Même expérience mais avec la solution de lysine
100 leucocytes ont phagocyté 19 bactéries : indice = 0,53, soit 28 fois moins qu'avec des bacilles normaux.
Les bactéries résistantes au Bactériophage résistent donc également à la phagocytose.
qB le bàgtériophage
Nous avons effectué les mêmes expériences avec une souche de Bactériophage anti-barbone et la bactérie du barbone. Les résultats sont semblables.
Exp. A. — I. Témoin. Mélange i/3 émulsion leucocytes, i/3 bouillon, i/3 émulsion de la bactérie du barbone; après ib' à 38^ : aucune bactérie dans 100 leucocytes;
2. Mélange : i/3 leucocytes, i/3 émulsion de la bactérie du barbone, i/3 culture Bactériophage anti-barbone âgée de 8 mois.
100 leucocytes ont phagocyté 109 bactéries.
3. Même expérience mais la culture de Bactériophage diluée au i/25o. 100 leucocytes ont phagocyté 62 bactéries.
4. Mélange : i/3 leucocytes, i/3 émulsion de la bactérie du barbone, 1/3 solution précipité alcoolique d'une culture récente du Bactériophage antibarbone : 2 mgr. pour 10 cm^ eau salée.
100 leucocytes ont phagocyté 239 bactéries.
Exp. B. — On mélange i/3 d'émulsion de leucocytes, i/3 d'une culture de la bactérie du barbone et i/3 d'une culture récente (4 jours) du Bactériophage anti-barbone. On place à 38o et on prélève une goutte du mélange :
de suite : 100 leucocytes ont phagocyté 3o bactéries;
après 2'3o" : 100 leucocytes ont phagocyté 139 bactéries ;
après 5' : 100 leucocytes ont phagocyté 201 bactéries ;
après 7'3o" : 100 leucocytes ont phagocyté 271 bactéries;
après 10' : 100 leucocytes ont phagocyté 2G9 bactéries
Aucune bactérie phagocytée dans un mélange témoin fait avec du bouillon.
Ici il est impossible de calculer Tindice opsonique puisqu'il n'y a pas de phagocytose dans le mélange témoin : Tindice est infini.
La bactérie du barbone résistant à l'action du Bactériophage est également résistante à la phagocytose.
Exp. — Mélange i/3 de l'émulsion de leucocytes, i/3 de la même culture du Bactériophage anti-barbone que dans l'expérience précédente, i/3 d'une émulsion de la bactérie du barbone résistant à la lyse. Après i5'«à 370 : 100 leucocytes ont phagocyté 3 bactéries, c'est-à-dire 90 fois moins qu'avec les bactéries normales.
La souche de Bactériophage anti-dysentérique employée pour les expériences décrites précédemment manifestait une certaine action, très faible d'ailleurs, vis-à-vis du bacille typhique, les expériences suivantes montrent qu'elle exerce également une certaine action opsonique vis-à-vis de ce bacille.
Exp. — I. Mélange i/3 bouillon, i/3 émulsion leucocytes, 1/3 émulsion bacilles typhiques ; après i5' à 38o :
100 leucocytes ont phagocyté 68 bacilles, indice =. i.
2. Mélange i/3 culture Bactériophage anti-SniGA, i/3 émulsion leucocytes, 1/3 émulsion bacilles typhiques :
POUVOIR OPSONIQUE DES LYSINES
100 leucocytes ont phagocyté 2o3 bacilles, indice =: 3.
3. Mélange i\3 solution lysine (la même que celle qui a été employée pour les recherches relatives au bacille dysentérique), i/3 émulsion leucocytes, i/3 émulsion bacilles typhiques :
100 leucocytes ont phagocyté 109 bactéries, indice = 1,6.
La lysine jouit encore d'une propriété assez singulière : employée dans la réaction de fixation du complément comme anti-corps, elle joue le rôle d'ambocepteur.
Voici une expérience, prise entre plusieurs autres qui ont donné des résultats identiques.
