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d^une humeur égale ; elle était spiritueHe» prudente , yertueuse , et même déVote san» affecter de le paraître. Une mattresse d^un si rare caractère est trop aimable pour n'être pas adorée deff personnes qui la ser* Tent. Aussi la comtesse était l'idole de ses domestiques. Pour moi , j'en étais si charmée que je ne croyais pouToir apporter assez d'attention à lui plaire. Je ne suis pas mal adroite, et je sus si bien faire ma cour , que je gagnai en peu de temps sa confiance y ou du moins que je la partageai ayec Damiana , vieille femme de chambre qui depuis vingt années était à son service.
Vous observerez, s'il vous piah, que madame de Saint-Agni était alors sur la fin de son neuvième lustre. Elle avait passé pour une beauté dans sa jeunesse ; elle était même fort belle encore ; mais ses appas commençaient à céder au pouvoir du temps. Je fus assez surprise un matin de l'entendre soupirer tristement à sa toi-
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lette , Ci de remarquer qu^elle avait les yeux baignés de pleurs. Je pris respectueusement la liberté de lui demander si quelque secret ennui troublait son repos. Elle ne me répondit que par un long soupir. Je la pressai de me dire ce qu^elIe avait , et mes instances furent si fortes , qu'elle n'y put résister. Oui , ma chère Francisca, dit-elle en me regardant d'un air triste, oui, je suis la proie d'un chagrin d'autant plus vif, que je suis obligée de le renfermer au fond de mon âme.
IN'en demeurez poiot là , madame , lui répliqtiai-je , voyant qu'elle cessait de parler j ouvrez-moi votre cœur. Ne me cachez pas le sujet de vos peines : je les partage déjà sans les connaître , et vous les soulagerez en me les apprenant. Je n'ose vous les révéler, répartit ma maîtresse. Il y a du ridicule à les sentir, et je ne puis sans coufusion vous en faire confidence. Vous me les découvrirez pourtant , ma chcre maîtresse, lui dis-jc en me jetant a ses gc-
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nous, je ne puis vivre sans les savoir. Devez-vous me les laisser ignorer , à moi qui vous suis entièrement de'vouëe? IV e me faites plus , de grâce , un mystère de ce qui vous -chagrine} s'il ne m'est pas possible de vous consoler, du moins que je m'afflige avec vous.
Je parus prendre tant d'intérêt à la situation dans laquelle madame se trouvait , que je lui arrachai enfin son secret. Ma fille, me dit-elle , je ne saurais tenir plus long-temps contre votre zèle et votre amitié j il faut vous avouer ma faiblesse. Ap> prenez la cause de mon affliction. Je suis sensible à la perte de mes charmes. Je les vois tomber peu a peu en ruine malgré les 8ecoai*s que je puis emprunter de l'art pour les conserver. Gela m'attriste ; que dis-je ? cela me plonge dans une mélancolie qui va si loin quelquefois , que je crains d'en perdre l'esprit. Ce diftcours vous étonne, poursuivit-eHe, en remarquant que j'étais eflectivement fort surprise de l'en-
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tendre parler ainsi ; mais c^est un faible que j^ai , et dont ma raison ne saurait triompher.
Permettez-moi, lui dis-je, madame, de TOUS représenter que voas ne Toyez point ce que tous croyez voir. Pourquoi, trop prompte a tous tourmenter, tous imagi« nes-Tous n^étre plus ce que tous êtes toujours ? Regardez - tous aTec des yeux plus faTorables , on plutôt rapportez-TOus-en aux miens. Ils tous diront que le temps n'a point encore flëtri tos appas, et que tous jouissez de tonte TOtre beauté. A ces mois, qui suspendirent pour un instant sa douleur, la comtesse répondit en souriant : Que TOUS êtes flatteuse, Francisca ! mon miroir est plus sincère que tous. Il m!annonce chaque jour quelque changement dans ma personne , et mes yeux ne peuvent démentir son témoignage.
