CHAPITRE IL
Dona FVancisca va «e présenter k la comtesse de Saint-Agni. De la réception gracieuse que cette dame lui fit, et de Fentretien quelles purent ensemble. Caractère de la comtesse. Dona Francisca hérite de mille pistoles. Ses regrets sur la raort de la comtesse. Résolution qu*elle prend avec Damiana.
Vous TOUS imaginez bien, mon frère, poarsaivit ma sœur, que je ne m'offris pas sans rougir à la vue d'une dame qui savait mon histoire. Je fis plus , je me troublai ; et, quoique naturellement assez hardie, je ne m'approchai de la comtesse qu'en tremblant. Elle s'aperçât de mon désordre, et pénétrant ce qui le causait : Rassurez- •Tous, me dit-elle apr^ avoir fait sortir une femme qui était dans sa chambre^ Juanilla m'a tout dit, et je vous plains.
l44 ^E BACHELIER.
Si votre jeunesse, Totre honte et votre repentir ne peuvent rendre votre faute excusable , ils vous attirent du moins ma compassion. '
A ces paroles , je me laissai tomber aux pieds de la comtesse, et je ne lui répondis que par un torrent de larmes que je ne pus retenir. Mes pleurs produisirent un effet admirable. La dame en fut attendrie , et me relevant avec bonté : Consolez- vous y ma fîUe, me dit-elle^ il est inutile de vous affliger présentement. Prenez plutôt une ferme résolution d'être désormais toujours en garde contre les homiiies : vous ne pouvez trop vous en défier. Vous êtes à peine au printemps de vos jours j vous étés jolie : vous devez craindre de nouveaux séducteurs.
La dame de Saint-Agni me tint encore d'autres discours semblables pour me porter à la vertu. Ensuite, voulant savoir de moi-même qui j'étais etm'entendre parler, elle me questionna sur mes parens. Gomme
je ne suis pas d^une naissance assez basse pour en rougir, je ne me dis point d'une famille au-dessus de la mienne, et je fis des réponses sincères à toutes ses questions. Quelque basse que soit la naissance , on n^en doit pas rougir : la condition ne donne pas des yertus.
Elle parut assez contente de mon esprit. Francisca , me dit-elle après une longue conversation, je suis ravie que la fortune vous ait adressée à moi. Je conçois désaffection pour vous f et je veux vous tenir lieu de mère. Je rendis toutes les grâces que je devais â une dame si généreuse; et, me bâtant de profiter de ses bontés , j'entrai cbezelle, moins sur le pied de soubrette que comme une fille que. madame aimait et dont elle voulait prendre un soin particulier.
Je m'étudiai d'abord à connaître ma
maîtresse à fond. Que cette étude me fit
découvrir en elle de bonnes qualités ! Je
la U:ou?ai douce, affable, débonnaire, et