à l'instabilité ?
(1) Bien que le décrét du 7 août 1927 n'ait pas prévu que les examinateurs, avant d’entreprendre leur travail de correction, doivent se réunir pour réaliser un accord de principe sur la façon de coter, la tradition de ces réunions s’est établie sur la demande des professeurs qui en avaient reconnu l'utilité.
teur dont il ignore même le nom, que l’examinateur, au cours de la délibération pour l’admissibilité, peut confronter son opinion avec celle des autres examinateurs et chercher, dans le livret scolaire, des éléments d’informations susceptibles d’infirmer ou de confirmer son verdict. Ainsi s’explique que le résultat final de la délibération se traduise très souvent par un nombre d’admissibles plus élevé que ne l’aurait permis la moyenne des notes fournies par la correction (1).
Tel ést le processus imposé par le décret du 7 août 1927 et scrupuleusement observé par les jurys. Tout autre est le processus créé et suivi par la Commission Carnegie. En voici la description. « Pour chaque épreuve, 100 copies ont été retenues, celles de la première partie du baccalauréat émanant toutes des mêmes candidats ; toutes les copies correspondant à une matière portent sur le même sujet. Les épreuves de langue vivante (anglais), de mathématiques (1" partie) et de physique (2° partie) comportent chacune deux copies (version et thème en anglais, question de cours et problème en mathématiques et en physique) et donnent lieu chacune à deux notes partielles et à une note « totale » égale, en principe, à la somme des deux précédentes. Les copies ont été choisies dans les dossiers de l'Office Central du Baccalauréat par le Secrétaire de la Commission Carnegie, avec le souci d’obtenir un lot de copies dont la diversité se rapprocherait le plus possible de la répartition générale aux examens du baccalauréat et qui serait, par conséquent, représentatif de l’ensemble en ce qui concerne notamment la répartition des notes, le pourcentage des admissibles et la répartition des candidats par sexe (2). Les
(1) On sait qu'en vertu de l'article 19 du décret du 7 août 197? un candidat peut être déclaré admissible après examen de son livret et par décision spéciale du jury, mentionnée au procès-verbal, sans avoir obtenu la moitié du maximum des points. Pour être admis, tout candidat doit, au contraire, avoir obtenu la moyenne.
(2) Nous voulons bien admettre que, malgré les difficultés de l’opération, ce résultat ait été obtenu pour les épreuves de version latine et d’anglais, mais nous sommes obligés de faire des réserves en ce qui concerne l'épreuve de philosophie, réserves entièrement valables pour la composition française et jusqu’à un certain point pour les Compositions de mathématiques et de physique. En philosophie les 4.428 candidats de la session de juillet 1930 avaient eu à choisir entre les trois sujets suivants :
19 Commenter et discuter ce mot de Pascal : Instinct et raison marque de deux natures.
Fe AS qu'imiter ? Quel est le rôle de limitation dans la vie intelectuelle,. |
30 La mémoire se ramène-t-elle à l'habitude ?
A tort ou à raison le premier sujet fut considéré par les candidats comme le plus difficile. On sait ce qui se produit en pareil cas : seuls les très bons candidats et les mauvais portent leur choix sur le sujet le moins commode, les premiers parce qu'ils y trouvent l’occasion de donner toute leur mesure, les seconds parce que leur ignorance les induit en erreur Quoi qu’il en soit nous avons pu établir que ce sujet a tenté à peine 26 o
él qui a guidé le choix de la Commission po l a p oix de. ur constituer le pa 100 copies soumises à ses cinq correcteurs. 4 PT
compositions ont été recopiées à la main en un seul exemplaire, en respectant autant que possible la physionomie du texte original (disposition, orthographe, ratures, etc.) ; et la même copie a été corrigée successivement par 5 correcteurs, un système de marges mobiles permettant de détacher les traces des corrections successives. Le choix des correcteurs (5 par matière) sur la liste des examinateurs au baccalauréat de l’Académie de Paris a été effectué sans autre sélection systématique que celle qui résultait de deux considérations : 1° exclusion des professeurs ou administrateurs honoraires ; 2° recherche de quelques correctrices femmes, pour chacune des épreuves envisagées. Des instructions accompagnaient l’envoi des copies invitant les correcteurs à se placer dans les conditions du baccalauréat et à effectuer leurs corrections dans le même esprit, selon leur méthode habituelle » (1). C’est ainsi qu’après la correction, la Commission Carnegie s’est trouvée en présence de 6 notes pour chaque copie de chaque épreuve, l’une provenant de l’Office du baccalauréat et représentant la note obtenue à l’examen, les autres provenant des correcteurs qui avaient prêté leurs concours à l’enquête.
On le voit, ce processus ne réalise aucune des conditions du processus normal et le phénomène jeté dans le creuset de la méthode expérimentale n’est qu’une contrefaçon du phénomène véritable (2). Dès lors, si, de notre côté, nous ne sommes guère surpris que la Commission Carnegie se défende de porter un jugement valable sur l’ensemble de l’examen (3), le sera-t-elle, du sien, si nous nous permettons de lui contester jusqu’à un certain point le droit d'établir, entre les résultats indirects de son enquête et les résultats directs du baccalauréat, une comparaison susceptible de nous renseigner avec précision sur la valeur des instruments de mesure enmployés ? Nous entendons bien qu’on a prié les correcteurs de « se placer dans les conditions du baccalauréat ». C'était beaucoup espérer des enfants d'homme, que de les croire capables de garder leur mesure sur commande : comme aimait à le répéter E. Meyerson « la raison obéit mal quand nous prétendons la faire cheminer à l’essai » (4). En tout cas, après lés avoir ainsi en-
(1) Cf, La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquête expérimentale sur le Baccalauréat, p. 7.
(2) Le mot contrefaçon est le seul qui nous paraïsse traduire exactement le fait. Mais nous serions désolé si on y voyait la moindre intention accusatrice. I1 convient donc de le dépouiller de la signification péjorative que rien ne nous autorise à lui laisser. Nous avons déjà dit que la Commission Carnegie ne pouvait pas étudier directement les instruments de mesure employés par les examinateurs du baccalauréat. Nous savons quelles @fficultés elle a dû surmonter pour procéder à une étude indirecte et avec quelle conscience tous ses membres ont poursuivi cette étude.