Antigène, préparé suivant la méthode de Maurice Nicolle : une anse d'une culture sur gélose du bacille dysentérique de Shiga est émulsionnée dans 4 cm* d'eau salée; Témulsion, portée pendant 5 minutes à 100^ puis refroidie, sert d'antigène.
Anticorps : précipité alcoolique d'une culture du Bactériophage anti-SniGA, remis en solution dans une quantité d'eau salée égale au volume de là culture.
Complément : sérum frais de cobaye titré.
Système hémolytique ordinaire (Globules mouton-sérum anti chauffé).
Tube
Antigène
Anticorps
Complément
Eau salée
Système hémol.
Résultats
ce.
ce.
ce.
ce.
ce.
Hémolyse totale
Hémolyse totale rapide
Hémolyse totale
Par elle-même la lysine ne fixe pas le complément, au contraire, comme le montre le tube 6, elle active plutôt l'hémolyse. C'est donc bien sur l'anticorps touché par la lysine que se fixe le complément.
On ne peut guère tirer de conclusion de cette curieuse expérience :
des recherches ultérieures montreront s'il existe une relation entre la sensibilisatrice de Bordet et la lysine du Bactérîophage ou s'il s'agit de deux principes différents agissant d'une manière identique, quant à la fixation du complément.
Toutes ces expériences montrent que les ultramicrobes bactériophages sécrètent un principe, précipitable par Talcool, résistant à la température de 58° et se conservant plusieurs mois dans les cultures du Bactériophage. Ce principe, outre son action dissolvante, exerce un pouvoir opsonique énergique vis-à-vis des bactéries pour lesquelles les ultramicrobes dont il provient possédaient la virulence. L'action opsonique semble proportionnelle à la virulence du Bactériophage pour la bactérie considérée. Les bactéries ayant acquis la résistance vis-à-vis du Bactériophage sont également résistantes à la phagocytose ; nous avons vu d'autre part qu'elles jouissent d'une virulence exaltée.
NATURE DU BACTÉRIOPHAGE
Ce paragraphe sera sans doute jugé inutile par le lecteur qui a suivi les expériences fournies jusqu'ici : aucune ne laisse place pour une conception autre que celle d'un ultramicrobe, parasite des bactéries.
Toute controverse au sujet de la nature du principe bactériophage n'est que la reprise d'une vieille discussion qu'on croyait depuis longtemps terminée. Avec les termes nouveaux de diastase susceptible de se multiplier, de coferments ou de cataliseurs jouissant du don métaphysique de l'ubiquité, d'hérédité excrétée transinissible par mouvement communiqué, c'est une remise à neuf de la vieille théorie de Stahl : « tout corps amené à l'état de putréfaction transmet très facilement cet état à un autre corps encore exempt de corruption ». Cette théorie d'une multiplication d'un principe par mouvement communiqué avait été reprise par Liebig dans sa fameuse discussion avec Pasteur touchant le mécanisme de la fermentation. Pasteur a démontré expérimentalement qu'elle était fausse, qu'une action en série ne pouvait être produite que par un être vivant, et on pouvait croire le fait désormais acquis. J'ai été obligé de reprendre cette discussion, et les expériences destinées à montrer qu'il s'agit bien d'une action vitale dans la bactériolyse transmissible en
NATURE DU BACTERIOPHAGE lOI
série, sont au fond de même nature que les expériences qui ont servi à Pasteur. Phénomène vital ou mouvement communiqué, la discussion et les expériences de démonstration portent sur des faits identiques, nous descendons seulement d'un échelon dans Tordre de grandeur des êtres en présence. La même discussion se renouvellera peut-être un jour, si l'on descend encore d'un échelon et si Ton découvre, par exemple, un microbe parasite du Bactériophage : Tinfiniment petit est aussi concevable que l'infiniment grand, nous n'avons pas le droit de lui assigner une limite.
Chaque fois que nous nous trouvons en présence d'une action en série, cette action ne peut être produite que par un être susceptible de se multiplier.
