ANTICORPS VIS-A-VIS DE LA TOXINE BACTÉRIENNE
Soit, dans le cas présent, contre l'endotoxine dysentérique.
Le sérum d'un animal préparé par des injections de bacilles dysentériques, vivants ou morts, contient une antitoxine (i) ; d'autre part une culture de bacilles dysentériques lysés sous l'action du Bactériophage renferme la toxine car si on l'injecte aux animaux d'expérience, peu de temps après la lyse, ces animaux succombent comme s'ils avaient reçu une dose mortelle de toxine de ^^icoLLE. Le sérum d'un animal préparé' avec de telles cultures doit donc contenir une antitoxine. Vérifions-le.
Exp. — Une souris reçoit une dose mortelle de toxine dysenléri(jue obtenue par la méthode de Nïgolle, par voie sous-cutanée et, en même temps, un demi centimètre cube du sérum antibactériophag-e-SniGA. Une seconde souris reçoit la même dose de toxine et un demi-centimètre cube de sérum antidysentérique. Une troisième souris reçoit la dose mortelle de toxine seule. La première souris meurt une trentaine d'heures après l'injection; la seconde survit; la troisième meurt quatre jours après l'injection.
(i) Le sérum antidysentérique de l'Institut Pasteur est fourni par des chevaux préparés par des injections de toxine dysentérique obtenue suivant la méthode de Rowland modifiée par Maurice Nicolle ; les corps microbiens sont broyés avec du sulfate de soude anhydre ; la poudre obtenue est desséchée dans le vide et dissoute dans de l'eau au moment de l'emploi ; le liquide louche obtenu est centrifug-é, la partie surnag-eante, limpide, sert pour les injections. On injecte donc une solution de toxine : le sérum neutralise l'endotoxine comme le prouve l'expérimentation sur l'animal.
Io8 LE BACTÉRIOPHAGE
Le sérum antibactériophage-SniGA n'est donc nullement antitoxique, bien au contraire, il est nettement sensibilisant. Etudions plus à fond ce singulier phénomène.
Exp. — Quatre souris reçoivent une dose de toxine égale au dixième de la dose mortelle, par voie sous-cutanée. La première est gardée comme témoin; deux reçoivent i/5de cm^ de sérum antibactériophage-SniGA. ; la dernière i/io de cm' de ce sérum. La première se maintient indéfiniment bien portante, les deux qui ont reçu i/5 de cm^ de sérum meurent après ^o h., la dernière après
Cette expérience confirme que le sérum antibactériophage-SHiGA sensibilise l'animal vis-à-vis de l'action de la toxine. Il faut remarquer que, quelque soit le nombre de doses mortelles de toxine de NicoLLE injectées à une souris, la mort ne survient jamais avant le quatrième jour; or, en y adjoignant du sérum antibactériophage à dose minime, la mort survient avant deux jours révolus, même avec une dose bien inférieure à la dose mortelle.
Au lieu dé toxine, voyons l'effet du sérum antibactériophage- Shiga sur rinjection de bacilles dysentériques vivants.
Exp. — Quatre souris reçoivent par voie sous-cutanée une dose de bacilles dysentériques représentant i/5 de la dose mortelle; la première est gardée comme témoin ; la seconde reçoit, toujours par voie sous-cutanée, i/5 de cm' de sérumantibactériophage-SiGHA, les deux dernières i/io de cm^ de ce sérum. La souris témoin survit sans rien présenter d'anormal ; celles qui ont reçu en même temps le sérum meurent de sept à neuf jours après Tinjection, après avoir présenté au cours des derniers 24 h. la paralysie du train postérieur. Les souris ne présentent pas en g-énéral ce symptôme à la suite de l'injection de bacilles dysentériques, seul le lapin offre cette particularité.
Le résultat est net : dans tous les cas le sérum anti-bactériophage- Shiga est sensibilisant. C'est d'ailleurs le premier exemple d'un sérum anti-immunisant.
Il est possible que le sérum antibactériophage-SniGA renferme en réalité une antitoxine, mais alors celle-ci serait masquée par la présence d'une « sensibilisine » puissante. Ceci est d'autant plus plausible que, comme nous le verrons au chapitre traitant de Timmunisation, un lapin qui ne reçoit qu'une seule injection minime de culture du Bactériophage anty dysentérique est solidement vacciné contre les effets de la toxine ; la sensibilisine ne se développe chez l'animal qu'à partir de la seconde injection. Le fait n'est pas particulier au cas du dysentérique, nous le retrouverons quand nous étudierons l'immunisation contre le barbone.
LE SERUM ANTIBACTERIOPHAGE . lOg
Ce phénomène de sensibilisation nécessitera de longues recherches qui permettront, sans doute, d'approfondir le phénomène de Timmunité antitoxique. Une chose parait déjà certaine, c'est que le Bactériophage doit jouer un rôle dans l'apparition de cette immunité^ puisqu'un sérum antibactériophage sensibilise vis-à-vis de la toxine. Il est probable que cette sensibilisation de Tanimal doit être liée au pouvoir inhibant dont est doué le sérum antibactériophage, pouvoir dont nous aurons à nous occuper dans un instant.
ANTICORPS VIS-A-VIS DES ULTRAMICROBES BACTÉRIOPHAGES
A. Agglutinine. — Je n'ai pas pu la mettre nettement en évidence^ toutefois Texpérience montre que sa présence dans le sérum est probable, en tous cas elle est faiblement active.