(3) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquête expérimentale sur le Baccalauréat, p. 9.
(4) Cf. E. Meyerson : « Nous sommes tout à fait hors d'état de faire travailler notre raison ainsi, dans le vague, à l’essai en quelque sorte, car elle ne montre ses capacités réelles que si elle s'applique à un problème
fermés dans un circuit anormal qui rendait impossible cette opération si délicate en elle-même, c'était trop exiger d’eux. Qu'on ne s'étonne donc pas si leur mètre, au lieu de l’immuable rigidité de l’aciér, à pris la souplesse infinie du caoutchouc. Il y aurait eu de quoi s'étonner davantage, si les correcteurs de l'enquête Carnegie n’avaient pas abouti à des cotations « aberrantes » et à des désaccords « violents » dont ils nous épargent le triste spectacle et les graves inconvénients quand ils corrigent pour l'examen réel.
Voulant faire à l’enquête Carnegie la part aussi belle que possible, nous prendrons les résultats de l’épreuve qui, à tort ou à raison, est communément considérée comme se prêtant le mieux, par sa nature même, à un maximum de discordance (1) : la dissertation philosophique. Le nombre des candidats ayant atteint la moyenne de 10, par conséquent proposés pour l’admissibilité par chacun des correcteurs de la Commission Carnegie est le suivant :
LH TS rn LRRISS CRE 81 sur 100 AUD EE rt dans dress Le A START (ETS Pate (PAR PE STE CPLM ee eV | CET AS PASS SR ET EN PR D DES M A Det st à LES RO CO PRE PARRRIA LA PRE 5 0 N° Dre PEUR nee de POS CRE ALU Lo
avec tout le sérieux, toute l'énergie dont elle est capable ». (La déduction relativiste, p. 169-170). — « La raison a beau rester toujours la même, les problèmes auxquels elle est amenée à s'attaquer se renouvellent sans cesse, et leur forme peut alors s’écarter à tel point de celles qui nous sont familières qu'il nous sera impossible de dire à l'avance comment notre raison s’y comportera; car, nous l'avons dit, il est bien difficile (sauf dans des cas très simples) de faire fonctionner la raison à l'essai ». (L'explication dans les sciences, I, p. 247). — « La raison. obéit mal quand nous prétendons la faire cheminer à l'essai, et ne fournit un effort soutenu que devant un obstacle dont la présence est ressentie par elle comme une gêne réelle ». (Essais, p. 108).
(1) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquête expérimentale sur le Baccalauréat, p. 78, et planche XXIX, p. 163, M. Laugier et Mlle Weinberg en relevant, pour chacune des 100 copies. l’écart le plus fort, sur les 15 comparaisons dont elle fait l’objet ont pu étabir que la fréquente maxima se produit pour un écart de :
5 points sur 20 en version latine
6 et 7 composition française n — anglais % —- mathématiques
5 et 7 — philosophie 4 — physique.
Pour l’ensemble des écarts ils ont obtenu des courbes qui définissent nettement un classement des épreuves par ordre décroissant des écarts entre correcteurs : la physique et les mathématiques venant en tête. suivies de l'anglais et de la version latine: la courbe des écarts ‘en composition française et en philosophie évoluant au-dessus des autres. La proportion des écarts, afteignant où dépassant 2 points sur 20, a été. dan l'expérience Carnegie, de 64,6 % en philosophie et de 66,9 % en composition française Enfin l'écart maximum entre 2 correcteurs sur les notes d’une copie est de :
L points sur 20 en composition française
— philosophie 12 — version latine 9 — anglais ù — mathématiques
physique.
Or, voici le nombre des candidats qui, à la même session (Juillet 1930) ont obtenu, avec ces mêmes correcteurs (1), une note égale ou supérieure à la moyenne 10 et qui ont été proposés pour l’admissibilité, avant l’examen des livrets scolaires :
13: 25 MN RARE TES LIERATS PASS 72 sur 100 21 ‘og 8e PORN PRE CRE (voir note 2) (L. + LÉO CAPE ERA ARRE CSS CR CAES 75 sur 100 a a ie dis ton RL à 61 »
17H SA ENOr NTRR TUE ae (voir note 3) BEN Ex: bre en al Ale 55 sur 100
Bien plus, après la délibération, c’est-à-dire après consultation des livrets scolaires et échange d’impressions entre les membres du jury, les résultats s’établissent de la façon suivante :
ESA ES NRA RNA TS NA RE NE 76 sur 100 (LA RE ren ANNE RARE ET LT 84 »
DRAC RER Paie mer FE OS »
LEE AO CR RS LUE 2 oh D 4 70 »
L’éloquence des chiffres obtenus par l’enquête Carnegie a permis au rapporteur, M. Beaulavon, de parler d’ « aberration systématique » et d’ « injustice irritante et absurde » (4). Pouvonsnous faire tenir le même langage aux chiffres fournis par l’examen réel ? Après le complément d’information statistique que nous avons pu apporter à l’enquête Carnegie, après les réserves que nous avons dû faire sur les procédés de recherche expérimentale qu’elle a été obligée d’adopter, nous nous croyons autorisé à dire que ses résultats exacts et valables, si on les considère en euxmêmes, cessent de l’être s’ils prétendent traduire la réalité ou même simplement établir entre la réalité et leur signification positive une relation suffisamment étroite. L'enquête Carnegie nous paraît avoir joué à l’égard des examens du baccalauréat le rôle de ces lentilles qui grossissent les objets au point de les déformer. Telle a été sa puissance de grossissement que le baccalauréat a
(1) I1 convient de faire remarquer qu’en 1830 les examinateurs n'avaient pas encore pris l'habitude de se réunir en séance d’entente avant de procéder à la correction. Chacun d’eux avait donc corrigé d’après son temmpérament et sa méthode.
(2) Le correcteur A que la Commission Carnegie appelle le « correcteur officiel » et à qui elle attribue arbitrairement 54 admissibles est en réalité un correcteur composite. Des 100 copies choisies parmi les 4.428 de l’examen pour être soumises à l’enquête expérimentale, X copies avaient été corrigées par M, Y copies par N, etc. Il ne nous est donc pas possible ä'établir combien le correcteur A avait fait d’admissibles. Mais nous pouvons dire que le pourcentage des admissibles, à la session de juillet 1930, a été de 64,22, donc très supérieur à celui qui est accusé par ce correcteur étalon.
