‹ Le bactériophage; son rôle dans l'immunitéChapitre 44 sur 78 · BACTÉRIES ATTAQUÉES · texte numérisé non relu

BACTÉRIES ATTAQUÉES

Nous allons passer en revue les diverses bactéries pour lesquelles j'ai isolé jusqu'ici des souches actives du Bactériophage (i). Je n'é-

(i) Dans certains cas le Bactériophage peut servir pour l'identification des

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numérerai pour chacune d'elles que les particularités que peut présenter le phénomène dans le cas particulier de cette Bactérie. En ce qui concerne les caractères généraux, toutes sont semblables, c'està-dire que ce qui a été dit dans les chapitres précédents quant à la technique de l'isolement, au mode d'action, à la virulence variable, à l'exaltation de la virulence par passages, à la résistance des bactéries et aux cultures secondaires, s'applique à toutes les souches du Bactériophage et à toutes les bactéries attaquées. Dans toutes les expériences citées jusqu'à présent j'ai pris le bacille dysentérique comme exemple, mais j'ai vérifié que toutes ces expériences pouvaient être répétées avec un résultat identique en prenant une bactérie quelconque et la souche du Bactériophage active vis-à-vis de cette bactérie. Le bacille dysentérique présente pour les expériences un avantage pratique : c'est contre lui, comme nous le verrons, qu'il est le plus facile d'isoler des souches très actives du Bactériophage, ce qui permet à tout bactériologue de répéter les expériences sans avoir à effectuer de longues recherches préliminaires.

Bacille dysentérique de Shiga. — C'est la bactérie contre laquelle il est le plus facile d'isoler des souches très actives du Bactériophage. Le Bactériophage anti existe, pour ainsi dire normalement, dans l'intestin de nombreux animaux, le cheval et les oiseaux de basse-cour en particulier ; il est également très fréquent chez l'homme et peut acquérir une forte virulence, non seulement au déclin d'une dysenterie, mais encore au déclin de nombreux états pathologiques. J'en ai isolé jusqu'à ce jour environ deux cents souches, sans en trouver deux exactemefit semblables comme virulence et comme étendue d'action sur les bactéries voisines du groupe coli-typhiquedysentérique. Parmi ces deux cents souches, une seule, d'activité moyenne au sortir de l'organisme, ne touchait à aucune autre bactérie de ce groupe.

bactéries^ au même' titre que Tagg'lutiDatioD. Pour cet usage il suffit de posséder des souches du Bactériophage ayant subî de nombreux passages aux dépens d'une même bactérie, de manière à affaiblir, autant que possible, les virulences accessoires. Par exemple toute bactérie qui se lysera sous l'influence d'une souche de Bactériophage ayant subi de nombreux passages aux dépens du bacille de Shiga, sera certainement un bacille de Shiga. Pour certaines espèces, le bacille pesteux, par exemple, pour lesquelles l'action du Bactériophage entraîné paraît plus spécifique, la diagnose au moyen du Bactériophage sera tout particulièrement concluante.

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Une souche du Bactériophage active pour le bacille dysentérique de Shïga, Test en général également pour B. coli et les bacilles dysentériques type Flexner et Hiss.

Le bacille dysentérique type Shiga constitue -au point de vue du Bactériophage une espèce homogène : un Bactériophage actif contre une souche de ce bacille Test également contre toutes les autres. Un Bactériophage très virulent pour une souche aux dépens de laquelle il a effectué un certain nombre de passages, peut l'être moins pour une nouvelle souche, mais après quatre ou cinq passages aux dépens de cette dernière il a acquis pour elle une virulence égale à celle qu'il possédait pour la première.

Nous avons vu que les bacilles dysentériques de Shiga résistants à l'action du Bactériophage sont extrêmement toxiques, doués d'une grande vitalité, inagglutinables par un sérum spécifique et font fermenter le maltose (i).

Bacille dysentérique type Hiss. — Le Bactériophage doué de propriété anti se trouve fréquemment dans Tintestin normal. La virulence d'une souche de Bactériophage active contre une bactérie quelconque du groupe coli-typhique-dysentérique, s'accompagne fréquemment d'une virulence plus ou moins élevée pour le bacille de Hiss.