Comme nous l'avons vu, le Bactériophage présente des propriétés analogues à celles des autres germes vivants connus : sa résistance vis-à-vis des agents de destruction, quoique grande, est pourtant moindre que celle de bien des êtres dont la nature vivante est indiscutable et indiscutée. Circonstance particulière : il est spécialement sensible à l'action de certains antiseptiques qui n'agissent nullement sur les diastases, la quinine par exemple. Quant à la glycérine qui détruit le Bactériophage, elle est, par excellence, le liquide de choix pour la conservation indéfinie des toxines et des diastases les plus fragiles.
Je relève en outre au cours des chapitres précédents les faits suivants qui établissent la nature vivante du Bactériophage.
ï° Le Bactériophage se multiplie, puisque les cultures peuvent se continuer indéfiniment en série.
11 existe toujours une certaine proportionnalité dans l'action des diastases : cette action est d'autant plus énergique que la quantité de diastase est plus forte. Avec le Bactériophage, rien de semblable, ce qui agit c'est la qualité du principe lytique et non. sa quantité, ce qui est le propre de l'action vitale. Un microbe tue avec sa virulence, un poison par sa masse.
2® Une culture du Bactériophage ne perd rien de son activité si on la filtre sur bougie : il ne peut donc s'agir d'une « hérédité » à la lyse de la part de la bactérie, puisqu'on établit une barrière entre l'ascendant et le descendant.
3® Avec des souches suffisamment actives du Bactériophage on obtient une lyse totale et permanente, toutes les bactéries contenues dans Témulsion sont définitivement détruites. De plus les passages en série du Bactériophage sont possibles dans des émulsioiis bacté-
102 LE BAGTERIOPHAOE
Tiennes faites dans des liquides qui ne permettent pas le développement de ces bactéries : l'eau physiologique ou le bouillon glycérine à 4o o/o, par exemple. Ceci prouve encore que la survie d'un certain nombre de bactéries ne constitue pas un facteur de l'action en série, car autrement, ce facteur venant à faire défaut, la série ne pourrait se continuer.
4^ Le Bactériophage donne sur gélose des colonies aux dépens des bactéries, ce qui permet de compter les éléments actifs. Un ferment soluble, diastase ou toxine, ne pourrait concentrer son action sur des points définis. On pourrait objecter que la diastase lytique est fournie par la bactérie elle-même et que chaque plage sur la gélose représente Fendroit où se trouvait, lors de Tétalement, une bactérie particulièrement apte à fournir cette diastase sous l'influence d'une action X.
Les expériences suivantes démontrent que cette objection est sans valeur.
Exp. A. — Nous prenons lo tubes. Dans le premier nous versons lo cm^ d'une émulsion de bacilles dysentériques à loo millions par cm^, dans le second tube nous versons lo cm^ d'une émulsion à aoo millions de bacilles par cm^, dans le troisième lo cm^ d'une émulsion à 3oo millions et ainsi de suite, en augmentant de lOO millions le titre de l'émulsion que reçoit chaque tube : le dixième tube contient donc une émulsion à i.ooo millions par cm^. Chacun de ces tubes est ensuite additionné d'une quantité ég-ale et très faible d'une culture du Bactériopbag^e filtrée sur bougie : soit 1/200.000 de cm^ Nous avons donc une série de 10 tubes renfermant une émulsion de plus en plus concentrée de bacilles dysentériques dans la proportion de i : 2 : 3 : 4 • 5:6:7:8:9:10, et quantité égale de culture du Bactériophage. Nous agitons de suite soigneusement les tubes et nous étalons i/5o de cm^ de chacune des dix émulsions sur autant de tubes de gélose inclinée. Après incubation à 870, chacun de ces dix tubes de gélose présente une culture de bacilles dysentériques parsemée de plages et le nombre de ces plages est pratiquement égal pour chacun des dix tubes