(3) Le correcteur F n'avait pas examiné de candidats en philosophie en 1930. Nous le trouvons dans un jury, en juillet 1932 : il propose pour l’admissibilité 62 candidats sur 100.
(4) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquête expérimentale sur le Baccalauréat, p. 199.
pris figure de monstre et que le président de la Commission, M. Desclos, en a été terriblement effrayé. « Si l’on se contentait de l’éloquence brutale de ces premiers résultats, écrit M. Desclos, on serait tenté de déclarer que les épreuves qui ont fait l’objet de notre expérience et qui figurent dans les examens français aux divers degrés sont d’une inexactitude et d’une injustice telles qu’il faudrait ou supprimer tout examen, ou trouver des épreuves tout à fait différentes et susceptibles de présenter des garanties plus sérieuses.
« Mais, à la réflexion, de sérieuses mises au point s’imposent. Tout d’abord, il n’en va pas tout à fait de même à l’examen réel que pour notre expérience. Ainsi que le fait remarquer M. Beaulavon, « l’expériencc de tous les professeurs de philosophie, par exemple, est beaucoup plus rassurante : ils constatent des accidents fréquents (1) sans doute, mais une bonne classe de philosophie dans un lycée parisien a environ 75 % d’admissibles assez régulièrement, et les injustices criantes sont exceptionnelles (p. 195) ». D'autre part, « l’analyse des écarts entre les notes des jurys arbitraires et la note vraie conduit à formuler une conclusion pratique (2) : un candidat dont les copies de par leur valeur intrinsèque méritent véritablement une note au moins égale à 150 points sur 260 (3), a 96 chances sur 100 d’être considéré admissible par un jury moyen ; et s’il mérite véritablement une note d’au moins 159 points sur 260, ses chances de réussite s'élèvent à 99 sur 100. Inversement, les candidats qui ne méritent véritablement pas de note supérieure à 101 points sur 260 ont 99 chances sur 100 de se voir refuser l’admissibilité aux épreuves orales. (Laugier, p. 123) »
« Enfin, les graphiques des moyennes nous montrent que, pour toutes les disciplines, l’examinateur A, celui qui a réellement cor-
(1) Ces accidents fâcheux que, par une tendance naturelle, on attribue toujours soit au sujet proposé, soit au correcteur, sont pourtant dus, notre expérience nous permet de le dire, aux défaillances des candidats Trop souvent nous avons eu l’occasion de recevoir la visite de bons candidats dont les « brouillons » vus par leurs professeurs permettaient d'espérer le succès. [1 nous à toujours suffi de jeter un rapide coup d'œil sur les copies pour y trouver de graves erreurs et de regrettables omissions provenant de leur étourderie et de leur affolement. Dans ces cas on peut regretter l'échec, mais on doit admettre que tout examen exige que le candidat ait non seulement des connaissances, mais aussi les qualités qui permettent de les utiliser en un temps donné. Le baccalauréat ne saurait échapper à see FR M de savoir, il est. aussi — qu'on se le rappelle avant de Trier à stice — épreuv ité l 5 Rue ESA épreuve de maturité, de présence d'esprit, de calme,
(2) M. Laugier tire cette conclusion consol i
| ) | 3 te C ante de la comparaison d
ie des correcteurs de l'enquête Carnegie avec les notes du rEdour
d iciel. Sa conclusion eût été plus consolante encore s’il avait pu la tirer
d'une Comparaison avec la moyenne des admissibles à l'examen réel qui ÿ
nous l’avons dit est supérieure à à 3 tAton P e à celle du correcteur composite pris comine
(3) Les coefficients étaient, en 1930, plus élevé ient L z il CET S actuels fixés par le décret du 2 octobre 1931 et la Aibuiiue hate était exprimée par une note variant de 0 à 20 au lieu de 0 à 10 EME
rigé à l’examen, s’est toujours montré le plus modéré et le plus circonspect et que ses notes se sont tenues sensiblement dans la moyenne de celles du jury Carnegie. En fait, comme le dit M. Gastinel (p. 259), « si l’on veut se rappeler que le baccalauréat n’est pas un concours mais un examen où chaque discipline a son importance et où les discussions des examinateurs avant l’oral laissent à chaque spécialiste le droit de choisir des candidats dont il accepte l’admissibilité, on sera forcé de conclure que la correction de À (l’examinateur au baccalauréat) répond convenablement au rôle qu’il avait à remplir » (1).
« Donc, conclut M. Desclos, à l’examen réel, les résultats ne sont ni aussi inexacts ni aussi hasardeux, qu'il peut paraître à première vue » (2).
Ces réserves ont été imposées aux membres de la Commission Carnegie par l’excès même des résultats de leur enquête. Nous croyons les avoir légitimées par la comparaison chiffrée que les documents officiels nous ont permis d'établir entre ces résultats et ceux de l’examen réel. Mais nous sommes obligé d’aller plus loin et de tirer de cette comparaison autre chose que des réserves habilement déduites, si nous voulons faire œuvre juste et utile. En elle-même l’enquête Carnegie a prouvé, ce dont tout le monde se doutait un peu, que les examinateurs sont des hommes sujets à l’erreur et qu’ils le sont encore plus qu’on n’osait le croire. Mais elle a prouvé aussi, quand nous avons rapproché des résultats indirects de son étude, les résultats directs de l’examen, que le baccalauréat, grâce à la souplesse d’une procédure sortie d’une expérience docimologique plus que séculaire (3), permet à ces examinateurs d’atténuer, s'ils le veulent, jusqu’à leur enlever toute nocivité, les inévitables écarts de leur équation personnelle. De nous avoir permis d'aboutir à cette preuve, on ne peut qu'être reconnaissant à l’enquête Carnegie.
Parce que la procédure de l’examen permet aux candidats d’attester leurs connaissances et leurs qualités, non seulement par les compositions d’un jour, mais aussi par les succès d’un long passé scolaire, et fait obligation aux examinateurs de tenir compte de
(1) L'observation que nous avons faite au sujet de la conclusion de M. Laugier est valable pour celle de M. Gastinel.