Le bacille dysentérique de Hiss constitue une espèce homogène vis-à-vis du Bactériophage.

Les cultures secondaires réensemencées en bouillon sucré tournesolé ne font pas fermenter les sucres de la même manière que les. bacilles normaux : sont acides après dix jours les bouillons renfermant glucose, ma imite et maltose ; restent alcalins ceux qui contiennent lactose, lévulose et saccharose, il en est de même pour la glycérine. Après un mois, restent alcalins les bouillons renfermant lactose, saccharose et lévulose. Les cultures secondaires et les cultures mixtes donnent la réaction de l'indol, ne touchent ni le rouge neutre ni l'acétate de plomb. Les bacilles résistants sont inagglutinables et doués d'une grande vitalité, de plus ils sont virulents pour l'homme : nous aurons à étudier dans la seconde partie de cet ouvrage un cas de septicémie à Bacille de Hiss résistant à Faction du Bactériophage.

(i) Poitevin a montré que le bacille de Shiga Dormal exerce une action fer^ meatative nette, quoique très faible, sur le maltose ; le bacille résistant exerce cette action d'une manière beaucoup plus énergique.

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Bacille dysentérique type Flexner. — Le Bactériophage anti se trouve aussi fréquemment dans l'intestin normal des vertébrés que les souches précédentes de Bactériophage (i). Toutes les souches isolées, actives vis-à-vis du bacille de Flexner Tétaient également pour B. coli ; quelques-unes étaient dépourvues d'activité pour les autres variétés du bacille dysentérique.

Le bacille dysentérique de Flexner constitue une espèce homogène vis-à-vis du Bactériophage.

Les bacilles résistants font fermenter glucose, lévulose, maltose et mannite ; ils ne touchent pas le lactose, donnent de Tindol, ne noircissent pas la gélose à l'acétate de plomb et ne virent pas les milieux au rouge neutre ; ils sont inagglutinables par un sérum spécifique et doués d'une grande vitalité.

11 est certain que les caractères atypiques de certaines souches du bacille dysentérique au sortir de l'organisme sont liés à la résistance au Bactériophage. Nous en verrons d'ailleurs un cas typique.

Cette observation ne s'applique pas seulement aux bacilles dysentériques, elle offre un caractère général.

Bacille dysentérique X. — Au cours des recherches j'ai examiné un très grand nombre de déjections provenant de patients atteints de troubles intestinaux ; j'ai isolé dans de nombreux cas de gastroentérite de l'adulte et du nourrisson un bacille présentant les caractères suivants :

Ensemencé sur gélose tournesolée sucrée, ne fait fermenter aucun sucre (lactose, glucose, lévulose, saccharose, maltose, mannite, galactose) ; en milieu de Barsiekow lactose et maltose, pas de virage ; glucose et mannite, virage au rouge. Il est agglutiné par le sérum de convalescent (i/ioo à i/i.5oo); n'est pas agglutiné par les sérums anti-SniGA et anti-FLEXNER ; est agglutiné au 1/200 par un sérum agglutinant le bacille de Hiss au 1/2.500. Bacille immobile, présentant Taspect des autres bacilles dysentériques, ne prenant pas le Gram; toxique pour le lapin.

J'ai isolé de nombreuses souches du Bactériophage actives vis-àvis de ce bacille : ce Bactériophage anti est constant dans l'intestin des convalescents ayant présenté le bacille dysentérique X dans leurs déjections au cours de la maladie ; je l'ai isolé à diverses reprises de l'intestin d'individus sains, hommes ou animaux. Le bacille X cons-

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(i) La présence du Bactériophage actif dans les états pathologiques n'est pas envisagée ici : elle sera traitée en détail dans la seconde partie de cet ouvrage.

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litue une espèce homogène vis-à-vis du Bactëriophage. Certaines souches du Bactériophage actives pour le bacille dysentérique X étaient également actives vis-à-vis des autres espèces de bacilles dysentériques, d'autres seulement vis-à-vis de l'une ou de deux d'entre elles ; entretenues pendant plusieurs générations aux dépens du bacille X, elles ont presqu'entièrement perdu leur activité pour les autres dysentériques.

