‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 3 sur 86 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Don Gb^rubin ▼> offrir ses servicer à un conseil-* 1er du conseil de Gastille; de Tentrelien singulier qu'il eut avec ce magistrat; sa réponse, et ce quHl fit.

J^ALLAi dés le même jour trouver mon religieux de la Merci, qui ne me blâma point d^ayoir quitte' le seigneur Isidore. Il me dit , au contraire , quHl était fâché de m'avoir placé dans une si mauvaise maison : Monsieur le bachelier, ajouta-t-il , revenez ici dans trois jours j je vous aurai peut-être déterré une meilleure place.

Eflectivement, quand je le revis , il m^apprit qu^il en avait une nouvelle à me proposer. U n conseiller du conseil de Gastille ,

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meciit-il, a besoin d'un précepteur pour son fils unique. Vous pouvez aller vous présenter de ma part à ce magistrat j je lui ai parle de tous, et je crois que tous' TOUS conviendrez l'un à l'autre. Je vou» avertis seulement que c'eaf un homme fier, comme ces messieurs le sont pour la plupart ^ à cela prés, il est aimable et d'un très-bon caractère , à ce qu'on m'a dit. Je souhaite que vous soyez plus content de lui que du seigneur Montanos.

Je me rendis â l'hôtel du conseiller. Je trouvai ce juge prêt à monter en carrosse pour aller au conseil. Je m'approchai de lui trés-respectueusement , et lui dis que j'étais le bachelier dont le père Thomas de Villarëal lui avait parl^. Vous avez mal pris votre temps , me répondit-il d'un air grave et sec : je ne puis vous donner audience présentement. Revenez sut les six lieares d;i soir.

Me voyant assigné pour être ouï , je ne "Moquai pas de comparaître devant mon 1. a

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magistrat avant même le temps prescrit.

On m'annonce. Je demeure et j'attends deux grandes heures pour le moins dans Fantichambre j après quoi Fon m'introduit dans un cabinet où j'aperçois le juge assis dans un fauteuil. Je lui fis une vévé^ «"ence si profonde , que je pensai donner du nez à terre. Il répondit à mon salut par une légère inclination de tète , et me montrant du doigt un petit tabouret qui ressemblait assez à une sellette, il me fit signe de m'y asseoir.

Je n'ai jamais tu de personnage d'un maintien plus orgueHleux. U jeta sur moi des regards critiques^ et se disposant â m'interroger sur faits et articles, il m'adressa la parole dans ces termes :' Êtes- TOUS gctitilhomme ? Je ne croyais pas , lui répondis-je , qu'il fallût l'être pour dcTcnir précepteur. Cela n'est pas, si vous toulez , absolument nécessaire , me répliquat-il j mais , outre que cela ne gâte rien , il me semble que le dogme, a plus de force

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dans la bouche d^un maître gentilhomme que dans celle d^un roturier.

Le respect que je devais a un conseiller de Castille m'empâcha de faire un éclat de rire à ces derniers mots , tant ils me parurent ridicules. Cependant, continua le magistrat , quand tous ne seriez pas noble, je Teux bien me relâcher là-dessus , pour vil que TOUS ayez d'ailleurs toutes les qualité du précepteur que je prétends mettre auprès de mon fils , qui pourra bien un jour remplir ma place.

Je demandai an conseiller de quelles qualité il voulait que ce précepteur fût pourvu , et il me repartit : Je cherche un sujet qui soit un grand homme , un savant homme ^ un homme de Dieu et un homme du monde en même temps. Il faut quUl réunisse tous les talens, qu'il possède toutes les sciences divines et humaines, depuis le catéchisme jusqu'à la théologie mystique, et depuis le blason jusqu'à l'algèbre. Tel est le maître que je veux ; et comme il

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est juste de faire un sort agréable â une personne de ce mérite , je lui donnerai ma table avec 'cinquante pistoles d^appointemens. Ce n^est pas tout, ajouta-t^il; je pourrai bien, l'éducation unie , lui faire avoir par mon crédit un bénéfice, ou bien le gratifier d'une petite pension viagère.

J'admirai la générosité de ce magistrat 5 €t, demeurant d'accord avec moi-même que je n'étais point ce pédagogue dont il s'était formé une si parfaite idée , je me levai de dessus la sellette en disant au juge : Adieu , seigneur ; puissiez-vous rencontrer l'homme que vous cherchez j mais , franchement, je ne le crois pas plus facile à trouver que l'ojrateur de Cicéron.

PABT. I. CHAP. IV. ai

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