(2) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquei” expérimentale sur le Baccalauréat, p. 378, 379.
(3) Nous croyons avoir montré en décrivant l’évolution de cette procédure comment, peu à peu, elle s’est perfectionnée. Pour ne citer que la production du livret scolaire on à pu voir que la possibilité pour le candidat de renforcer la valeur de ses épreuves par le témoignage de ses professeurs, préconisée en 1838 par de Salvandy, réclamée après 1850 pour combler la lacune créée par la suppression du certificat, demandée avec insistance par les professeurs en 1885 pour des raisons de pédagogie, de justice et de moralité, finit par devenir, en 1890, l’une des dispositions essentielles du règlement de l’examen.
ce passé avant de prononcer leur verdict, ce qui est pour les premiers une sauvegarde contre toute sorte d’aléas, pour les seconds un garde-fou contre l’erreur et pour tous une garantie contre l'injustice, est-ce à dire que nous soyons en possession d’un mécanisme parfait dont les instruments de mesure sont d’une exactitude irréprochable ? En lui-même le mécanisme, par rapport à celui des autres examens, offre un maximum de perfection théorique. Mais, ce sont des hommes qui le mettent en marche. Et les instruments de mesure, ce sont des hommes aussi qui les utilisent. Tout, en définitive, dans la grave question de la régularité des examens du baccalauréat et de tous les examens ou concours, se ramène à un Choix à faire entre ces hommes. « Un bon choix des examinateurs suffirait, déclare M. Beaulavon, à résoudre une grande partie du problème » (1). Nous sommes tenté de dire : tout le problème. « La première conclusion que l’on tirera de la lecture des graphiques et des exposés des correcteurs, écrit M. Desclos, c’est qu’il y a lieu de faire un choix parmi les examinateurs. L’art d'examiner comporte des qualités très différentes de celles que nécessite l’art d'enseigner. On peut ètre excellent professeur sans être pour cela bon examinateur et il n’y a pas plus lieu de s’en froisser que l’on ne se froisse de ne pas être bon musicien (2). Il est donc nécessaire que les autorité chargées du fonctionnement des examens exercent un contrôle constant sur la correction des copies, pour éliminer les examinateurs dont la modération, la sûreté de jugement, le sens de l’examen n'offrent pas de suffisantes garanties de régularité » (3).
On peut essayer de rendre la procédure de l’examen encore plus souple en établissant, pour permettre à l’examinateur de juger avec plus de précision, une différence entre les épreuves. On distinguerait celles qui ont pour but d’ « inventorier les connaissances acquises » et d’ « évaluer le stade de développement intellectuel auquel les candidats sont parvenus », de celles qui ont pour ob-
(1) Cf. Ibid, p. 199.
(2) On peut rapprocher cette opinion de celle que soutenait Thénard devant la Chambre des pairs le 15 mai 1844: « Il ne faut pas seulement être savant pour examiner, il faut encore savoir examiner; poser des questions et bien apprécier les réponses, est une chose bien difficile et qui ne sApprend que par une véritable expérience », et de celle qu’exprimait Jules Simon en 1874 : « Pendant que j'étais examinateur à la Sorbonne, j'ai découvert à côté de moi des hommes dont je ne soupçonnais pas la valeur: écrivains et orateurs assez médiocres, ils déployaient dans cette fonction spéciale une variété de connaissances une sûreté et une promptitude d’esprit, une finesse, une pénétration qui les mettait, suivant moi, au rang des grands pédagogues et par conséquent des véritables philosophes. Croit-on qu'il suffise d’être bien doué pour remplir un tel office ? Nullement, il faut joindre aux dons naturels une longue expérience de l’enseignement et une connaissance approfondie des diverses formes que revêtent la timidité la leñteur d'esprit, le manque de mémoire, défauts qui n’impliquent nécessairement ni l'ignorance, ni l'incapacité ». (Jules Simon, La Réforme de l'Enseignement Secondaire, p. 62, 63).
(3) Cf. La correction des épreuves écrites dans les exa E, ê expérimentale sur Le Baccalauréat, p. 379. ed
jet de « découvrir les possibilités de développement ultérieur des qualités d’esprit des candidats » (1). On peut aussi, comme le vou- drait M. J. Langevin, charger des commissions de spécialistes de la rédaction des énoncés des sujets (2). On peut, enfin, pour la cotation des épreuves, comme le souhaite M. Desclos, substituer à l’échelle chiffrée dont M. Gastinel a fait le procès (3), une méthode de classement et de cotation successifs exprimant la valeur attribuée à la copie par les termes : nul, très mal, mal, faible, médiocre, passable, assez bien, bien, très bien, excellent, parfait et par les chiffres correspondants : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,
(1) Cf. Ibid, p. 380.
(2) Cf. Ibid, p. 230.