B. — Nous prenons dix tubes contenant chacun 10 cm* d'une émulsion à 100 millions de bacilles par cm^, c'est-à-dire une émulsion au même titre dans chacun des tubes. Dans le premier tube nous additionnons l'émulsion de un cent millième de cm^ d'une culture de Bactériophage filtrée, dans le second tube nous introduisons un deux cent millième de cm' de la culture du Bactériophage, un trois cent millième dans le troisième tube, un quatre cent millième dans le quatrième et ainsi de suite, chaque tube recevant une dose de plus en plus faible de culture du Bactériophage, le dixième tube en recevant donc un millionième. Nous avons donc une série de dix tubes renfermant tous une qua otite égale de bacilles et une quantité de culture du Bactériophage variant suivant une progression de 10:9:8:7:6:5:4^3:2 : i. Nous
NATURE DU BAGTÉRIOPHAGE Io3
agitoDs fortement ces tubes et nous étalons de suite i/5o de cm' de chacune des dix émuisions sur autant de tubes de gélose inclinée. Après incubation à 370 Qous obtenons dans chacun de ces dix tubes une culture en nappe de bacilles dysentériques parsemée de plages, ces plages sont d'autant plus nombreuses dans chacun des tubes que la proportion de culture du Bactériophage ajoutée à Témulsion a été plus élevée ; pratiquement leur nombre varie du tube I, qui a reçu la plus grande quantité de Bactériophage, au 10 qui en a reçu le moins, dans la proportion dB 10 : g : 8 : 7 : 6 : 5 : 4 • 3 : 2 : i.
Ces deux expériences, qui se complètent Tune Taulre, démontrent d'une manière indubitable que le principe actif est uniquement contenu dans la culture filtrée du Bactériophage et que ce principe actif est constitué par des éléments matériels, susceptibles de former des colonies sur gélose aux dépens des bactéries environnantes, ce qui nous permet de les dénombrer. Ces éléments matériels sont de plus susceptibles de multiplication comme le démontre et la formation de colonies et Faction en série : ce ne peuvent être que des organismes vivants. Cette expérience à elle seule suffirait à démontrer que le Bactériophage est un « ferment figuré » ce qui implique la réalité de Texistence de Pultramicrobe parasite des bactéries.
5<* Eliava et PozERSKi ont montré que vis-à-vis des concentrations en ions libres H et OH, les limites mortelles pour le Bactériophage sont plus étroites que pour les bactéries. Les diastases et les toxines se comportent d'une toute autre façon.
6^ Les diastases sont entraînées par les précipités minéraux qui se forment au sein du liquide qui les renferme : le principe Bactériophage n'est pas entraîné.
7° Les diastases en solution dans un liquide sont entraînées par
les précipités qui se forment par addition d'alcool : c'est ce qui se
produit avec les cultures du Bactériophage, mais l'élément actif qui
se précipite n'est pas le Bactériophage lui-même, les ultramicrobes
sont détruits par l'alcool et le principe qui se précipite ne peut
reproduire l'action en série. Cette possibilité d'extraire de la culture
un principe actif qui ne peut être qu'un produit de sécrétion du
Bactériophage, montre bien que ce dernier ne peut être qu'un être vivant.
8® J'ai montré que le Bactériophage est susceptible de s'accoutumer à l'action nocive de la glycérine : l'accoutumance est l'apanage exclusif des êtres vivants.
9<* Il est impossible d'isoler deux souches du Bactériophage qui
I04 LE BAGTÂRIOPHA.GE
soient identiquement semblables comme intensité d'action et étendue d'action et, pour une même souche, on peut faire varier expérimentalement cette intensité : la variation est la caractéristique exclusive de la vie.
10® L'action lytique est toujours exercée par un seul et même élément qui s'adapte au parasitisme vis-à-vis de telle ou telle bactérie : la possibilité d'une adaptation implique la nature vivante de l'élément qui l'exerce.
Je me bornerai à ces citations car si l'on voulait relever tous les faits qui militent en faveur de la réalité d'une action vitale, il faudrait reproduire à nouveau toutes les expériences qui figurent dans cet ouvrage : chacune déciles est une preuve de l'existence de Tultramicrobe bactériophage, parasite des bactéries.