Exp. — Une culture de Bactériophage soumise à une cenlrifugation de i5 minutes à S.ooo tours ne présente pas trace de sédimentation ; nous avons vu qu'il fallait atteindre 12.000 tours pour obtenir un résultat appréciable. Une culture de Bactériophage est additionnée de i/io de sérum antibactériophage et centrifugée pendant 10 minutes à S.ooo tours : la numération des ultramicroles effectuée sur le culot et sur le liquide surnageant, après agilalion énergique prolongée pendant 5 minutes, montre qu'il y a environ troi's fois plus de germes dans le culot que dans le liquide surnageant.
Y a-t-il agglutination? C'est possible mais non certain, Texpérience n'est pas assez nette pour permettre l'affirmative. La formation d'agglutinine dans le sérum des animaux préparés subit d'ailleurs de très grandes variations suivant Tespèce microbienne injectée : avec le vibrion cholérique et le bacille typhique, par exemple, on obtient des agglutinines puissantes, avec certains bacilles conformes et le Friedlander elles sont tellement faibles que leur action est presque inappréciable. Nous ne savons même pas s'il y a formation d'agglutinines dans le cas des ultramicrobes pathogènes.
B. Sensibilisatrice. — La preuve d'une sensibilisatrice spécifique pour le Bactériophage antidysentérique, décelable par la réaction de fixation du complément de Bordet-Gengou, ne peut être faite. En efifet, la culture du Bactériophage antidysentérique ne peut être qu'une suspension d'ultramicrobes dans un liquide renfermant la
substance dissoute des bacilles dysentériques ; or, le sérum antibactériophage-SuiGA contient deux sensibilisatrices. Tune spécifique pour cette substance dissoute, l'autre pour Tultramicrobe, et il est impossible de séparer les deux actions ; on aura toujours une fixation du complément sans qu'il soit possible de savoir sur lequel des deux antigènes elle se sera effectuée. La question est pourtant résoluble d'une autre manière, bien autrement démonstrative.
Nous avons vu dans les chapitres précédents des faits qui démontrent l'unicité du Bactériophage. Si le fait est réel, la sensibilisatrice contenue dans le sérum antibactériophage-SniGA doit se fixer sur tous les Bactériophages et la preuve de la présence de la sensibilisatrice devient possible, car en opérant sur une culture d'un Bactériophage autre que l'antidysentérique, rien ne vient plus troubler la réaction. Une culture de Bactériophage anti-pesteux, par exemple, est une suspension d'ultramicrobes dans un liquide contenant en solution la substance des bacilles pesteux ; le seul élément commun dans une culture de Bactériophage antidysentérique et dans une culture de Bactériophage anti-pesteux ne peut être que les ultramicrobes bactériophages ; le seul élément anti contenu dans le sérum antibactériophage-SniGA pouvant exercer une action vis-à-vis d'une telle culture, ne peut être qu'une sensibilisatrice pour le seul élément commun à toutes les cultures du Bactériophage : les ultramicrobes bactériophages eux-mêmes.
La réaction de fixation du complément a été faite en utilisant comme anticorps le sérum antibactériophage-SHiGA, comme antigènes les cultures de Bactériophage antidysentérique, anti-pesteux souche humaine, anti-pesteux souche murine, et anti-barbonc, souche buffaline.
Exp. I. — Fixation du complément. Antigène : culture du Bactériophage anti-SuiGA contenant 2.000 millions d'ultramicrobes par cm' ; anticorps : sérum antibactériophage-SniGA.
Antigène : i cm' ; anticorps : 0,2 et 0,1 cm'. Fixation positive.
L'antigène par lui-même fixe le complément.
Exp. II. — Antigène : culture du Bactériophage anti-SniCA renfermant 100 millions d'ultramicrobes par cm' ; anticorps : sérum antîbactériophage- Shiga .
Antigène i cm^ ; anticorps : 0,2 et 0,1 cm*. Fixation positive.
L'antigène ne fixe pas le complément par lui-même.
Exp. IIL — Antigène : bacilles de Shiga. Anticorps : sérum antibactériophage Shiga. Le complément est fixé.
LE SERUM ANTIBACTERIOPHAGE
Exp. IV. — Antigène : Culture du Bactériophage anti-SniGA. Anticorps : sérum antidysentérique. Le complément est fixé.
Exp. V. — Antigène : culture du Bactériophage anti-SniGA. Anticorps : sérum antibactériophage-SniGA.
L*antigène, Tanticops et le complément sont mis en présence pendant i h. à 870, on ajoute alors le système hémolytique.
Antigène
ce.
Anticorps
ce.
Complément (au 1/20)
Eau salée
Système hémol.
ce.
ce.
ce.
Résultats
■|H~"h+ (optimum)
■f-HK
Hémolyse totale.
-j — I — |- (excès alexine) -| — \- (excès alexine) Hémolyse totale.
Exp. VI. — Anticorps : sérum anti-baclériophage-SHiGA.
Antigène : I. Bactériophage anti-SniOA, i.5oo millions ultra-microbes par cm*.
II. Bactériophage anti-barbone, 260 millions ultramicrobes par cm*.
III. Bactériophage anti-pesteux, souche murine 45o millions ultramicrobes par cm*.
IV. Bactériophage anti-pesteux, souche humaine^ 700 millions filtra microbes par cm'.
Antigène
Anticorps
Sérum
lapin
normal
Complément
Eau salée
Système hémol.
ni
ce
ce.
ce.
ce.
ce.
ce.
ËXP.
- Mêmes
antigènes et anticorps que dans l'expérience VI.
Antigène
Anticorps
Sérnm
lapin normal
Complément i/ao
Eau s>ilée
Système bémol.
ce.
ce.
ce.
ce.
ce.
ce.
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Mit
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