(3)| Cf. Ibid, p. 253. « Admettons, dit M. Gastinel, qu’une épreuve soit cotée de 0 à 20; l'échelle se compose de 20 unités toutes égales entre elles de sorte qu'il existe le même intervalle entre deux nombres entiers consécutifs, quelle que soit la piace de ces nombres dans l'échelle. Supposons que l’examinateur établisse un barème sous la forme d’une correspondance fixe entre telle faute et tel nombre de points à déduire du maximum puis qu'il corrige en suivant cette règle. Admettons enfin qu'après avoir corrigé une copie qui mérite et qui à obtenu la note 2/20, il en corrige une autre sensiblement égale, et pour laquelle son barème le conduit à la note 2 avant de corriger la dernière phrase, qu’adviendra-t-il si, dans cette dernière phrase, il rencontre une faute tarifée 1 point ? Pour rester fidèle à la règle adoptée, il cotera la copie 1 au lieu de &. Ainsi la valeur de la copie était de 2 unités si la dernière faute n’avait pas été commise et cette faute fera baisser la note de 2 à 1, c’est-à-dire de la moitié de la note chiffrée qui lui était attribuée jusque-là. Ce qui revient à dire que les nombres ne peuvent à la rigueur représenter des valeurs que sur une série infinie, mais que, dans toute série limitée prise comme échelle d'évaluation, les unités numériques ne peuvent pas conserver leur égalité tout le long de l'échelle. Plus la note baisse et plus l'unité augmente dé valeur. Sur un maximum de 20 points, elle devient, entre 2 et 1, dix fois plus élevée qu’elle ne l’est entre 20 et 19. » — La critique de M. Gastinel soulèvera, à bon droit, croyons-nous, les objections de ceux qui ne voudront pas admettre que, d’un porte-monnaie contenant 20 francs, le matin, et d'où on a tiré, avant midi, 6 fois 2 fr. 50, par exemple, pour 6 achats divers, si on tire dans la soirée 2 fr. 50 pour un septième achat, on enlève une quantité d'une valeur supérieure à celle qu'on à enlevée pour l’un des achats effectués dans la matinée. La quantité prélevée au cours de chacune des 7 opérations n’a pas changé de valeur. Elle est restée constante, c’est-à-dire 2 fr. 50. Il en est de même pour une composition qui est cotée 2 sur 20 avant la correction de la dernière phrase. Si cette dernière phrase contient une faute de la même importance qu'une autre faute trouvée, par exemple, dans la première phrase, et pour laquelle le correcteur avait retranché 1 point sur 20, c’est d’une nouvelle valeur égale à un vingtième que le correcteur diminuera pour la dernière fois la valeur de la composition et non de la moitié de la note 2 qu'elle méritait avant la découverte de cette faute, car cette note 2 n’est pas une valeur de point de départ mais une résultante. Et si cette copie qui, avant la correction de la dernière phrase, méritait la même note 2 que telle autre copie totaement corrigée, tombe à la note 1 après correction complète, ce n’est pas parce que la faute que le correcteur y à trouvée en plus à une valeur dix fois plus élevée que la faute de la première phrase, mais une valeur égale, c’est-à-dire un vingtième.
Ce qui est vrai. c’est que les conséquences ne sont pas les mêmes quand on enlève, par exemple, pour une faute, un vingtième à une copie qui n’a plus que 10 points sur 20 et à une autre qui en a 11. De même, il est plus grave pour un modeste ouvrier, qui ne possède que 10.000 fancs, que pour un rentier qui possède un million de perdre 1.000 francs chaque jour pendant 9 jours. Peut-on cependant affirmer que le dernier jour, l’ouvrier a perdu 5 fois plus que le rentier ? La valeur perdue est pour l’un comme pour l’autre, de 1.000 francs par jour, ni plus ni moins. Mais, presque Inslignifiante pour le rentier, cette perte à précipité l’ouvrier, chaque jour un peu plus, dans l’indigence.
9, 10, (1). Mais ces améliorations s’ajoutant à celles dont une longue expérience à enrichi la procédure du baccalauréat ne donneront pas à un examinateur les qualités qu’il ne possède pas naturellement, ou qu’il n’a pas acquises par la pratique de l’examen et par une accoutumance plus exacte, plus familière, avec la tâche dont il est chargé.
D'autre part, la docimologie, en comparant entre elles les notes données par X et par Y aux mêmes copies, peut établir des graphiques dont les courbes nous renseignent avec précision sur les coefficients de corrélation, sur la fréquence et la répartition des écarts, sur les probabilités d’erreurs, sur les marges d’imprécision. Et certes nul ne contestera ni la valeur théorique, ni l’utilité pratique — l’une et l’autre relatives de ces renseignements. Mais quand il s’agit de transposer les résultats des expériences docimologiques en jugement de valeur, l’embarras commence. Nous pouvons, à la rigueur, dire que le correcteur X qui a fait 45 admissibles sur 100 à été plus sévère que le correcteur Y qui en a fait 52. Mais quel est le plus juste ? Quel est celui dont les notes ont le mieux traduit la valeur réelle des copies dont on lui avait confié la correction ? Quel est, par conséquent, celui qui est vraiment à sa place ? Est-ce « l’indulgent » Y ou « le sévère » X ? La réponse des candidats, qui ne voient que leur intérêt immédiat, n’est pas douteuse. Mais à nous qui ne voudrions voir dans l’examen qu'une œuvre de justice, la docimologie nous permet-elle de répondre et de choisir ? C’est là pourtant, et là seulement, qu’est toute la question. Notre choix entre X et Y, et notre réponse dépendront de la confiance qu’ils nous imposent, non seulement par leur indiscutable savoir, mais aussi, mais surtout par toutes ces qualités morales que nous exigeons d’un homme chargé de juger le degré de valeur des opérations de l'esprit d’un autre homme.
Nous sommes ainsi ramenés par ce détour au délicat problème du choix des examinateurs, qui commande tous les problèmes particuliers posés par l'existence du baccalauréat et auquel l’expérience docimologique de l’enquête Carnegie n’a pas apporté de
Il n’en va pas autrement pour les candidats à un examen. Ceux dont les copies sont riches en qualités, peuvent supporter plus aisément les conséquences des rares défauts qu'ils y ont laissés. L'embarras pour le correcteur consiste à trouver les normes suivant lesquelles il jugera défauts et qualités. Ce qui est générateur d'injustice et d’inexactitude ce n’est pas le jeu de ces normes, mais leur établissement, Et c’est pour cela, croyonsnous, que la docimologie expérimente avec l’espoir de trouver le mètre et la balance qui nous manquent pour pouvoir apprécier à sa juste valeur telle. qualité ou tel défaut et qui permettront à chacun de mesurer et de peser avec un minimum de risques d'erreur les choses de l'esprit.
(1) Cette méthode de cotation fut en usage de 1840 à 1852. Nou vu que Fortoul lui substitua la méthode des boules (cf. sup, p. 96, note 1) et que Victor Duruy, en 1864, reprit l'échelle de classement maïs en la ramenant aux notes comprises entre très bien et passable et pouvant être. représentées par les chiffres 4, 3, 2, 1Y02(cT.YSUn 1p: 121).
solution parce qu’il ne peut être entièrement résolu par un système de mesure mathématique, pas plus que ne peut l'être, par le même moyen, le problème de la cotation des épreuves. Or, le Choix des examinateurs est-il possible autant qu’il est nécessaire et désirable ? En théorie il l’a été et il l’est encore. En pratique, il a cessé de l’être. Les difficultés insurmontables auxquelles on se heurte ne sont pas celles que M. Desclos attribue au nombre des candidats au baccalauréat (1), mais celles qui sont nées de l’application du décret du 23 mai 1934. Aux termes de ce décret, tous les professeurs agrégés et certains professeurs licenciés de l’enseignement secondaire public remplissant les conditions prévues par le décret du 13 août 1931, sont tenus de siéger dans les jurys d’examens du baccalauréat. Leur participation à la correction des épreuves écrites et aux interrogations des épreuves orales rentre dans leur service comme une obligation (2) à laquelle nul d’entre eux ne peut se soustraire. Peu importe qu’ils n’aient pas les qualités indispensables : l’Etat les leur a conférées d’autorité. Dès lors la porte s’est fermée d’elle-même aux possibilités d’un choix rationnel et c’est le système du tour de rôle qui s’est mis à Jouer par la force même des choses, aggravant l'inégalité fatale des jurys, qui est, selon nous, le vice principal de l’examen.