Après que la comtesse de Saint -Agni mVut fait cette confidence singulière , elle ne se contraignit plus devant moi ^ et , lais-
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sant éclater librement ses plaintes^ «lie me donnait tous les matins la même scène à sa toilette. Je m^entretenaîs souvent de sa fai* blesse avec Damiana , qui ne pouvait s^empécher d^en rire. Si madame , disait^elle , était une femme galante, je lui pardonnerais sa tristesse. Une vieille coquette s^est fait une si douce habitude d'avoir de»
amans , qu'elle doit être au desespoir quand elle n'en a plus. Mais ma maîtresse a toujours fui la galanterie. C'est Fintérét seul de sa propre personne qui hk rend si sensi~ ble aux outrages des années. 11 faut bien s'aimer soi-même pour vieillir de si mau-!> vaise grâce !
Madame de Saint-Agnî n'avait que ce défaut, dont malheureusement on ne pouvait espérer qu'elle se corrigerait. Au contraire , se trouvant de jour en jour moins aimable, à mesure qu'elle avançait datis sa carrière, au bout de trois ou quatre ans elle se parut si changée, qu'elle n'osait plus se regarder dans son miroir. Francisca , me
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dit-elle un matin, comme ensedësespërant, ma chère Frandsca, je suis décrépite. On ne peut plus m'envisager sans horreur ; il n*j a plus moyen de me montrer daos le monde. Il faut me cacher au fond d'un dottre ; j'aime mieux m'y tenir renfermée le reste de mes jours que d'offrir aux yeux un objet efiroyable.
Nous eûmes beau , Damiana et moi f faire tous nos eâbrts pour lui remettre l'écrit, et pour l'obliger à considérer son visage avec plus d'indulgence ( comme en effet , quoique vieille , elle avait des restes de beauté dont une coquette à sa place aurait encore tiré parti ) , il nous fut impossible de la détourner du dessein de se retirer dans un couvent. Avant que d'exécuter sa résolution, elle me demanda si je la suivrais de bon cœur dans un monastère. Si vous en doutiez , madame , lui répondis-je , vous me feriez une grande injustice. Le couvent, à la vérité, par luim^me ne me plaU. guère , mai^ U deviens
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dra un séjour agréable poar moi lorsque j^ vivrai avec tous. La dame fut sisah'sfaife de ma réponse , qu'elle m'embrassa , en me disant que mon attachement pour elle faisait toute sa consolation.
Ma maltresse alla donc s'ensevelir dfvaa un couvent, et nous nous enfermâmes avec elle, Damiana et moi. Nous y aurions pu vivre toutes deux sans ennui , si pendant six mois entiers il ne nous eût pas fallu sans cesse exhorter la dame à soutenir avec plus de courage la décadence de ses attraits. Elle ne voulait point entendre raison là-dessus. Heureusement le ciel s'en mêla. Madame de Saint-Agni rentra peu à peu en elle-même , et triompha insensiblement de sa faiblesse. Quel changement! Cette même femme , qui avait été si vaine de sa beauté , devint insensible à la perte de ses charmes , et se détacha de la vie.
Cette bonne veuve ne demeura que deux ans dans sa retraite. Elle y tomba malade, et mourut après avoir fait un testament
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ûans lequel ses suivantes ne furent point oubliées. Elle nous lëgua mille pistoles à chacune , pour nous laisser à toutes deux de quoi vivre honnêtement le reste de nos jours , sans être obligées de nous remettre a servir. Nos sentimens , à quelque chose près , se trouvèrent conformes à Tintention de la comtesse , et Damiana me fit une proposition : Je suis lasse , me dit-elle , d^avoir des mattresses : je veux jouer à mon tour dans le monde le rôle d^une dame. Faites comme moi , ma mignonne ^ ne nous séparons ]>oint. Unissons nos fortunes. Allons nous établir dans quelque grande ville d^Espagne ; et là , nous donnant pour des personnes de qualité , nous ferons de bon- -nes connaissances , et vivrons fort gracieusement. Si j'eusse eu plus d'expérience , je me serais révoltée contre une pareille proposition ; j'aurais pénétré les vues de'^amiana, et je l'aurais quittée comme une friponne qui avait envie de me perdre.
Mais , ne voyant rien que d'innocent dans
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ce qu^elle me proposait, je liai Tolontien mon sort au sien. Nous tînmes conseil sur ce que nous avions à faire, et voici quel en fut le résultat.