RÉSISTANCE DE LA ^GTERIE
malgré la présence du Bactériophage : la virulence propre du Bactériophage, quoique constituant le facteur principal du phénomène, n'est donc pas seule en cause : la bactérie est susceptible de résistance.
Nous n'avons envisagé jusqu'ici que le cas de la lyse totale et permanente de Témulsion bactérienne et j'ai spécifié que le phénomène ne revêtait cette forme que si le Bactériophage mis en œuvre possédait la virulence maxima et n'avait à agir que sur une quantité limitée d'émulsion, lo à 20 cm\ Malgré que ces conditions soient remplies, il arrive de temps à autre qu'une émulsion dont la lyse s'était effectuée d'une manière normale, avec limpidité parfaite du milieu, se retrouble quelques jours plus tard. L'examen microscopique, sur lequel nous aurons à revenir longuement, montre que le trouble est produit par une culture bactérienne et les réactions biologiques donnent la preuve que cette culture est composée uniquement par des bactéries de même espèce que celles qui formaient l'émulsion sur laquelle on a fait agir le Bactériophage. Suivant la virulence de la souche du Bactériophage mise en œuvre, le nombre de tubes dans lesquels se produit cette repousse, cette culture secondaire (i), est plus ou moins grand.
Les réensemencements sur gélose et en bouillon des émulsions lysées, dans lesquelles se produira plus tard une culture secondaire, restent stériles tant que cette culture secondaire ne s'est pas formée, ce qui ne se produit souvent que 5 à 6 jours après la lyse, parfois Miême davantage.
Exp. — Emulsion de bacilles de Shiga à 260 millions par cm^, inoculée avec i/iooo de cm* d'une culture du Bactériophage. Lyse normale en 5 h., le milieu devient parfaitement limpide. Ensemencements sur gélose et en bouillon de rémulsion lysée i, 2, 3, 4, 5, 6, 7 jours après que la lyse a été complète : tous ces ensemencements restent parfaitement stériles. L'émulsion lysée se retrouble légèrement le huitième jour. Le neuvième jour, ensemencement d'une g'outle sur trois tubes de gélose et dans un tube de bouillon : deux des tubes de gélose restent stériles, le troisième présente quatre petites colonies ; le tube de bouillon doDne une culture agglutinée en culot.
La résistance des diverses souches d'une même espèce bactérienne n'est pas constante, chaque souche paraît, au sortir de l'organisme,
(i) Pour faciliter Texposition des faits, j'appellerai : culture secondaire, la repousse d'une émulsion lysée ; culture mixte, le réensemencement dans un milieu nutritif d'une culture secondaire avec coexistence dans le milieu de la bactérie et du Bactériophage.
posséder une individualité qui s'efiFace rapidement par cultures successives sur les milieux artificiels.
Dans Texpérience suivante j'ai fait agir la souche du Bactériophage la plus puissante que j'ai isolée, sur deux souches différentes du bacille de Shiga : une souche depuis longtemps entretenue en culture, utilisée à l'Institut Pasteur pour Tinoculation des chevaux fournissant le sérum antidysentérique (souche type); l'autre avait été récemment isolée des selles d'un dysentérique (souche Jerv.).
Exp. — r. 12 tubes d'émulsion du bacille de Shiga type sont inoculés chacun avec i/i.ooo de cm^ de culture d'une souche du Bactériophage entretenue depuis un g^rand nombre de générations toujours aux dépens de ce même bacille type : lyse parfaite dans les 12 tubes, avec clarification complète du milieu en 4 heures. Après 3 jours à la température de 870 un de ces tubes se retrouble légèrement; les 1 1 autres restent définitivement limpides.
5 autres expériences, portant chacune sur 12 tubes, même souche de Bactériophage, même souche de bacille, donnent les résultats suivants : nombre de tubes donnant une culture secondaire : o, 2, o. 3, i .
Nous avons donc 7 cultures secondaires sur 60 émulsions : 12 0/0.
2. 12 tubes d*émulsion préparée avec le bacille souche Jerv., aux dépens duquel la souche du Bactériophage en expérience ne s'est jamais développée, sont inoculés avec i/i.ooo de cm^ de la même culture de Bactériophage que dans l'expérience précédente. 7 sur ces 12 émulsions donnent des cultures secondaires. 5 autres essais fournissent 9, 5, 10, 5 et 6 cultures secondaires, soit 70 0/0.
8 jours plus tard, avec Tune des émulsions restées limpides, j'inocule 12 tubes d'émulsion du même bacille Jerv.. Cultures secondaires dans 5 tubes.
Nouveau passage 8 jours plus tard : 4 cultures secondaires sur 12 émulsions.
Quatrième passage 8 jours après, toujours en prélevant le Bactériophage dans un tube resté limpide : i seul tube sur 12 présente une culture secondaire.
3. Au début de la convalescence du 'dysentérique Jerv. j'isole de ses déjections un Bactériophage que j'essa(^e de la même manière sur le bacille type et sur le bacille Jerv., ce dernier provenant donc du malade lui-même mais isolé au début de la maladie, alors que son Bactériophage intestinal ne manifestait aucune activité vis-à-vis du bacille pathogène.
Bactériophage Jerv. sur bacille type : 4 cultures secondaires sur 12 émulsions lysées.
Bactériophage Jerv. sur bacille Jerv. : o cultures secondaires sur 12 émulsions lysées Un nouvel essai sur 12 autres émulsions donne une culture secondaire.
On voit que la virulence du Bactériophage anti-SniGA n'est pas égale pour toutes les souches du bacille de Shiga. Nous retrouverons