Nul cependant ne saurait contester — et les professeurs sont les premiers à le reconnaître (3) — que les qualités requises pour être un bon examinateur ne se rencontrent pas au même degré chez tous les membres de l’enseignement. Chez quelques-uns, elles peuvent même être totalement absentes, sans que, pour cela, ils soient dépourvus de celles qui sont nécessaires pour bien enseigner. Or, le décret du 23 mai 1934 a enlevé aux recteurs le moyen de choisir ceux qui leur paraissaient présenter le maximum de garantie parmi les professeurs qui sollicitaient la charge et l’honneur de faire partie du jury. Bien plus, il les a obligés à punir les bons examinateurs en les mettant dans l’obligation de les appeler à siéger plus souvent qu’ils ne le voudraient et que ne l’exigent, en tout cas, les principes de justice distributive dont l’application du décret implique le respect. Ainsi, ce que le budget de l’Etat a réalisé en petites économies, sur le coût de l’examen, l’examen risque de le perdre en régularité et sécurité. Car il devient désormais plus inévitable que par le passé, qu’il y ait sur la liste des
(1) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquête expérimentale sur le Baccalauréat, p. 379.
(2) Cf. Décret du 73 mai 1934, art. 1er et 2. Cette obligation est si bien considérée comme « charge normale d'emploi » qu'aucune rétribution n’est accordée aux examinateurs pour leur participation aux examens oraux et que, pour la correction des épreuves écrites, il n’y a lieu à rémunération que dans la mesure où la correction entraîne un dépassement de la durée normale du travail journalier.
(3) Cf. notamment les ordres du jour votés par les différents Congrès de la Société des Agrégés depuis 1934.
examinateurs de bons juges à côté de juges moins bons. Or, « il faudrait pouvoir pratiquer, écrit M. Beaulavon, une sélection rigoureuse. Une commission spéciale siégeant au Ministère, ajoutet-il, avait été instituée par les anciens règlements pour contrôler les résultats du baccalauréat dans la France tout entière; Je ne sais si elle subsiste encore en droit, mais depuis longtemps je crois, elle ne fonctionne plus en fait. C’est un contrôle plus direct, plus simple et plus rapide que l’on pourrait souhaiter : sur l’initiative du doyen, ou du directeur des examens, une enquête confiée aux présidents du jury (qui sont maintenant à Paris déchargés de la correction même) ou à quelques spécialistes compétents, devrait porter après l’examen, sinon sur les méthodes, du moins sur les appréciations et notations de chaque correcteur. Tant qu'on ne sera pas sûrement et officiellement renseigné sur la valeur des examinateurs en tant que tels, aucun choix rationnel des jurys n’est possible » (1).
Tirer du profond sommeil où elle s’est laissé glisser d’ellemême sans qu'aucun décret l’y ait précipitée (2), la Commission ministérielle que Rouland avait créée en 1857 et dont Victor Duruy, le 24 octobre 1863, avait renforcé les attributions en adjoignant des professeurs aux inspecteurs généraux qui la composaient, est chose pratiquement irréalisable. I1 y avait, en 1864, à peine 7.000 examens du baccalauréat par an dans toute la France. Il y en a de nos jours dix fois plus. Les candidats ne faisaient, en 1864, que trois épreuves écrites. Ils en font aujourd’hui, sept (4 pour la première partie et 3 pour la seconde). Si, après l’examen, toutes les compositions étaient centralisées au Ministère pour y être contrôlées, quelle Commission suffirait à la besogne ? {3) Le contrôle sur place, dans chaque Académie, se heurte à moins de difficultés. Les renseignements docimologiques qu’on en pourrait tirer seraient de la plus grande utilité pour éclairer les recteurs sur la valeur, en tant que tels, des examinateurs qu’ils sont appelés à nommer.
Mais ici se dresse un obstacle que la Commission Carnegie n’a pas vu. Le décret du 23 mai 1934 n’entrave pas seulement le choix, il en nie la légalité et y substitue le tour de rôle. Les fonctions d’examinateur devenues « charge normale » de chaque professeur n'impliquent plus que celui qui les remplit doive posséder des qualités spéciales sanctionnées par la désignation officielle dont il
(1) Cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquê expérimentale sur le Baccalauréat, p. 199. . ne
(2 Bien au contraire, le décret lui-même du ? août 1927 (art. 10) prescrit que cette Commission, composée de membres des Comités 7 de
M ne supérieur et secondaire public, doit exercer un contrôle actif. À
(3) On peut, il est vrai, substituer à né procédant par sondage, un contrôle général, un contrôle
est l’objet. Tout professeur ést obligatoirement examinateur. C’est la plus grave erreur pédagogique qui ait été commise depuis quelques années. Eût-on voulu — ce qui n’est sûrement pas le cas — tuer le baccalauréat, en discréditant l'examen qui le confère, qu’on n'aurait guère pu trouver moyen plus efficace (1). Si donc on veut, comme le voudraient la pédagogie et la justice d’accord avec l’intérêt bien compris du pays, choisir par tel ou tel autre moyen, les personnes chargées de désigner l’élite nationale en la passant au crible d’un examen bien fait, il faut commencer par abroger le décret qui ne reconnaît ni l’utilité ni la légalité de ce choix, du moins jusqu’à ce que la docimologie ait découvert une méthode plus précise que les procédés empiriques dont nous disposons. Mais ce décret, répondra-t-on, a été pris pour des raisons d'économie. C’est bien ce que nous savons. Et c’est aussi ce qui le rend suspect. Car si la pédagogie n’a jamais été en France génératrice de gaspillage, elle n’y saurait, sans dommage, s’accomoder de la lésinerie. À Dupanloup qui se demandait dans le rapport dont nous avons parlé plus haut (2) si les Facultés pourraient suffire à la besogne lorsque l’examen du baccalauréat serait scindé en deux parties, Jules Simon répondait en 1877 : « L’Etat en sera quitte pour payer deux fois les droits d’examen, ce qui ne sera pas une lourde charge, et ce qui donnera enfin aux professeurs un traitement à peu près équitable (3) ». Nous pourrions nous contenter de tenir le même langage. Mais, de nos jours, les questions qui ont le moindre rapport, réel ou apparent, avec le budget de l’Etat, interdisent d’opposer à l’éloquence des chiffres d’autre éloquence que celle qui découle de la comparaison entre le résultat d’une addition et le résultat d’une soustraction. Donnons donc la parole aux chiffres et, puisqu'il le faut, procédons par addition et soustraction.