Bactlle coli. — Le Bactériophage anti est extrêmement fréquent dans les déjections des vertébrés et invertébrés normaux, mais ne s'y trouve qu'exceptionnellement doué d'une grande virulence ; par contre au déclin des états pathologiques les plus variés on en isole des souches très actives. iB. coli^ surtout récemment isolé, constitue une espèce hétérogène vis-à-vis du Bactériophage : en présence d'un Bactériophage doué d'une très grande virulence pour certaines souches de coli^ d'autres souches sont à peine touchées, certaines même sont complètement réfractaires. B. colij à sa sortie de l'organisme, présente toujours un certain degré de résistance : il forme dans l'intestin une culture mixte avec le Bactériophage ; la résistance diminue très lentement par passages successifs sur les milieux de culture.

Les colonies sur gélose de B. coli au maximum de résistance, complètement réfractaire, présentent un aspect très spécial : ce sont de grosses colonies blanches, coulantes, absolument semblables à des colonies de Friedlander.

Bacille typhique. — On trouve assez fréquemment dans l'intestin normal des souches très peu actives du Bactériophage antityphique, il est exceptionnel d'en isoler de très actives : on ne trouve ces dernières que chez le convalescent.

11 existe une grande variation dans la virulence d'une même souche de Bactériophage vis-à-vis des diverses souches du bacille typhique, surtout récemment isolées. Les bacilles résistants sont inagglulinables et doués d'une grande virulence pour les animaux de laboratoire.

Bacille paratyphique A. — Le Bactériophage anti est assez fréquent dans les déjections normales. La résistance à l'action du Bactériophage des diverses souches de ce bacille est bien moins variable que pour le bacille typhique : le paratyphique A est moins apte à acquérir la résistance. Les bacilles résistants sont inagglutinables et présentent une virulence exaltée.

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Bacille paratyphique B. — Le Bactériophage anti est très fréquent dans les selles normales. En ce qui concerne la résistance au Bactériophage le paratyphique B se place entre le bacille typhique et le paratyphique A. Les bactéries résistantes sont inagglutinables et très virulentes.

Salmonella (hog choléra). — Le Bactériophage anti a été isolé une fois des déjections d'un homme normal ; il était doué, au sortir de l'organisme, d'une activité moyenne.

Bacillus typhi murium. — Les souches anti-para B du Bactériophage sont parfois douées d'une certaine virulence pour ce bacille. J'ai isolé des souches très actives de l'intestin de rats blancs et gris résistant à la maladie expérimentale causée par l'ingestion de cultures du bacille. Les bacilles résistants sont très virulents et pourraient être utilisés pour la destruction des rats gris qui résistent dans une forte proportion à l'action du virus ordinaire : toutefois la contamination de l'homme serait à craindre du fait même de cette virulence exaltée.

J'ai constaté la présence, très passagère d'ailleurs, du Bactériophage virulent dans le sang de divers rats blancs contaminés au laboratoire et qui résiiSteient à l'infection.

Bacillus proteus. — J'ai isolé deux souches de Bactériophage anti très actives des selles de deux nourrissons atteints de gastroentérite. J'ai essayé l'activité de ces deux souches vis-à-vis de douze échantillons de Proteus d'origine variée : trois seulement de ces échantillons étaient touchés par ces Bactériophages, les mêmes dans les deux cas ; les neuf autres étaient absolument insensibles, c'était particulièrement le cas pour deux souches de Proteus X^g.

Le lysat obtenu en faisant agir le Bactériophage anti sur une émulsion de Proteus est, immédiatement après la lyse, extrêmement toxique pour le lapin qui est tué en quelques heures par l'injection de un demi centimètre cube sous la peau ; après une dizaine de jours le lysat a perdu sa toxicité.

Bacillus gallinarum, Klein. — (Syn. B. sanguinarum, Moore), et Bacilles paragallinarum. Je renvoie pour les caractères de ces divers bacilles au chapitre consacré à l^étude de la typhose aviaire. Je rappellerai simplement ici les curieuses propriétés de B. ffallina"

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