Un candidat au baccalauréat verse au Trésor Public pour droits «l'examen et de diplôme 50 franes lorsqu'il se présente aux épreuves de la première partie et 90 francs quand il se présente aux épreuves de la deuxième, soit au total 140 francs (4). À cette somme il convient d'ajouter : 8 francs pour les deux demandes établies sur papier timbré à 4 francs, 7 francs pour un acte de nais-
(1) Les professeurs heureusement ont vu le danger. Leur bonne volonté a jusqu'à présent permis de réduire au minimum les fâcheuses conséquences du décret du 23 mai 1934.
(2) Cf. supra, p. 136 et suiv. :
(3) Cf. Jules Simon, La Réforme de l'Enseignement Secondaire, p. 80.
(4 La loi du 11 juillet 1931 oblige en outre tout candidat au baccalauréat à verser une rétribution de 100 francs (50 francs lors de son inscription à chacune des deux parties) pour frais matériels de l’examen. Cette rétribution a permis d'améliorer l’organisation matérielle de l'examen. Nous n’en ferons pas état dans nos calculs parce qu’il en est fait recette au budget de l'Université et non au budget du Trésor public. Ies familles béneficiaires de bourses ou de fractions de bourses ou chargées de quatre eniants de moins de 21 ans en sont d'ailleurs dispensées.
sance également sur papier timbré et { franc pour les timbres de quittance des deux versements, ce qui porte le total des sommes. perçues par l'Etat, à 156 francs.
Comparons maintenant les recettes aux dépenses :
Les droits versés au profit du Trésor par un candidat à la première partie sont de 50 francs + 0,50 de timbre + 11 francs (demande et acte de naissance sur papier timbré) = 61 francs 50. Si ce candidat subit les 4 épreuves écrites et les 5 épreuves orales et si l’Etat verse à chaque examinateur 5 francs par épreuve (1), la dépense s’élèvera à 45 franes et le bénéfice sera de 16 francs 50. Si le candidat n’est pas admissible aux épreuves orales, la dépense sera ramenée à 20 francs et le bénéfice s’élèvera à 41 francs 50. Sur 100 candidats à la première partie ayant versé une somme de 6.150 francs, l'Etat dépenserait donc, s’ils étaient tous examinés à l’écrit et à l’oral, 4.500 francs, réalisant ainsi un bénéfice net de 1650 francs. Mais en moyenne, 40 % au moins des candidats sont ajournés après les épreuves écrites. Ces 40 candidats n’ayant donné lieu qu’à une dépense de 800 francs soit 20 francs chacun pour la correction des compositions, l’Etat fait sur eux un bénéfice de 1660 francs. On peut donc établir que sur 100 candidats aux examens de la première partie, l'Etat gagne 2.650 francs.
Le bénéfice se révèle encore plus élevé si on fait, pour l’examen de la deuxième partie, la balance entre les recettes et les dépenses. Chaque candidat verse au Trésor 94 franes 50 (demande sur papier timbré et timbre de quittance compris). Si le candidat subit les 3 épreuves écrites et les 6 épreuves orales la dépense est de 45 francs et le bénéfice de 49 francs 50. Si le candidat n’est pas admissible aux épreuves orales la dépense n’est plus que de 15 francs et le bénéfice s’élève à 79 francs 50. Sur 100 candidats à la deuxième partie ayant donc versé au Trésor une somme de 9.450 francs, l'Etat dépenserait s’ils étaient tous reçus à l’écrit 4.500 francs et réaliserait un bénéfice de 4.950 francs. Mais en moyenne 30 candidats sur 100 sont ajournés à l'écrit. Ces 30 candidats n’ayant occasionné qu’une dépense de 450 francs l'Etat réalise sur eux un bénéfice net de 2.385 francs. On peut donc établir que sur 100 candidats à la deuxième partie, l’Etat perçoit 9.450 francs, dépense 3.600 francs et fait un bénéfice de 5.850: francs. Admettons que les diplômes qu'il doit délivrer aux 70 bacheliers lui coûtent 10 francs pièce (2), soit 700 francs. Il lui reste en fin de compte un bénéfice net de 5.150 franes.
Au total sur 200 candidats (100 à la première partie et 100 à la
(1) C’est le tarif qui avait été fixé par le décret du 1er septembre 1930.
(2) On sail que les diplômes ne sont plus ni en parchemin, ni méme
en simili, Le prix unitaire de 10 francs que nous avons adopté est certainement exagéré.
deuxième) la dépense après l’achat des diplômes et le paiement aux examinateurs d’une indemnité de 5 francs par épreuve écrite et orale ressort à 7.800 francs et le bénéfice s’élève à la même somme. La mise en vigueur du décret du 23 mai 1934 obligeant les examinateurs à corriger gratuitement 12 copies par jour ouvrable et Supprimant toute indemnité pour les épreuves orales, a ramené la dépense, pour 100 candidats à la première partie et 400 candidats à la deuxième, de 7.800 francs à 3.960 francs et porté le bénéfice de 7.800 francs à 11.640. Admettons que l’Etat prélève sur ce bénéfice une somme largement calculée de 2.500 francs pour rembourser aux examinateurs domiciliés en dehors du centre d’examen leurs frais de déplacement et de séjour, il reste encore un bénéfice net de 9.140 francs. Comme il y a, en France, bon an, mal an, plus «le 70.000 examens du baccalauréat, on peut évaluer à deux milhons et demi environ le montant du bénéfice net réalisé.
Toute la question est de savoir s’il est juste que l’Etat réalise un bénéfice sur une rétribution qui a été instituée pour couvrir une «dépense correspondante, en l’espèce les frais d’examen et de diplôme. Le moins que l’Etat doive faire, est d’abaisser la rétribution si elle est supérieure aux dépenses réellement faites. Que l'Etat fasse payer à chaque candidat les droits de timbre et de diplôme rien de plus équitable (1). Mais il paraîtra difficile de légitimer le versement pour frais d'examen, d’une somme dont le montant est plus du double du montant de ces frais. À moins que l’Etat ne trouve conforme à la justice, de faire payer en plus par les candidats au baccalauréat ce qu’il touche en moins pour couvrir les frais d’autres examens ou concours qui sont gratuits ou qui ne donnent lieu de la part des candidats qu’à une rétribution trop faible. En réalité, c’est uniquement pour rémunérer les examinateurs que les droits d’examen ont été institués. Donner une autre destination aux sommes versées à ce titre par les candidats au baccalauréat est un abus que la loi budgétaire et les règles de de la comptabilité publique peuvent sans doute couvrir, mais que condamne la morale et réprouve l’intérêt de l’examen. C’est ce qu'avait fort bien compris la Commission de l’Instruction Publique en 1815 lorsqu'elle décida d’abandonner aux examinateurs la totalité des droits d'examen (2). Là est la vraie doctrine à laquelle
(1) Avant 193, conformément au principe posé par le règlement général sur Ja comptabilité de l’Université du 11 novembre 1826 (art. 166) on remboursait au candidat ajourné à la premiére partie la somme de 10 francs, représentant le prix du certificat d'aptitude, sur les 45 francs qu'il avait versés et à celui qui était ajourné à la deuxième partie. la somme de 50 francs, représentant le prix du certificat d'aptitude et le prix du diplôme sur les 85 francs qu'il avait versés. L'article 50 de la loi des finances du 30 juin 193, sans se soucier de ce qu’il y avait d’équitable dans une telle mesure, l’a supprimée, et sans diminuer la rétribution de la somme représentant le prix du certificat et du diplôme, a décidé qu'il ne serait plus accordé aucun remboursement de droit en cas d'échec à l'examen.
(2) Cf. sup., p. 30.
il faudrait revenir (4). S’il est vrai — et nul ne saurait en douter à moins d’être complètement étranger aux choses de l’enseignement —— que les fonctions d’examinateur exigent la mise en œuvre de qualités spéciales (2), pour l’accomplissement d’une grave mission qui diffère, par sa nature, de la mission habituelle du professeur, on conviendra qu’au lieu d’être imposées gratuitement où à vil prix, par un décret, à tous les professeurs sans distinction, elles doivent faire l’objet d’un choix sévère et d’une rétribution
équitable.
On sera peut-être surpris que notre étude de l’enquête Carnegie ait abouti à la mise en accusation d’un décret dit d'économie et à une conclusion d'ordre budgétaire. Mais, après avoir reconnu, avec les auteurs de cette enquête, que ce qui importe le plus à la régujarité de l’examen est le choix des examinateurs, ne fallait-1l pas, en attendant que la docimologie nous mette en possession d’un moyen plus sûr et moins coûteux, essayer de chercher, pour rendre: ce choix possible, un moyen provisoire qui s'accorde avec ce que: nous savons de la nature humaine et avec ce que nous pensons de la justice ? Car, pour aujourd’hui comme pour demain, si l’on veut de bons examens, la seule chose à faire est d’abord de former de bons candidats, ensuite de laisser ou de donner à ceux qui en sont chargés la possibilité de choisir de bons examinateurs. C’est à notre avis dans ce double truisme qu'est d’une part, la vérité pédagogique de toujours, d’autre part, la vérité docimologique actuelle.
(1) Cette règle fut appliquée pendant 70 ans. Elle fut supprimée par le décret du 14 janvier 1876 qui confondit en « un seul émolument applicable au double service obligatoire de l’enseignement et des examens » le traitement fixe des professeurs et des agrégés des Facultés et les rétributions allouées annuellement au titre de droit de présence aux examiens, C'est à partir de cette date que les professeurs de Facultés, seuils chargés alors des examens du baccalauréat, cessèrent de recevoir une rétribution pour ce service parce que, pour la fixation de leur traitement. on venait de tenir compte de la moyenne des droits de présence qu’ils avaient touchés pendant les cinq dernières années (cf. art. 4). Bien plus l’article 5 du décret du 14 janvier 1876 prévoyait qu'il devait être fait réserve. sur le traitement total assigné à chaque professeur, d’une somme spécialement affectée au service des examens: et payée par quart à la fin de chaque trimestre, Or, lorsqu'on a fixé les traitements des professeurs de: l'enseignement secondaire, il n’a jamais été tenu compte des indemnités qu’ils percevaient pour participation aux examens. Le décret du 23 maï 1934 constitue donc un abus, puisqu'il ajoute à la fonction d'enseignement. du professeur, pour laquelle l'Etat a fixé une rétribution, une fonctiom d'examinateur non rétribuée.
(2) M. Gastinel en donne l’'énumération impressionnante (cf. La correction des épreuves écrites dans les examens, Enquête expérimentale sur le: Baccalauréat, p. 44). « Le bon examinateur conclut M. Gastinel, complétant le portrait qu’en avait tracé Jules Simon, se caractérise au moins autant par ses qualités morales, que par des capacités techniques. Le calme. l'égalité d'humeur, voire l’aménité de l'accueil et de la parole, la bienveillance, la sympathie, une sympathie vive et sincère, pour la jeunesse, une sorte de préjugé favorable au candidat, mais conditionnel et elairvoyant. de la patience quand on doit essuyer l’étourderie ou la sottise, mais aussi la décision et le Courage quand on doit se montrer sévère. Bref toutes les petites vertus dont l'exercice peut dépendre du tempérament et du caractère », j